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Thème 5 — Axe 1 : pouvoir et religion, des liens historiques traditionnels

Couronnement de Charlemagne, le calife et l'empereur byzantin, pouvoir politique et autorité religieuse (spécialité HGGSP de 1re)

À propos de cette page
Ce cours d' en première sur « Thème 5 — Axe 1 : pouvoir et religion, des liens historiques traditionnels » suit le programme officiel d' de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Pouvoir et religion : poser les notions et l'héritage romain, Des rois francs aux protecteurs de Rome (vers 500-799), Noël 800 : le couronnement de Charlemagne, un pouvoir sacralisé, Un empereur qui gouverne aussi l'Église (789-814). Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en .

4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.

Document 1 — Éginhard raconte le couronnement impérial de Charlemagne

Facile

Récit biographique d'époque (document d'époque) · Éginhard, Vie de Charlemagne (Vita Karoli Magni), chapitre 28, rédigée entre 817 et 830 environ ; traduction adaptée.

Éginhard, laïc formé à l'abbaye de Fulda, a vécu à la cour de Charlemagne puis de Louis le Pieux ; il écrit après la mort de l'empereur (814). Son récit, inspiré des biographies d'empereurs romains de Suétone, s'adresse aux élites lettrées de l'Empire.

« Sa dernière venue à Rome n'eut pas seulement ces raisons : les Romains avaient accablé le pontife Léon de nombreux outrages – ils lui avaient, disait-on, arraché les yeux et coupé la langue – et l'avaient ainsi contraint à implorer la protection du roi. Venu donc à Rome pour rétablir la situation de l'Église, qui était fort troublée, il y passa tout l'hiver. C'est à ce moment qu'il reçut le titre d'empereur et d'auguste. Il y fut d'abord si opposé qu'il affirmait que, ce jour-là, bien que ce fût une fête majeure, il ne serait pas entré dans l'église s'il avait pu connaître à l'avance le dessein du pontife. Il supporta cependant avec une grande patience la jalousie que suscita ce titre, les empereurs romains s'en montrant indignés. Il vainquit leur hostilité par la grandeur d'âme, qui l'élevait sans aucun doute bien au-dessus d'eux, en leur envoyant de fréquentes ambassades et en les appelant ses frères dans ses lettres. »

Analysez ce document en montrant comment Éginhard présente le couronnement de Charlemagne et ce qu'il révèle des relations entre pouvoir politique et autorité religieuse.

  1. Présentez le document : auteur, nature, date, destinataires.
  2. Pour quelles raisons Charles se rend-il à Rome en 800 ?
  3. Comment Éginhard décrit-il la réaction de Charles au titre impérial ? Proposez deux interprétations.
  4. Que révèle la fin du texte des relations entre Charlemagne et l'Empire byzantin ?
Voir la réponse rédigée

1. Ce texte est extrait de la Vie de Charlemagne, biographie en latin rédigée par Éginhard entre 817 et 830 environ, donc après la mort de l'empereur en 814. L'auteur est un témoin proche : il a vécu à la cour d'Aix-la-Chapelle. Mais il écrit sous Louis le Pieux, pour des lecteurs lettrés, et veut présenter Charles comme un souverain modèle, à la manière des biographies d'empereurs de Suétone. Ce n'est donc pas un compte rendu neutre.

2. Éginhard donne une raison principale : le pape Léon a été victime d'« outrages » de la part des Romains et a dû « implorer la protection du roi ». Charles vient donc à Rome pour « rétablir la situation de l'Église ». On reconnaît le rôle de protecteur de la papauté qu'assument les Carolingiens depuis 754. L'auteur reprend aussi une rumeur de mutilation (yeux arrachés, langue coupée), que d'autres sources présentent comme miraculeusement guérie : le récit grossit la violence subie pour justifier l'intervention.

3. Selon Éginhard, Charles aurait été « si opposé » au titre qu'il ne serait pas entré dans l'église « s'il avait pu connaître à l'avance le dessein du pontife ». Première interprétation : un topos d'humilité, qui montre un souverain qui ne recherche pas les honneurs, comme les bons empereurs romains. Seconde interprétation, retenue par beaucoup d'historiens : Charles ne refuse pas l'Empire, mais la mise en scène, qui fait du pape l'auteur de la dignité impériale ; en 813, il couronnera d'ailleurs lui-même son fils, sans le pape.

4. Les « empereurs romains » désignent les souverains de Constantinople, qui se considèrent comme les seuls héritiers de Rome : leur « jalousie » montre que le titre de 800 est perçu comme une usurpation. Éginhard vante la patience de Charles, ses « fréquentes ambassades » et le terme de « frères » employé dans ses lettres. Il annonce ainsi la reconnaissance obtenue en 812, lorsque des envoyés de Michel Ier acceptent le titre impérial de Charles. Le texte montre que le couronnement est à la fois un acte religieux et un enjeu diplomatique.

Ce que cette analyse apprend — Confronter un récit à la date et aux intentions de son auteur, pour distinguer le fait (le couronnement) de sa mise en récit (l'humilité de Charles).

Document 2 — Justinien et l'harmonie du sacerdoce et de l'empire

Moyen

Texte juridique (préface d'une loi impériale) · Justinien, Novelle 6, préface, 535 (Corpus iuris civilis) ; traduction adaptée.

Justinien règne à Constantinople de 527 à 565 ; il fait rassembler et compléter le droit romain, publié sous le nom de Corpus iuris civilis. Les Novelles sont ses lois nouvelles ; la sixième réglemente l'ordination et la conduite des évêques et des clercs.

« Les plus grands dons que Dieu, dans sa bonté céleste, ait faits aux hommes sont le sacerdoce et l'empire : l'un est au service des choses divines, l'autre préside aux choses humaines et en prend soin ; tous deux, procédant d'un seul et même principe, ornent la vie humaine. Aussi rien ne tient-il plus à cœur aux empereurs que l'honneur des prêtres, puisque ceux-ci prient sans cesse Dieu pour eux. Car si le sacerdoce est en tout point irréprochable et plein de confiance envers Dieu, et si l'empire gouverne avec droiture et convenance l'État qui lui est confié, il en résultera une heureuse harmonie, qui procurera au genre humain tout ce qui lui est utile. Nous avons donc le plus grand souci des vrais dogmes de Dieu et de l'honneur des prêtres ; nous croyons que, s'ils le conservent, Dieu nous accordera par là les plus grands biens, que nous garderons ce que nous possédons et acquerrons ce qui ne nous est pas encore venu. Or tout se passe bien et comme il convient si le commencement de chaque chose est digne et agréable à Dieu. Cela arrivera, nous le croyons, si l'on garde l'observation des saints canons, que les apôtres ont transmis et que les saints Pères ont conservés et expliqués. »

En analysant ce document, montrez comment l'empereur byzantin conçoit les relations entre le pouvoir politique et l'autorité religieuse, et quelles limites cette conception rencontre.

  1. Présentez le document et son auteur.
  2. Quelles sont, selon Justinien, les fonctions respectives du sacerdoce et de l'empire ?
  3. Pourquoi l'empereur se soucie-t-il des « vrais dogmes » et de « l'honneur des prêtres » ?
  4. Cette « harmonie » est-elle une égalité ? Appuyez-vous sur la nature du document et sur l'histoire byzantine.
Voir la réponse rédigée

1. Il s'agit de la préface de la Novelle 6, loi promulguée en 535 par l'empereur Justinien (527-565). La loi porte sur l'ordination et la discipline du clergé. Sa préface, solennelle, expose une théorie générale des rapports entre l'Église et l'Empire : c'est un texte normatif, qui dit ce que doit être l'ordre du monde selon l'empereur.

2. Justinien présente « le sacerdoce et l'empire » comme les « plus grands dons » de Dieu. Le premier est « au service des choses divines », le second « préside aux choses humaines ». Les deux ont une même origine, « un seul et même principe », c'est-à-dire Dieu. Leur bonne entente produit « une heureuse harmonie » : c'est la notion de symphonie, idéal byzantin d'accord entre deux pouvoirs distincts mais unis vers le même but.

3. L'empereur y voit la condition de la prospérité de l'Empire : si les prêtres restent dignes et la foi droite, Dieu accordera à l'empereur de conserver ses possessions et d'en acquérir d'autres. Le souci religieux a donc une fonction politique : la victoire et la stabilité dépendent de la faveur divine. D'où l'attention aux « saints canons » transmis par les apôtres et les Pères.

4. L'harmonie n'est pas une égalité. C'est l'empereur qui parle, et il le fait dans une loi qui réglemente le clergé : il se donne le droit d'organiser l'Église. Ses successeurs convoquent les conciles et Léon III impose l'iconoclasme en 730. Mais le texte montre aussi une limite : l'empereur se dit soumis aux canons des apôtres. En 843, la restauration des images, obtenue sous la pression des moines, rappelle que l'orthodoxie ne dépend pas de sa seule volonté. C'est pourquoi les historiens, comme Gilbert Dagron, nuancent la notion de césaropapisme.

Ce que cette analyse apprend — Lire un texte normatif en se demandant qui parle et qui légifère : la forme du document dit déjà le rapport de force.

Document 3 — Les califats de 632 à 1258 : durée, capitales, divisions

Moyen

Tableau chronologique et statistique · Tableau construit pour l'exercice d'après C. E. Bosworth, The New Islamic Dynasties, Edinburgh University Press, 1996.

Le tableau résume six siècles d'histoire du califat, de la mort de Mahomet à la chute de Bagdad. Il permet de mesurer la durée des dynasties et l'apparition de califats concurrents.

PériodeCalifatCapitaleNombre de califesCourant
632-661Califes « bien guidés » (Abou Bakr, Omar, Othman, Ali)Médine, puis Koufa sous Ali4Reconnus par les sunnites ; les chiites ne reconnaissent qu'Ali
661-750OmeyyadesDamas14Sunnite
750-1258AbbassidesBagdad (fondée en 762)37Sunnite
909-1171FatimidesIfriqiya, puis Le Caire (fondé en 969)14Chiite ismaélien
929-1031Omeyyades de CordoueCordoue3 règnes stables, puis califes éphémèresSunnite

Repères complémentaires : 945, les émirs bouyides, chiites, prennent le contrôle de Bagdad ; 1055, le Seldjoukide Toghrul Beg, sunnite, entre à Bagdad et gouverne avec le titre de sultan ; 1258, les Mongols prennent Bagdad et exécutent le calife al-Musta'sim.

À partir de ce tableau, montrez que le califat est à la fois une institution durable et un pouvoir de plus en plus divisé et affaibli.

  1. Calculez la durée du califat omeyyade de Damas et celle du califat abbasside. Que constatez-vous ?
  2. Combien de califes se disent chefs de la communauté des croyants en 930 ? Qu'en déduisez-vous sur l'unité de l'umma ?
  3. Que se passe-t-il en 945 et en 1055 ? Quelle distinction ces dates obligent-elles à faire ?
  4. Quelles sont les limites de ce document pour étudier l'autorité religieuse du calife ?
Voir la réponse rédigée

1. Le califat omeyyade de Damas dure 89 ans (661-750) et compte 14 califes ; le califat abbasside de Bagdad dure 508 ans (750-1258) et compte 37 califes. L'institution califale est donc remarquablement durable : la dynastie abbasside traverse cinq siècles, ce qui montre la force de la légitimité religieuse attachée au titre de successeur du Prophète.

2. En 930, trois souverains portent le titre de calife : l'Abbasside de Bagdad, le Fatimide proclamé en 909 en Ifriqiya, et l'Omeyyade de Cordoue, calife depuis 929. L'umma n'est donc plus unie sous un seul chef. La division est aussi religieuse : les Fatimides sont chiites ismaéliens et contestent la légitimité des Abbassides sunnites.

3. En 945, les Bouyides, émirs chiites venus d'Iran, s'emparent de Bagdad ; en 1055, les Seldjoukides, turcs sunnites, les remplacent, et leur chef gouverne avec le titre de sultan. Le calife abbasside reste en place, mais il n'exerce plus le pouvoir effectif. Il faut donc distinguer la légitimité, que conserve le calife, de la puissance, exercée par les émirs puis les sultans.

4. Le tableau donne des dates, des lieux et des chiffres, mais ne dit rien du contenu du pouvoir religieux. Il ne montre pas que le calife ne fixe pas le dogme, ni l'échec de la mihna (833-848 environ), qui consacre l'autorité des oulémas. Il faut donc le compléter par un texte ou un fait précis. Enfin, le nombre de califes à Cordoue après 1009 est difficile à fixer, signe d'un pouvoir en crise.

Ce que cette analyse apprend — Faire parler un tableau : calculer des durées, comparer des lignes, puis dire ce que les chiffres ne montrent pas.

Document 4 — La mosaïque du triclinium du Latran : saint Pierre, le pape et le roi

Difficile

Document iconographique (mosaïque d'abside) · Mosaïque de l'abside du triclinium du pape Léon III au palais du Latran, Rome, vers 798-800 ; connue par des dessins anciens et une reconstitution réalisée en 1743, visible place Saint-Jean-de-Latran.

La mosaïque est commandée par Léon III, élu en 795, entre 798 et 800, avant le couronnement impérial : Charles y est encore « roi ». Très dégradée, elle a été refaite en 1743 d'après des dessins antérieurs.

Description. L'abside décorait la grande salle de réception que Léon III fit construire au palais du Latran, résidence des papes. Au centre, le Christ, debout sur une colline, envoie ses apôtres prêcher dans le monde entier.

Panneau de droite. Saint Pierre, assis sur un trône, les clés sur les genoux, remet de la main droite le pallium, étole de laine réservée aux archevêques et au pape, à Léon III, agenouillé à sa droite ; de la main gauche, il tend un étendard (vexillum) au roi Charles, agenouillé à sa gauche. Les deux personnages vivants portent un nimbe carré. Une inscription latine identifie « le très saint seigneur pape Léon » et « notre seigneur le roi Charles » ; une autre, au bas de la scène, demande à saint Pierre de donner la vie au pape Léon et la victoire au roi Charles.

Panneau de gauche. Il montre, selon la reconstitution, le Christ remettant les clés à un pape et l'étendard à l'empereur Constantin.

Analysez ce document en montrant quelle conception des relations entre le pape et le souverain franc il exprime, à la veille du couronnement de 800.

  1. Présentez le document : commanditaire, date, lieu, fonction.
  2. Décrivez le panneau de droite : que reçoivent Léon III et Charles, et de qui ?
  3. Quel parallèle le programme iconographique établit-il entre Constantin et Charles ? Quel message politique en découle ?
  4. Cette image affirme-t-elle la supériorité du pape ou celle du roi ? Justifiez.
  5. Quelles précautions ce document impose-t-il à l'historien ?
Voir la réponse rédigée

1. Cette mosaïque d'abside a été commandée par le pape Léon III, vers 798-800, pour la salle de réception (triclinium) du palais du Latran, à Rome. C'est donc une image de propagande pontificale, placée dans le lieu où le pape reçoit ses hôtes, clercs et ambassadeurs. Elle date de la période qui précède immédiatement le couronnement de 800 : Charles y est encore « roi ».

2. Saint Pierre, premier évêque de Rome, reconnaissable aux clés, remet le pallium à Léon III et un étendard à Charles, tous deux agenouillés. Le pallium symbolise l'autorité spirituelle, l'étendard la force militaire. Le nimbe carré signale des personnages vivants. L'inscription demande pour le pape « la vie » et pour le roi « la victoire » : chacun reçoit de saint Pierre la mission qui lui revient.

3. Le panneau de gauche montre le Christ donnant les clés à un pape et l'étendard à Constantin, premier empereur chrétien. En plaçant Charles en face, la mosaïque fait de lui un nouveau Constantin, protecteur armé de l'Église romaine. Le message annonce le couronnement de 800 : le roi franc est appelé à tenir, en Occident, la place des empereurs chrétiens. On retrouve le partage des rôles exprimé par la lettre de Charles à Léon III en 796 : au roi les armes, au pape la prière.

4. L'image est ambiguë, et c'est sa force. Pape et roi sont à genoux au même niveau, ce qui suggère une association. Mais c'est saint Pierre, dont le pape est le successeur, qui distribue les pouvoirs : le roi reçoit son étendard par l'intermédiaire de l'Église romaine. La mosaïque exprime donc une conception pontificale, proche de Gélase (494) : le pouvoir du roi est légitime, mais il procède d'une autorité religieuse que représente Rome. Le 25 décembre 800, c'est encore le pape qui posera la couronne.

5. L'œuvre originale est presque entièrement perdue : nous voyons une reconstitution de 1743, fondée sur des dessins plus anciens, et le panneau de gauche est le plus incertain. Les inscriptions et la composition sont bien attestées, mais les détails (visages, couleurs) ne sont pas fiables. Enfin, l'image exprime le point de vue du pape, pas celui de la cour franque : il faut la confronter au récit d'Éginhard et au couronnement de Louis par son père en 813.

Ce que cette analyse apprend — Lire une image comme un discours : qui donne quoi à qui, qui a commandé l'œuvre, et dans quel état elle nous est parvenue.

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