Sortir de la guerre : la tentative de construction d'un ordre des nations démocratiques
Armistice, traité de Versailles, SDN, fin des empires, États nouveaux, mandats, Turquie de Mustafa Kemal (programme d'histoire de 1re)
À propos de cette page
Ce cours d'histoire-géographie en première sur « Sortir de la guerre : la tentative de construction d'un ordre des nations démocratiques » suit le programme officiel d'histoire-géographie de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Sortir de la guerre : des armistices aux violences prolongées (1918-1923), Les principes d'un ordre nouveau : Wilson et la conférence de la paix, Le traité de Versailles (28 juin 1919) : une paix imposée et contestée, La fin des empires : États nouveaux et minorités. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en histoire-géographie.
4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.
Document 1 — Les Quatorze Points du président Wilson
Facile
Discours politique (extraits traduits et résumé) · Woodrow Wilson, discours devant le Congrès des États-Unis, Washington, 8 janvier 1918 (extraits traduits de l'anglais).
En janvier 1918, les États-Unis sont en guerre depuis neuf mois et la Russie bolchevique vient de signer un armistice avec l'Allemagne, en publiant les traités secrets des Alliés. Wilson s'adresse au Congrès, mais aussi aux opinions publiques du monde entier, alliées comme ennemies.
Le président des États-Unis énumère devant le Congrès les quatorze conditions d'une paix juste. Les passages entre guillemets sont traduits ; le reste est résumé.
Point 1. Wilson réclame « des traités de paix publics, conclus publiquement » : plus d'accords secrets entre gouvernements, la diplomatie doit agir au grand jour.
Points 2 à 4. Liberté absolue de navigation sur les mers ; suppression, autant que possible, des barrières économiques ; réduction des armements nationaux « au niveau le plus bas compatible avec la sécurité intérieure ».
Point 5. Règlement impartial des revendications coloniales, dans lequel « les intérêts des populations concernées » doivent peser autant que les demandes des gouvernements.
Points 6 à 8. Évacuation des territoires russes et belges ; réparation du « tort fait à la France par la Prusse en 1871 » à propos de l'Alsace-Lorraine.
Points 9 à 13. Frontières italiennes tracées selon des lignes de nationalité clairement reconnaissables ; pour les peuples d'Autriche-Hongrie, « la plus libre possibilité de développement autonome » ; restauration de la Roumanie, de la Serbie et du Monténégro ; souveraineté assurée aux régions turques de l'Empire ottoman, développement autonome des autres nationalités et libre passage dans les Détroits ; création d'« un État polonais indépendant », avec un accès libre et sûr à la mer.
Point 14. Il faut former « une association générale des nations » chargée de donner « des garanties mutuelles d'indépendance politique et d'intégrité territoriale aux grands comme aux petits États ».
Après avoir présenté le document, vous montrerez qu'il propose un nouvel ordre international fondé sur le droit des nations, puis vous en soulignerez les limites dans son application en 1919-1920.
Présentez le document : auteur, date, destinataires, contexte.
Relevez les principes sur lesquels Wilson veut fonder le nouvel ordre international.
Montrez que plusieurs points annoncent la fin des empires et la naissance d'États nouveaux.
À l'aide de vos connaissances, montrez les limites de l'application de ce programme en 1919-1920.
Voir la réponse rédigée
1. Ce document est un discours prononcé le 8 janvier 1918 à Washington par Woodrow Wilson, président démocrate des États-Unis depuis 1913, devant le Congrès. Les États-Unis sont entrés en guerre en avril 1917 comme « puissance associée » de l'Entente. Le discours vise le Congrès, mais aussi les peuples du monde entier : il répond à la Russie bolchevique qui, après son armistice avec l'Allemagne de décembre 1917, a publié les traités secrets des Alliés et proposé une paix sans annexions. Wilson veut montrer que les Alliés se battent pour une paix juste, non pour des conquêtes.
2. Wilson fonde l'ordre international sur des principes. Le premier est la transparence : il exige « des traités de paix publics, conclus publiquement », condamnant la diplomatie secrète jugée responsable de l'engrenage de 1914. Le deuxième est la liberté économique (liberté des mers, suppression des barrières commerciales). Le troisième est le désarmement, ramené « au niveau le plus bas compatible avec la sécurité intérieure ». Le quatrième est le respect des nationalités, qui doit guider le tracé des frontières, en Italie comme en Europe centrale. Enfin, le point 14 prévoit « une association générale des nations » garantissant l'indépendance et l'intégrité territoriale « aux grands comme aux petits États » : c'est le principe de la sécurité collective, qui donnera naissance à la SDN en 1920.
3. Plusieurs points annoncent la fin des empires. Pour les peuples d'Autriche-Hongrie, Wilson demande « la plus libre possibilité de développement autonome » : en janvier 1918, il envisage encore une autonomie à l'intérieur de l'empire, mais la formule légitime les indépendances tchécoslovaque (28 octobre 1918) et yougoslave (1er décembre 1918). Le point 12 ne garantit la souveraineté qu'aux régions turques de l'Empire ottoman et promet l'autonomie aux autres nationalités, ce qui annonce son démembrement. Le point 13 exige « un État polonais indépendant », taillé dans les empires allemand, austro-hongrois et russe : la Pologne renaît le 11 novembre 1918. Enfin, la réparation du « tort fait à la France par la Prusse en 1871 » annonce le retour de l'Alsace-Moselle à la France.
4. L'application du programme est limitée. D'abord, les États-Unis eux-mêmes s'en retirent : le Sénat refuse de ratifier le traité de Versailles en novembre 1919 puis en mars 1920, et le pays n'entre pas à la SDN qu'il a inspirée. Ensuite, le droit des peuples est appliqué au profit des vainqueurs : l'Autriche se voit interdire le rattachement à l'Allemagne et la Hongrie perd environ deux tiers de son territoire au traité de Trianon (1920). Les États nouveaux comptent de fortes minorités, comme les quelque 3 millions d'Allemands de Tchécoslovaquie. Enfin, le point 5 ne profite guère aux colonisés : les colonies allemandes et les provinces arabes deviennent des mandats confiés aux vainqueurs, et les revendications présentées par Nguyen Ai Quoc en 1919 restent sans réponse. Les Quatorze Points ont fixé un idéal ; la paix de 1919 n'en est qu'un compromis.
Ce que cette analyse apprend — Présenter un discours en le replaçant dans son contexte précis, puis confronter les principes affichés à leur application réelle.
Document 2 — La Tchécoslovaquie, un État-nation ? Le recensement de 1921
Moyen
Tableau statistique · D'après les résultats du recensement de la République tchécoslovaque de 1921 (nationalité déclarée des citoyens tchécoslovaques, pourcentages arrondis).
La Tchécoslovaquie, proclamée à Prague le 28 octobre 1918 sur les ruines de l'Autriche-Hongrie, voit ses frontières reconnues par les traités de Saint-Germain-en-Laye (1919) et de Trianon (1920). Son premier recensement, en 1921, doit mesurer la population du nouvel État et affirmer son caractère national.
Population totale : environ 13,6 millions d'habitants. Répartition des citoyens selon la nationalité qu'ils déclarent au recensement.
Nationalité déclarée
Part de la population (%)
Principales régions de peuplement
« Tchécoslovaque » (Tchèques et Slovaques recensés ensemble)
65,5
Bohême, Moravie, Slovaquie
Allemande
23,4
Pourtour montagneux de la Bohême et de la Moravie
Hongroise
5,6
Sud de la Slovaquie
Ruthène (ukrainienne)
3,5
Ruthénie subcarpatique, à l'est
Juive
1,4
Dispersée, surtout à l'est
Polonaise
0,6
Région de Teschen (Silésie)
Total
100
Montrez que ce tableau révèle à la fois la naissance d'un État nouveau et les contradictions du principe des nationalités appliqué en 1919-1920.
Présentez le document et rappelez les origines de la Tchécoslovaquie.
Calculez la part des habitants qui ne se déclarent pas « tchécoslovaques ». Que révèle ce chiffre ?
Expliquez pourquoi la catégorie « tchécoslovaque » est une construction politique.
En quoi ce tableau montre-t-il les contradictions du droit des peuples appliqué en 1919-1920 ? Quelles réponses les vainqueurs apportent-ils ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce tableau statistique présente la répartition de la population de la Tchécoslovaquie selon la nationalité déclarée lors du premier recensement de la République, en 1921. La Tchécoslovaquie est un État nouveau, proclamé à Prague le 28 octobre 1918 autour de Tomáš Masaryk, qui en devient le président, et d'Edvard Beneš. Elle réunit des terres autrefois autrichiennes, la Bohême et la Moravie, et des terres autrefois hongroises, la Slovaquie et la Ruthénie subcarpatique. Ses frontières sont reconnues par les traités de Saint-Germain-en-Laye (1919) et de Trianon (1920). C'est l'un des États nés de la fin des empires, soutenu par la France.
2. 100 − 65,5 = 34,5 % : plus d'un habitant sur trois ne se déclare pas « tchécoslovaque ». Le nouvel État, qui se veut national, est en réalité multinational, comme l'Autriche-Hongrie qu'il remplace, à une échelle plus petite. La minorité allemande, avec 23,4 %, soit environ 3 millions de personnes, est de loin la plus nombreuse ; elle est concentrée sur le pourtour montagneux de la Bohême et de la Moravie, régions qu'on appellera « Sudètes ». S'y ajoutent Hongrois, Ruthènes, Juifs et Polonais.
3. La catégorie « tchécoslovaque » regroupe deux peuples, Tchèques et Slovaques, aux langues proches mais aux histoires séparées depuis des siècles : la Bohême relevait de l'Autriche, la Slovaquie de la Hongrie. Si on les distinguait, les Allemands seraient plus nombreux que les Slovaques. En les additionnant, les dirigeants de Prague présentent l'État comme un État-nation doté d'une nette majorité, ce qui justifie le rôle dominant des Tchèques dans l'administration. Une partie des Slovaques, autour du prêtre Andrej Hlinka, réclame d'ailleurs l'autonomie. Une statistique n'est donc jamais neutre : ses catégories expriment un projet politique.
4. Le tableau révèle les contradictions du droit des peuples. Les frontières ont été tracées aussi selon des critères historiques (limites de l'ancien royaume de Bohême), économiques (régions industrielles peuplées d'Allemands) et stratégiques (montagnes défendables), au détriment des Allemands et des Hongrois, qui n'ont pas été consultés par plébiscite. Le principe profite aux vainqueurs et à leurs alliés, pas aux vaincus. Pour limiter les tensions, les Alliés imposent en 1919 à la Tchécoslovaquie, comme à la Pologne, un traité de protection des minorités placé sous la garantie de la SDN, et le pays reconnaît des droits linguistiques. La Tchécoslovaquie reste la seule démocratie d'Europe centrale jusqu'en 1938 ; mais la question des Allemands des Sudètes sera exploitée par Hitler, qui obtient leur annexion à la conférence de Munich en septembre 1938.
Ce que cette analyse apprend — Lire un tableau statistique : calculer, localiser, puis interroger les catégories elles-mêmes, qui ne sont jamais neutres.
Document 3 — « Curieux ! Il me semble entendre un enfant pleurer ! » : une caricature de la paix
Moyen
Caricature de presse (description) · Will Dyson, « Peace and Future Cannon Fodder » (La paix et la future chair à canon), dessin paru dans le Daily Herald, Londres, mai 1919.
En mai 1919, les vainqueurs viennent de remettre leurs conditions de paix à la délégation allemande (7 mai). La presse britannique de gauche critique une paix qu'elle juge dictée par l'esprit de vengeance.
Description du dessin (noir et blanc). Au premier plan, quatre hommes âgés, en manteau et chapeau, sortent d'un bâtiment à colonnes après une séance de la conférence de la paix : ce sont les membres du Conseil des Quatre, Georges Clemenceau, Woodrow Wilson, David Lloyd George et Vittorio Orlando. Celui qui marche en tête est désigné par son surnom, « The Tiger » (le Tigre), celui de Clemenceau. Il tourne la tête et prononce la légende : « Curieux ! Il me semble entendre un enfant pleurer ! ».
À l'arrière-plan, caché derrière un pilier, un petit enfant nu pleure, la tête dans le bras. À ses pieds gît un document marqué « Peace Treaty » (traité de paix). Au-dessus de sa tête est inscrit « 1940 Class » (la classe 1940), c'est-à-dire la génération appelée à faire son service militaire en 1940.
L'auteur. Will Dyson (1880-1938), dessinateur d'origine australienne, a été artiste de guerre sur le front occidental. Le Daily Herald est un journal londonien proche du mouvement ouvrier et du parti travailliste.
Analysez cette caricature pour montrer comment une partie de l'opinion des pays vainqueurs juge la paix de 1919, puis confrontez ce jugement à vos connaissances.
Présentez le document : nature, auteur, support, date, contexte.
Identifiez les personnages et décrivez la scène.
Quel message l'auteur veut-il transmettre ? Expliquez l'inscription « 1940 Class » et le titre.
Confrontez ce message à vos connaissances : la paix de 1919 conduit-elle nécessairement à une nouvelle guerre ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce document est une caricature du dessinateur Will Dyson, publiée en mai 1919 dans le Daily Herald, quotidien londonien proche du mouvement travailliste. Elle paraît pendant la conférence de la paix de Paris, quelques jours après la remise du projet de traité à la délégation allemande, le 7 mai 1919. Elle exprime le point de vue critique d'une partie de la gauche britannique, dans un pays pourtant vainqueur.
2. Les quatre hommes qui sortent de la séance sont les membres du Conseil des Quatre, qui décident de l'essentiel des traités : Clemenceau, reconnaissable à son surnom de « Tigre », Wilson, Lloyd George et Orlando. Âgés, satisfaits, ils quittent le lieu de la conférence. Derrière un pilier, un enfant nu pleure au-dessus du traité de paix abandonné à terre. Clemenceau croit entendre des pleurs, mais sa réplique, « Curieux ! », montre qu'il ne s'en soucie guère.
3. Une « classe » désigne l'ensemble des jeunes gens appelés sous les drapeaux la même année, vers 20 ans : la « classe 1940 », ce sont les enfants nés vers 1920, qui seront soldats en 1940. Dyson affirme donc que le traité, en humiliant l'Allemagne, prépare une nouvelle guerre dont les victimes seront les enfants d'aujourd'hui. Le titre, « la paix et la future chair à canon », le dit sans détour. La critique vise la paix de vengeance attribuée à Clemenceau et l'indifférence des dirigeants âgés au sort des jeunes générations. Ce jugement rejoint celui de l'économiste Keynes, qui dénonce la même année des conditions jugées ruineuses pour l'Europe.
4. La caricature frappe parce que la Seconde Guerre mondiale éclate en 1939 et que la « classe 1940 » combattra en effet. Mais il faut se garder de lire l'histoire à rebours : en 1919, Dyson exprime une crainte, non une certitude. La guerre n'était pas inévitable : en 1925, les accords de Locarno stabilisent les frontières occidentales et, en 1926, l'Allemagne entre à la SDN. Ce sont la crise de 1929, l'arrivée de Hitler au pouvoir en 1933, puis la violation systématique du traité (rétablissement du service militaire en 1935, remilitarisation de la Rhénanie en 1936) face à des démocraties passives qui mènent à la guerre. Le traité de Versailles a fourni un grief à la propagande nazie ; il n'en est pas la cause mécanique.
Ce que cette analyse apprend — Décrire une caricature avant de l'interpréter, identifier le point de vue de l'auteur, puis corriger ce point de vue par les faits, sans raisonner à rebours.
Document 4 — Le mandat, entre tutelle et droit des peuples : deux textes confrontés (1919)
Difficile
Extrait de traité et résolution politique (documents d'époque confrontés, extraits et résumés) · Document A : Pacte de la Société des Nations, article 22, partie I du traité de Versailles, 28 juin 1919. Document B : résolution du Congrès général syrien, Damas, 2 juillet 1919, remise à la commission d'enquête américaine King-Crane.
En 1919, les troupes britanniques occupent le Proche-Orient arabe et l'émir Fayçal gouverne à Damas depuis octobre 1918, alors que les accords Sykes-Picot (1916) prévoient un partage franco-britannique. Wilson envoie une commission recueillir les vœux des populations, pendant que les vainqueurs rédigent à Paris le Pacte de la SDN.
Document A — Pacte de la SDN, article 22 (28 juin 1919), extraits et résumé.
L'article s'applique aux colonies et territoires qui ont cessé, à la suite de la guerre, de relever des États vaincus et qui sont habités par des « peuples non encore capables de se diriger eux-mêmes dans les conditions particulièrement difficiles du monde moderne ». Le bien-être et le développement de ces peuples forment « une mission sacrée de civilisation ». La méthode retenue consiste à confier « la tutelle de ces peuples » aux nations « développées », qui l'exercent comme mandataires et au nom de la Société.
Pour certaines communautés ayant appartenu à l'Empire ottoman, « leur existence comme nations indépendantes peut être reconnue provisoirement », à condition qu'un mandataire les conseille et les aide « jusqu'au moment où elles seront capables de se conduire seules ». Leurs vœux doivent être pris en considération dans le choix du mandataire. Chaque mandataire adresse au Conseil de la SDN un rapport annuel, examiné par une commission permanente.
Document B — Résolution du Congrès général syrien, Damas, 2 juillet 1919 (résumé).
Des délégués venus des différentes régions de la Syrie historique, y compris la Palestine et le littoral libanais, remettent leurs vœux à la commission américaine King-Crane. Ils réclament l'indépendance politique complète d'une Syrie unie, monarchie constitutionnelle dont l'émir Fayçal serait le roi. Ils rejettent l'article 22 et l'idée que leur peuple aurait besoin d'une tutelle. Ils acceptent au plus une assistance technique et économique temporaire qui ne porte pas atteinte à leur indépendance, de préférence américaine, à défaut britannique, mais refusent toute aide française. Ils s'opposent au projet sioniste en Palestine et à toute séparation de la Palestine ou du Liban du reste de la Syrie.
Confrontez les deux documents pour montrer que le système des mandats est à la fois une innovation juridique et un prolongement de la domination européenne, contesté au nom du droit des peuples.
Présentez les deux documents et leur contexte.
Expliquez la conception du mandat dans le document A : quelles justifications, quelles garanties ?
Montrez que le document B conteste cette conception au nom des principes proclamés en 1918-1919.
Qu'advient-il de ces revendications entre 1920 et 1922 ? Que révèle cette confrontation sur l'« ordre des nations » construit en 1919 ?
Voir la réponse rédigée
1. Le document A est l'article 22 du Pacte de la Société des Nations, qui forme la première partie du traité de Versailles signé le 28 juin 1919 : c'est un texte juridique rédigé par les vainqueurs réunis à Paris. Le document B résume la résolution adoptée à Damas le 2 juillet 1919 par le Congrès général syrien et remise à la commission King-Crane, envoyée par Wilson pour connaître les vœux des populations. Ces textes sont contemporains et se répondent. Ils s'inscrivent dans la défaite de l'Empire ottoman (armistice de Moudros, 30 octobre 1918) et dans un contexte de promesses contradictoires : royaume arabe promis au chérif Hussein (1915-1916), partage prévu par les accords Sykes-Picot (1916), foyer national juif annoncé par la déclaration Balfour (1917).
2. Le document A justifie le mandat par une hiérarchie des peuples : certains seraient « non encore capables de se diriger eux-mêmes », ce qui autorise les nations « développées » à exercer sur eux une « tutelle ». L'expression « mission sacrée de civilisation » reprend le vocabulaire de la colonisation. Mais le texte innove : la tutelle est exercée au nom de la SDN, elle est provisoire, et le mandataire doit rendre compte chaque année à une commission permanente. Pour les anciennes provinces ottomanes (mandats A), l'existence comme « nations indépendantes » est même reconnue « provisoirement », et les vœux des populations doivent guider le choix du mandataire. Le mandat est donc présenté comme une étape vers l'indépendance, sous contrôle international.
3. Le document B retourne contre les vainqueurs leurs propres principes. Les délégués réclament l'indépendance complète et immédiate d'une Syrie unie, dotée d'institutions constitutionnelles : c'est le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes proclamé par Wilson, dont le point 12 promettait aux nationalités de l'Empire ottoman un développement autonome. Ils rejettent l'idée qu'ils auraient besoin d'une tutelle, ce qui conteste le fondement même de l'article 22. Habilement, ils utilisent la clause sur les vœux des populations : s'il faut une aide, ils la choisissent américaine, et refusent la France, dont ils redoutent la domination coloniale. Leur opposition à la séparation de la Palestine et du Liban vise directement le partage Sykes-Picot et la déclaration Balfour.
4. Ces revendications sont ignorées. Le rapport King-Crane, favorable au respect des vœux syriens, n'est publié qu'en 1922. Le Congrès syrien proclame Fayçal roi en mars 1920, mais la conférence de San Remo (avril 1920) attribue la Syrie et le Liban à la France. L'armée française écrase les troupes syriennes à Maysaloun le 24 juillet 1920, proclame le Grand Liban le 1er septembre 1920 et divise la Syrie en plusieurs États ; la SDN confirme le mandat en juillet 1922. La confrontation révèle que l'« ordre des nations » de 1919 est hiérarchisé : les peuples d'Europe centrale obtiennent des États, ceux de l'ancien Empire ottoman sont placés sous tutelle, malgré les principes proclamés. Le mandat reste pourtant une nouveauté : il impose un contrôle international, et l'Irak devient indépendant en 1932. Mais en Syrie, la grande révolte de 1925-1927 montre que la population ne l'a jamais accepté.
Ce que cette analyse apprend — Confronter deux documents : dégager la logique de chacun, montrer comment l'un répond à l'autre, puis mesurer l'écart entre les principes et les faits.
Bloqué sur ce chapitre ?
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.