Les espaces ruraux : multifonctionnalité ou fragmentation ?
Fragmentation, agriculture productiviste et vivrière, fonctions non agricoles, conflits d'usages, exemples mondiaux (programme de géographie de 1re)
À propos de cette page
Ce cours d' en première sur « Les espaces ruraux : multifonctionnalité ou fragmentation ? » suit le programme officiel d' de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Qu'est-ce qu'un espace rural à l'échelle mondiale ?, Des agricultures qui divergent : productivisme et agriculture vivrière, L'affirmation des fonctions non agricoles, Les conflits d'usages. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en .
4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.
Document 1 — Le poids de la population rurale dans les grandes régions du monde
Facile
Tableau statistique · Nations unies, Département des affaires économiques et sociales (DESA), World Urbanization Prospects: The 2018 Revision, 2018 (valeurs arrondies ; part rurale = 100 − part urbaine).
Les Nations unies publient régulièrement des estimations de la population urbaine et rurale de chaque pays, à partir des recensements nationaux. La révision de 2018 intervient une dizaine d'années après le moment où la population urbaine mondiale est devenue majoritaire.
Grande région
Part de la population urbaine en 2018
Part de la population rurale en 2018
Amérique du Nord
82 %
18 %
Amérique latine et Caraïbes
81 %
19 %
Europe
74 %
26 %
Océanie
68 %
32 %
Asie
50 %
50 %
Afrique
43 %
57 %
Monde
55 %
45 %
Repères complémentaires (même source) : environ 3,4 milliards de ruraux dans le monde en 2018, dont près de 90 % en Asie et en Afrique ; les plus grandes populations rurales sont celles de l'Inde (893 millions) et de la Chine (578 millions). La part de la population urbaine mondiale devrait atteindre 68 % en 2050.
Après avoir présenté le document, montrez qu'il révèle de fortes inégalités dans le poids des espaces ruraux à l'échelle mondiale, puis indiquez les limites de ces chiffres.
Présentez le document (nature, auteur, date, sujet).
Dans quelles régions du monde la population rurale est-elle majoritaire ? Dans lesquelles est-elle très minoritaire ?
Pourquoi l'Asie rassemble-t-elle la plus grande population rurale du monde alors que sa part de ruraux n'est que de 50 % ?
Quelles sont les limites de ce document pour étudier les espaces ruraux ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce document est un tableau statistique tiré des World Urbanization Prospects, révision 2018, publiés par le Département des affaires économiques et sociales des Nations unies. Il indique, pour six grandes régions et pour le monde, la part de la population urbaine et de la population rurale en 2018, complétée par quelques chiffres absolus. Il permet de mesurer le poids démographique des espaces ruraux à l'échelle mondiale.
2. La population rurale n'est majoritaire qu'en Afrique, où elle représente 57 % des habitants ; en Asie, ruraux et citadins s'équilibrent (50 %). Elle est au contraire très minoritaire dans les Amériques, avec 18 % en Amérique du Nord et 19 % en Amérique latine et dans les Caraïbes, et minoritaire en Europe (26 %) et en Océanie (32 %). À l'échelle mondiale, les ruraux représentent encore 45 % de l'humanité : le rural n'est donc pas un reste marginal, mais sa place varie du simple au triple selon les régions.
3. L'Asie est de très loin le continent le plus peuplé, avec environ 4,5 milliards d'habitants en 2018 : une part de 50 % correspond donc à plus de 2 milliards de ruraux. Le document le confirme : l'Inde (893 millions) et la Chine (578 millions) comptent à elles deux près de 1,5 milliard de ruraux, soit plus de 40 % du total mondial, et l'Asie et l'Afrique en rassemblent près de 90 %. Il faut donc distinguer la part (un pourcentage) et le nombre (une valeur absolue) : c'est en Asie et en Afrique que se jouent l'essentiel de l'agriculture vivrière, de l'exode rural et de la pauvreté rurale.
4. Ces chiffres reposent sur des définitions nationales du rural très différentes : l'Inde exige 5 000 habitants et des critères de densité et d'emploi pour parler de ville, d'autres pays un seuil bien plus bas ; les comparaisons sont donc approximatives. Le tableau oppose en outre deux catégories, alors que de nombreux espaces sont intermédiaires, comme les desakota d'Asie ou les campagnes périurbaines. Enfin, il mesure où vivent les gens, pas ce qu'ils font : il ne dit rien des fonctions des espaces ruraux, ni de leur multifonctionnalité, ni de leur intégration à la mondialisation.
Ce que cette analyse apprend — Lire un tableau en distinguant part et valeur absolue, puis critiquer la source en interrogeant les définitions qu'elle utilise.
Document 2 — Les droits des paysans reconnus par les Nations unies
Moyen
Texte officiel international (déclaration de l'Assemblée générale des Nations unies) · Assemblée générale des Nations unies, Déclaration des Nations unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales, résolution 73/165 du 17 décembre 2018, articles 1er, 15 et 17 (extraits traduits de la version anglaise).
La Déclaration est adoptée en décembre 2018 par l'Assemblée générale des Nations unies, au terme d'une campagne menée depuis les années 2000 par la Via Campesina. Elle est votée et non adoptée par consensus : plusieurs États, surtout parmi les pays développés, votent contre ou s'abstiennent.
Article 1er, § 1. Aux fins de la présente Déclaration, un paysan est toute personne qui mène ou qui cherche à mener, seule ou en association avec d'autres ou au sein d'une communauté, une activité de production agricole à petite échelle, de subsistance et/ou destinée au marché, qui s'appuie largement, mais pas nécessairement exclusivement, sur la main-d'œuvre de la famille ou du ménage et sur d'autres formes non monétaires d'organisation du travail, et qui a un lien particulier de dépendance et d'attachement à la terre.
Article 15, § 4. Les paysans et les autres personnes travaillant dans les zones rurales ont le droit de définir leurs propres systèmes alimentaires et agricoles, droit reconnu par de nombreux États et régions comme le droit à la souveraineté alimentaire.
Article 17, § 1. Les paysans et les autres personnes vivant dans les zones rurales ont droit à la terre, individuellement et/ou collectivement [...], y compris le droit d'avoir accès à la terre ainsi qu'aux plans d'eau, aux mers côtières, aux pêcheries, aux pâturages et aux forêts qui s'y trouvent, de les utiliser et de les gérer de manière durable, afin d'atteindre un niveau de vie suffisant, de disposer d'un endroit sûr où vivre dans la paix et la dignité, et de développer leurs cultures.
En analysant ce document, montrez quelles agricultures et quelles ressources rurales il cherche à protéger, et discutez sa portée.
Présentez le document et précisez sa valeur juridique.
Quelle définition du paysan l'article 1er donne-t-il ? À quel type d'agriculture renvoie-t-elle ?
Pourquoi l'article 17 énumère-t-il la terre, l'eau, les pâturages et les forêts ? Reliez votre réponse aux conflits d'usages.
Que signifie la notion de souveraineté alimentaire (article 15) et quelles sont les limites de ce texte ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce document rassemble trois articles de la Déclaration des Nations unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales, adoptée par l'Assemblée générale le 17 décembre 2018 (résolution 73/165). Il s'adresse aux États membres et vise à reconnaître les droits d'une catégorie de population, les paysans. Comme toute déclaration de l'Assemblée générale, il n'est pas juridiquement contraignant : il fixe des principes, sans créer d'obligation sanctionnée par un tribunal.
2. L'article 1er définit le paysan comme une personne qui pratique une « production agricole à petite échelle », « de subsistance et/ou destinée au marché », appuyée sur « la main-d'œuvre de la famille ou du ménage » et marquée par un « lien particulier » à la terre. Cette définition vise l'agriculture familiale et vivrière, qui peut vendre un surplus, c'est-à-dire la grande majorité des plus de 570 millions d'exploitations du monde, dont plus de 80 % couvrent moins de 2 hectares (FAO). Elle exclut en creux l'agriculture productiviste de grandes firmes fondée sur le salariat et le capital.
3. L'article 17 ne se limite pas à la terre cultivée : il cite « les plans d'eau », « les pêcheries », « les pâturages et les forêts ». Il reconnaît ainsi que les ruraux vivent de ressources multiples, ce qui correspond à la multifonctionnalité des espaces ruraux. Or ce sont précisément ces ressources que se disputent d'autres acteurs : investisseurs lors de l'accaparement des terres après 2008 (projet Daewoo à Madagascar), firmes horticoles qui pompent l'eau du lac Naivasha, éleveurs et soja qui avancent sur la forêt amazonienne. Le texte cherche donc à renforcer la position des paysans dans ces conflits d'usages.
4. La souveraineté alimentaire est le droit de « définir leurs propres systèmes alimentaires et agricoles » : elle s'oppose à un modèle où la production serait entièrement orientée par les marchés mondiaux et l'exportation. La notion, proposée par la Via Campesina en 1996, reçoit ici une reconnaissance internationale. Mais la portée du texte est limitée : il n'est pas contraignant, il a été adopté par un vote et non par consensus, et plusieurs grands pays agricoles développés ne l'ont pas soutenu. Il reste surtout un outil de plaidoyer pour les mouvements paysans.
Ce que cette analyse apprend — Analyser un texte juridique en citant ses termes exacts, puis en mesurer la portée réelle (valeur juridique, conditions d'adoption).
Document 3 — Un paysage agricole devenu patrimoine : les rizières en terrasses d'Ifugao (Philippines)
Moyen
Paysage décrit (vue type des terrasses de Batad) et notice patrimoniale · Description du paysage établie d'après la notice du Centre du patrimoine mondial de l'UNESCO, « Rizières en terrasses des cordillères des Philippines » (inscription en 1995 ; Liste du patrimoine mondial en péril de 2001 à 2012).
La province d'Ifugao se trouve dans la cordillère Centrale, au nord de l'île de Luçon, à plusieurs heures de route de Manille. Comme beaucoup de régions de montagne des pays du Sud, elle connaît le départ de ses jeunes vers les villes et vers l'étranger.
Ce que montre une vue des terrasses de Batad (province d'Ifugao, île de Luçon). Au premier plan, des dizaines de terrasses étroites épousent en gradins les courbes d'un cirque montagneux ; chacune est retenue par un muret de pierres ou de terre et forme une rizière inondée. Au deuxième plan, les maisons du village, groupées, occupent un replat au milieu des terrasses. À l'arrière-plan, les sommets restent couverts de forêts : ces bois familiaux (muyong) retiennent l'eau de pluie, qui descend de terrasse en terrasse par un réseau de canaux.
Ce qu'indique la notice de l'UNESCO. Cinq ensembles de terrasses (Batad, Bangaan, Hungduan, Mayoyao et Nagacadan) sont inscrits en 1995 sur la Liste du patrimoine mondial, au titre des paysages culturels : ils associent production de riz, gestion collective de l'eau, rites agraires et savoir-faire transmis. En 2001, le bien est placé sur la Liste du patrimoine mondial en péril : de nombreuses terrasses sont abandonnées ou mal entretenues, faute de main-d'œuvre. Il en est retiré en 2012, après des actions de conservation associant les autorités et les communautés locales. Le tourisme, organisé autour du bourg de Banaue, apporte des revenus mais transforme aussi le paysage (constructions, circulation).
En vous appuyant sur ce document, montrez que les rizières d'Ifugao illustrent la multifonctionnalité d'un espace rural, mais aussi ses fragilités.
Localisez l'espace représenté et décrivez l'organisation du paysage, plan par plan.
Quelles fonctions cet espace rural remplit-il ? Classez-les.
Pourquoi le site a-t-il été inscrit sur la Liste du patrimoine mondial en péril de 2001 à 2012 ?
En quoi cet exemple montre-t-il que la multifonctionnalité d'un espace rural peut être à la fois une ressource et une source de tensions ?
Voir la réponse rédigée
1. Le paysage se situe aux Philippines, dans la province d'Ifugao, au cœur de la cordillère Centrale de l'île de Luçon : c'est un espace rural de montagne, éloigné de la capitale. Au premier plan, des terrasses en gradins, soutenues par des murets, forment des rizières inondées qui épousent la pente. Au deuxième plan, un village groupé occupe un replat. À l'arrière-plan, la forêt des sommets (les muyong) alimente en eau l'ensemble du système. Le paysage est donc entièrement construit par l'homme, de la forêt jusqu'aux rizières.
2. La première fonction est agricole et vivrière : les terrasses produisent du riz destiné d'abord à nourrir les familles. S'y ajoute une fonction environnementale : les forêts retiennent l'eau et les terrasses limitent l'érosion des pentes. La fonction patrimoniale est reconnue depuis 1995 par l'UNESCO, qui souligne les rites agraires et les savoir-faire. Enfin, une fonction touristique s'est développée autour de Banaue. Le même espace est donc agricole, environnemental, patrimonial et touristique.
3. Le site est placé en péril en 2001 parce que de nombreuses terrasses sont « abandonnées ou mal entretenues, faute de main-d'œuvre ». Le document le relie implicitement à l'exode des jeunes : l'entretien des murets et des canaux exige beaucoup de travail collectif, que les familles ne peuvent plus fournir quand les jeunes partent vers les villes ou l'étranger. Le retrait de la liste en 2012 montre que des actions de conservation, associant autorités et communautés, peuvent inverser la tendance.
4. La multifonctionnalité est une ressource : la reconnaissance patrimoniale attire des touristes et des financements, et apporte des revenus complémentaires à des ménages pluriactifs. Mais elle crée des tensions : le tourisme « transforme aussi le paysage » par des constructions, et les revenus touristiques ne suffisent pas toujours à retenir les jeunes dans l'agriculture. Surtout, le paysage qui attire les visiteurs n'existe que si l'agriculture vivrière continue : si la fonction agricole disparaît, la fonction patrimoniale disparaît avec elle. L'exemple montre qu'un espace rural en marge peut s'intégrer aux flux touristiques mondiaux sans cesser d'être fragile.
Ce que cette analyse apprend — Décrire un paysage plan par plan, puis relier ce que l'on voit aux fonctions de l'espace et aux acteurs qui l'entretiennent.
Document 4 — 1872 : un espace rural soustrait à la colonisation agricole
Difficile
Document d'époque (texte de loi) · Congrès des États-Unis, loi du 1er mars 1872 créant le parc de Yellowstone (An Act to set apart a certain Tract of Land lying near the Head-waters of the Yellowstone River as a public Park), sections 1 et 2 (extraits traduits).
En 1872, l'Ouest américain est en pleine colonisation : le Homestead Act de 1862 distribue des terres aux colons et le premier chemin de fer transcontinental est achevé en 1869. Après l'expédition scientifique de Ferdinand Hayden (1871), le Congrès vote cette loi, signée par le président Ulysses S. Grant, qui crée le premier parc national du monde.
Section 1. [Le territoire délimité ci-après], situé dans les Territoires du Montana et du Wyoming [...], est par la présente loi réservé et soustrait à l'installation, à l'occupation ou à la vente en vertu des lois des États-Unis, et consacré et mis à part comme parc public ou lieu d'agrément au bénéfice et pour la jouissance du peuple ; et toutes les personnes qui s'y établiront, s'y installeront ou en occuperont une partie, sauf dans les cas prévus ci-après, seront considérées comme des intrus et en seront expulsées.
Section 2. Ledit parc public sera placé sous le contrôle exclusif du secrétaire à l'Intérieur, qui [...] prendra les règlements qu'il jugera nécessaires ou appropriés pour son entretien et sa gestion. Ces règlements pourvoiront à la préservation, contre toute atteinte ou spoliation, de l'ensemble du bois, des gisements minéraux, des curiosités naturelles ou merveilles de ce parc, et à leur maintien dans leur état naturel. Le secrétaire pourra, à sa discrétion, accorder des baux à construire, pour une durée n'excédant pas dix ans, sur de petites parcelles, aux endroits du parc où il faudra ériger des bâtiments pour l'accueil des visiteurs [...]. Il empêchera la destruction gratuite des poissons et du gibier trouvés dans ce parc, ainsi que leur capture ou leur destruction à des fins commerciales ou lucratives.
Montrez que ce texte de 1872 attribue à un espace rural des fonctions non agricoles, puis expliquez en quoi il éclaire les débats actuels sur la protection des espaces ruraux dans le monde.
Présentez le document en le replaçant dans son contexte.
Quelles fonctions la loi attribue-t-elle à cet espace ? Quels usages interdit-elle ?
Quels acteurs sont exclus de cet espace, explicitement ou implicitement ? En quoi peut-on parler de conflit d'usages ?
En quoi ce texte éclaire-t-il les débats actuels sur les aires protégées dans les espaces ruraux du monde ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce document est un extrait de la loi votée par le Congrès des États-Unis le 1er mars 1872, qui crée le parc de Yellowstone dans les Territoires du Montana et du Wyoming. Elle intervient en pleine conquête de l'Ouest : le Homestead Act de 1862 offre des terres aux colons, le chemin de fer transcontinental est achevé en 1869, et la loi de 1872 fait exception à ce mouvement. Ce texte, destiné aux autorités fédérales et aux colons, est le premier à créer un parc national, modèle ensuite imité dans le monde entier.
2. La loi attribue à cet espace des fonctions non agricoles. La première est récréative : l'espace devient un « parc public ou lieu d'agrément au bénéfice et pour la jouissance du peuple ». La deuxième est une fonction de protection : le bois, les gisements minéraux et les « merveilles » doivent être maintenus « dans leur état naturel ». La troisième, déjà, est touristique : des baux peuvent être accordés pour construire des « bâtiments pour l'accueil des visiteurs ». Elle interdit à l'inverse les usages productifs : installation agricole, vente des terres, exploitation du bois et des minerais, chasse et pêche commerciales.
3. Sont explicitement exclus les colons, considérés comme des « intrus » à expulser, ainsi que les chasseurs, pêcheurs et exploitants qui voudraient en tirer profit. D'autres acteurs sont exclus implicitement : les peuples amérindiens (Shoshones, Crows et d'autres) qui fréquentaient ces terres ne sont pas mentionnés et en seront progressivement écartés. Il y a donc bien conflit d'usages : un même espace est convoité pour l'agriculture, l'extraction, la chasse ou la vie des peuples autochtones, et l'État fédéral tranche en faveur de la récréation et de la protection.
4. Ce texte fonde un modèle d'aire protégée sans habitants permanents, exporté ensuite dans le monde entier, notamment en Afrique : en Tanzanie, le parc du Serengeti est créé en 1951 et les Maasaï sont regroupés dans l'aire de conservation du Ngorongoro en 1959. Ce modèle nourrit aujourd'hui un débat : les autorités et une partie des défenseurs de la nature y voient le moyen le plus sûr de préserver la biodiversité et d'attirer le tourisme ; des organisations de peuples autochtones et des chercheurs dénoncent l'exclusion des usagers locaux et défendent des aires protégées gérées avec eux. En 2020, les aires protégées couvrent environ 17 % des terres émergées : la question de 1872, qui décide de l'usage d'un espace rural, reste donc centrale.
Ce que cette analyse apprend — Exploiter un document d'époque en repérant aussi ce qu'il ne dit pas (les acteurs absents), puis le relier à un débat actuel sans trancher à la place des acteurs.
Bloqué sur ce chapitre ?
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.