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Thème 5 — Axe 2 : États et religions, une inégale sécularisation

Laïcité en Turquie depuis 1924, religion et politique aux États-Unis, État et religions en Inde (spécialité HGGSP de 1re)

À propos de cette page
Ce cours d' en première sur « Thème 5 — Axe 2 : États et religions, une inégale sécularisation » suit le programme officiel d' de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Sécularisation et laïcisation : deux processus à ne pas confondre, Turquie, 1924-1938 : une laïcité imposée par le haut, Turquie depuis 1946 : le retour du religieux dans un État laïque, États-Unis : une séparation fondatrice dans une nation croyante (1776-1956). Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en .

2 sujets traités : l’analyse des termes, la problématique, le plan en trois parties avec ses appuis précis, et surtout l’introduction et la conclusion entièrement rédigées — les deux moments que les copies ratent le plus.

Sujet 1 — La laïcité en Turquie de 1924 à nos jours

Analyse des termes — La laïcité (laiklik) désigne ici le principe d'organisation des rapports entre l'État turc et les religions, principalement l'islam sunnite, inscrit dans la Constitution en 1937. Le sujet part des lois du 3 mars 1924 (abolition du califat, création de la Diyanet) et va jusqu'aux années 2020 (Sainte-Sophie redevenue mosquée).

Problématique — Comment la laïcité turque, conçue en 1924 comme un contrôle de l'islam par l'État, a-t-elle pu servir, un siècle plus tard, à promouvoir un islam sunnite national ?

Introduction rédigéeLe 24 juillet 2020, le président Recep Tayyip Erdoğan assiste à la première prière du vendredi dans Sainte-Sophie, que la République kémaliste avait transformée en musée en 1934. L'événement semble refermer un siècle de laïcité turque. Celle-ci naît avec les lois du 3 mars 1924, qui abolissent le califat, et entre dans la Constitution en 1937 sous le nom de laiklik, parmi les six principes de Mustafa Kemal. Mais elle ne signifie pas, comme en France depuis 1905, une séparation de l'État et des cultes : elle organise un contrôle de l'islam sunnite par une administration d'État, la Présidence des affaires religieuses (Diyanet). Dès lors, comment la laïcité turque, conçue comme un contrôle de l'islam par l'État, a-t-elle pu servir, un siècle plus tard, à promouvoir un islam sunnite national ? Nous verrons d'abord que de 1924 à 1946 la laïcité est imposée par le haut dans un régime de parti unique, puis que de 1946 à 2002 elle est négociée entre le vote populaire et la surveillance de l'armée, avant de montrer que depuis 2002 l'AKP maintient la laïcité dans la Constitution tout en mettant son appareil au service d'une identité religieuse.

I. 1924-1946 : une laïcité autoritaire, imposée par le haut

  • Le démantèlement des institutions religieuses de l'Empire ottomanAbolition du sultanat (1er novembre 1922) puis du califat (3 mars 1924) ; fermeture des médersas (1924) et des confréries soufies (1925).
  • Un contrôle de l'islam plutôt qu'une séparationCréation de la Diyanet le 3 mars 1924 : l'État salarie les imams et fixe le contenu des sermons ; appel à la prière en turc (1932).
  • Une sécularisation du droit et de la société par la loiCode civil adapté du Code suisse (1926), islam retiré de la Constitution (1928), vote des femmes (1934), laïcité constitutionnelle (1937).

II. 1946-2002 : une laïcité négociée sous la surveillance de l'armée

  • Le multipartisme fait revenir l'islam dans l'espace public par le voteVictoire du Parti démocrate d'Adnan Menderes (1950) : appel à la prière rétabli en arabe, écoles imam hatip rouvertes.
  • L'armée se pose en gardienne de la laïcité, tout en instrumentalisant l'islamCoups d'État de 1960, 1971 et 1980 ; « synthèse turco-islamique » et cours de culture religieuse obligatoires (Constitution de 1982, article 24).
  • L'islam politique se heurte aux institutions kémalistesErbakan (Refah) Premier ministre en 1996, contraint à la démission après le mémorandum du 28 février 1997 ; Refah dissous en 1998.

III. Depuis 2002 : une laïcité constitutionnelle au service d'un islam national

  • L'AKP s'impose par les urnes et écarte l'arméeVictoire de novembre 2002 ; échec de la procédure de dissolution de l'AKP à une voix près (2008) ; échec du putsch du 15 juillet 2016.
  • L'appareil de contrôle devient un instrument de promotion religieuseLevée de l'interdiction du voile à l'université (vers 2010) et dans la fonction publique (2013) ; Diyanet de l'ordre de 100 000 agents.
  • Une identité nationale et religieuse affirmée, contestée par une partie de la sociétéSainte-Sophie mosquée (juillet 2020) ; alévis non reconnus par la Diyanet ; laïcité maintenue à l'article 2 de la Constitution.
Conclusion rédigéeLa laïcité turque n'a jamais été une séparation : dès 1924, elle place l'islam sous la tutelle d'une administration d'État. Imposée par une élite kémaliste, elle a été défendue par l'armée de 1960 à 1997, tandis que le vote populaire ramenait l'islam dans l'espace public. Depuis 2002, l'AKP ne l'abolit pas mais en inverse le sens : la Diyanet, créée pour encadrer la religion, sert à la promouvoir, jusqu'à la reconversion de Sainte-Sophie en 2020. La Turquie illustre ainsi une laïcisation de l'État plus rapide que la sécularisation de la société, puis un retour du religieux par l'État lui-même. Cette trajectoire invite à la comparer à celle de l'Inde, où un État constitutionnellement séculier est lui aussi gouverné depuis 2014 par un parti qui définit la nation par la religion majoritaire.

Le piège — Présenter la laïcité kémaliste comme une séparation à la française, puis conclure que l'AKP l'a « abolie » : la Diyanet existe depuis 1924 et le mot laïque figure toujours dans la Constitution ; c'est l'usage de l'appareil de contrôle qui change.

Sujet 2 — Séparer l'État et les religions suffit-il à séculariser une société ? Les exemples des États-Unis et de l'Inde

Analyse des termes — Séparer l'État et les religions, c'est lui retirer toute religion officielle et garantir la liberté de conscience ; séculariser une société, c'est faire reculer l'emprise de la religion sur les comportements et les normes. Le sujet compare deux démocraties dotées d'une constitution séparatiste ou séculière, de 1791 (Premier amendement) et 1950 (Constitution indienne) à nos jours.

Problématique — Pourquoi les États-Unis et l'Inde, qui ont inscrit dans leur constitution la neutralité religieuse de l'État, restent-ils des sociétés où la religion structure la vie politique ?

Introduction rédigéeEn 1960, le candidat John F. Kennedy doit assurer devant des pasteurs protestants qu'il croit à une séparation « absolue » de l'Église et de l'État ; en 2024, le Premier ministre indien Narendra Modi consacre lui-même un temple hindou à Ayodhya. Pourtant, les deux pays ont inscrit dans leur constitution la neutralité religieuse de l'État : le Premier amendement américain (1791) interdit au Congrès d'établir une religion, la Constitution indienne (1950) fait de l'Inde une république séculière. Séparer l'État et les religions, c'est priver l'État de toute religion officielle et garantir la liberté de conscience ; séculariser une société, c'est faire reculer l'emprise de la religion sur les normes et les comportements. Les deux processus ne coïncident pas nécessairement. Pourquoi les États-Unis et l'Inde, qui ont inscrit dans leur constitution la neutralité religieuse de l'État, restent-ils des sociétés où la religion structure la vie politique ? Nous montrerons d'abord que les deux États sont constitutionnellement séparés des religions, puis que leurs sociétés sont restées profondément religieuses, avant d'étudier comment, depuis les années 1980, la politisation du religieux met la séparation à l'épreuve.

I. Deux États constitutionnellement séparés des religions

  • Aux États-Unis, une séparation fondatrice pour garantir la liberté religieuseConstitution de 1787 sans mention de Dieu, article VI (pas de test religieux), Premier amendement (1791).
  • En Inde, un sécularisme né du traumatisme de la partitionPartition du 15 août 1947, assassinat de Gandhi (30 janvier 1948), Constitution en vigueur le 26 janvier 1950 (articles 25 et 28).
  • Des juges et des textes qui renforcent la neutralité de l'ÉtatEngel v. Vitale (1962) et Abington v. Schempp (1963) aux États-Unis ; mot « secular » ajouté au préambule indien (1976).

II. Des sociétés restées profondément religieuses

  • Une religion civile américaine qui sacralise la nation« Under God » dans le serment d'allégeance (1954), « In God We Trust » devise nationale (1956) ; concept de Robert Bellah (1967).
  • Une société indienne où la religion organise le droit de la familleStatut personnel musulman (loi de 1937) maintenu, code hindou réformé (1955-1956), article 44 inappliqué ; 79,8 % d'hindous et 14,2 % de musulmans au recensement de 2011.
  • Une séparation qui peut favoriser la vitalité religieuseTocqueville (1835) : la séparation explique « l'empire paisible » de la religion en Amérique ; « Grands Réveils » protestants.

III. Depuis les années 1980, une politisation du religieux qui met la séparation à l'épreuve

  • La droite chrétienne dans le Parti républicainMoral Majority (1979), élection de Reagan (1980), environ 8 évangéliques blancs sur 10 pour Trump (2016), arrêt Dobbs (2022).
  • Le nationalisme hindou au pouvoirDestruction de la mosquée Babri (6 décembre 1992), Modi Premier ministre (2014), loi sur la citoyenneté (2019), temple d'Ayodhya (22 janvier 2024).
  • Des sociétés divisées plus que désécularisées« Sans religion » passés de 16 % (2007) à 29 % (2023-2024) aux États-Unis selon Pew ; BJP privé de majorité absolue en 2024.
Conclusion rédigéeSéparer l'État et les religions ne suffit pas à séculariser une société. Aux États-Unis comme en Inde, la constitution garantit la neutralité de l'État, mais la religion reste une référence collective : religion civile et vitalité des Églises d'un côté, statuts personnels et poids des appartenances de l'autre. Depuis les années 1980, droite chrétienne et nationalisme hindou transforment même la religion en ressource électorale, au point de contester l'esprit de la séparation, sans en abolir la lettre. Ces deux exemples confirment que la sécularisation est inégale et réversible, comme l'admettait Peter Berger en 1999. Ils invitent à les comparer à la Turquie, où la laïcisation a au contraire été imposée par l'État dès 1924, avant que ce même État ne remobilise l'islam.

Le piège — Faire deux parties juxtaposées « États-Unis » puis « Inde » sans jamais comparer, ou confondre séparation juridique et recul des croyances en affirmant que les États-Unis sont « laïques donc sécularisés ».

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