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Les espaces ruraux : multifonctionnalité ou fragmentation ?

Fragmentation, agriculture productiviste et vivrière, fonctions non agricoles, conflits d'usages, exemples mondiaux (programme de géographie de 1re)

À propos de cette page
Ce cours d' en première sur « Les espaces ruraux : multifonctionnalité ou fragmentation ? » suit le programme officiel d' de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Qu'est-ce qu'un espace rural à l'échelle mondiale ?, Des agricultures qui divergent : productivisme et agriculture vivrière, L'affirmation des fonctions non agricoles, Les conflits d'usages. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en .

2 sujets traités : l’analyse des termes, la problématique, le plan en trois parties avec ses appuis précis, et surtout l’introduction et la conclusion entièrement rédigées — les deux moments que les copies ratent le plus.

Sujet 1 — Les espaces ruraux dans le monde : des espaces de plus en plus multifonctionnels ?

Analyse des termes — Les « espaces ruraux » sont les espaces de faible densité, agricoles ou non ; « multifonctionnels » renvoie à la coexistence de fonctions productives, résidentielles, récréatives et environnementales, et « de plus en plus » invite à mesurer une évolution, depuis le milieu du XXe siècle jusqu'à aujourd'hui. Le sujet est mondial : on compare des campagnes de pays développés, émergents et en développement, sans traiter le cas français en détail.

Problématique — L'affirmation de fonctions non agricoles transforme-t-elle tous les espaces ruraux du monde de la même manière, ou cette multifonctionnalité reste-t-elle inégale et source de conflits ?

Introduction rédigéeLe 1er mars 1872, le Congrès des États-Unis soustrait à la colonisation agricole un vaste territoire des montagnes Rocheuses pour en faire le parc de Yellowstone, « au bénéfice et pour la jouissance du peuple ». Pour la première fois, un espace rural reçoit officiellement une autre fonction que celle de produire. Un siècle et demi plus tard, 45 % de l'humanité vit encore en milieu rural selon les Nations unies (2018), mais les campagnes ne sont plus seulement des espaces agricoles. Les espaces ruraux sont des espaces de faible densité où dominent les paysages ouverts ; on les dit multifonctionnels lorsque s'y côtoient des fonctions agricoles et non agricoles : habiter, se divertir, protéger la nature, extraire des ressources, produire de l'énergie. Cette évolution touche-t-elle toutes les campagnes du monde de la même manière, ou reste-t-elle inégale et source de conflits ? Nous verrons d'abord que l'agriculture demeure une fonction majeure mais profondément transformée, puis que des fonctions non agricoles s'affirment, enfin que cette multifonctionnalité est inégale et conflictuelle.

I. L'agriculture, une fonction toujours majeure mais transformée

  • L'agriculture fait encore vivre une grande partie des ruraux.Plus de 570 millions d'exploitations dans le monde, dont plus de 80 % de moins de 2 hectares (FAO) ; un peu plus d'un quart des emplois mondiaux à la fin des années 2010 (OIT).
  • Un productivisme de plus en plus intégré aux marchés mondiaux.Corn Belt ; Mato Grosso, cœur du Brésil devenu premier exportateur mondial de soja dans les années 2010 ; révolution verte au Pendjab à partir de 1966.
  • Des agricultures vivrières familiales, souvent fragiles.Mil et sorgho au Sahel, riz dans l'Asie des moussons ; environ 80 % des personnes en extrême pauvreté vivent en milieu rural (Banque mondiale, 2016).

II. L'affirmation des fonctions non agricoles

  • La fonction résidentielle gagne les campagnes proches des villes.Exurbs américaines ; desakota de Java et du delta de la rivière des Perles décrits par Terry McGee en 1991 ; migrations d'agrément dans les Rocheuses.
  • Récréation, tourisme et patrimoine valorisent les paysages ruraux.Yellowstone (1872) ; rizières en terrasses des Philippines (UNESCO, 1995) ; Val d'Orcia en Toscane (2004) ; paysage culturel du café de Colombie (2011).
  • Les campagnes produisent aussi de l'énergie, des minerais et des biens industriels.Entreprises de bourgs et de villages en Chine après 1978 (plus de 100 millions d'emplois au milieu des années 1990) ; pétrole de schiste du Dakota du Nord ; éolien en Mongolie-Intérieure.

III. Une multifonctionnalité inégale et conflictuelle

  • Des fonctions qui s'affrontent : les conflits d'usages.Lac Naivasha (roses d'exportation face aux pêcheurs et éleveurs) ; Standing Rock (2016) ; projet Daewoo à Madagascar (2008-2009).
  • Des campagnes restées à l'écart de la diversification.Villages-limites du Japon (notion forgée par Akira Ōno en 1991) ; environ 290 millions de travailleurs migrants d'origine rurale en Chine en 2019.
  • Des politiques publiques pour accompagner ou corriger cette évolution.Second pilier de la PAC consacré au développement rural (1999) ; loi indienne NREGA (2005) ; stratégie chinoise de revitalisation rurale (2017).
Conclusion rédigéeLes espaces ruraux du monde sont bien de plus en plus multifonctionnels : l'agriculture, productiviste ou vivrière, y reste essentielle, mais habiter, se divertir, protéger, extraire et produire de l'énergie y prennent une place croissante. Cette multifonctionnalité n'est pourtant ni universelle ni paisible : elle profite surtout aux campagnes proches des villes, des marchés et des flux touristiques, et elle multiplie les conflits d'usages, du lac Naivasha à l'Amazonie. Elle participe ainsi à la fragmentation des espaces ruraux, entre campagnes intégrées et campagnes en marge. La question devient celle de la régulation : qui décide de l'usage des terres ? Les débats suscités par la Déclaration des Nations unies sur les droits des paysans (2018) montrent qu'elle se pose désormais à l'échelle mondiale ; on pourra la prolonger à l'échelle nationale avec l'étude des espaces ruraux français.

Le piège — Dresser un catalogue de fonctions (« il y a la fonction agricole, puis la fonction touristique… ») sans répondre au « de plus en plus » ni montrer que la multifonctionnalité progresse inégalement et crée des conflits.

Sujet 2 — La fragmentation des espaces ruraux dans le monde

Analyse des termes — La « fragmentation » désigne la différenciation croissante entre espaces ruraux intégrés et espaces ruraux marginalisés ; il faut en expliquer les facteurs (mondialisation, métropolisation, politiques publiques) et en montrer les formes à plusieurs échelles. Le sujet porte sur la situation actuelle, en remontant aux années 1960-1970 (révolution verte, réformes chinoises de 1978) pour expliquer l'origine des écarts.

Problématique — Comment la mondialisation et la métropolisation creusent-elles les écarts entre espaces ruraux, et quelles réponses les acteurs apportent-ils à cette fragmentation ?

Introduction rédigéeEn 2019, la Chine compte environ 290 millions de travailleurs migrants d'origine rurale, et des dizaines de millions d'enfants grandissent dans des villages sans leurs parents. Au même moment, le Mato Grosso brésilien, à plus de 1 000 kilomètres de l'océan, expédie son soja vers les ports chinois. Ces deux images résument la diversité des espaces ruraux du monde. Les espaces ruraux sont des espaces de faible densité, où vivent encore 45 % des hommes (ONU, 2018) ; on parle de fragmentation lorsque leurs trajectoires divergent, certains s'intégrant aux dynamiques métropolitaines et mondiales, d'autres restant en marge. Comment la mondialisation et la métropolisation creusent-elles les écarts entre espaces ruraux, et quelles réponses les acteurs apportent-ils à cette fragmentation ? Nous montrerons d'abord que certains espaces ruraux sont fortement intégrés, puis que d'autres sont marginalisés, enfin que des recompositions et des politiques tentent de réduire ces écarts.

I. Des espaces ruraux intégrés aux dynamiques mondiales et métropolitaines

  • Les régions agro-exportatrices sont branchées sur les marchés mondiaux.Soja du Mato Grosso, qui fait du Brésil le premier exportateur mondial dans les années 2010 ; roses du lac Naivasha exportées vers l'Europe.
  • Les campagnes périurbaines vivent au rythme des métropoles.Desakota du delta de la rivière des Perles et de Java (Terry McGee, 1991) ; exurbs des métropoles des États-Unis.
  • Les campagnes touristiques et résidentielles captent revenus et habitants.Val d'Orcia (UNESCO, 2004) et agritourisme italien encadré dès 1985 ; migrations d'agrément dans les Rocheuses.

II. Des espaces ruraux en marge

  • La pauvreté reste d'abord rurale.Environ 80 % des personnes en extrême pauvreté vivent en milieu rural (Banque mondiale, 2016) ; paysanneries vivrières du Sahel exposées aux sécheresses.
  • L'exode rural et le vieillissement vident certaines campagnes.Chine : hukou (1958), environ 290 millions de travailleurs migrants d'origine rurale en 2019 ; Japon : villages-limites définis par Akira Ōno en 1991.
  • Intégration et exclusion se juxtaposent dans un même espace.Projet Daewoo à Madagascar (2008-2009) ; grandes exploitations de soja et paysans sans terre au Brésil.

III. Des recompositions et des réponses

  • Les États cherchent à réduire les écarts.Loi indienne NREGA (2005) : cent jours d'emploi garantis par an ; suppression de l'impôt agricole en Chine (2006) puis revitalisation rurale (2017).
  • Les mouvements paysans contestent un modèle d'intégration jugé excluant.MST au Brésil (1984) ; Via Campesina (1993) et souveraineté alimentaire (1996) ; Déclaration des Nations unies sur les droits des paysans (2018).
  • Des campagnes éloignées retrouvent un dynamisme, mais pas partout.Contre-urbanisation décrite par Brian Berry dès 1976 ; retrait des rizières d'Ifugao de la Liste du patrimoine en péril en 2012.
Conclusion rédigéeLa fragmentation des espaces ruraux est donc une réalité mondiale : la mondialisation et la métropolisation intègrent les régions agro-exportatrices, les campagnes périurbaines et les espaces touristiques, tandis que d'autres campagnes se vident, vieillissent ou restent enfermées dans la pauvreté. Cette coupure ne sépare pas simplement le Nord et le Sud : elle traverse chaque pays et parfois une même région, où grandes exploitations et paysans sans terre se côtoient. Les politiques publiques, de l'Inde à la Chine, et les mouvements paysans cherchent à réduire ces écarts, avec des résultats inégaux. La fragmentation n'est donc pas une fatalité, mais le produit de choix d'acteurs. Reste à savoir si la transition écologique, qui donne aux campagnes de nouvelles fonctions énergétiques et environnementales, réduira ces écarts ou en créera de nouveaux.

Le piège — Réduire la fragmentation à une opposition « campagnes riches du Nord / campagnes pauvres du Sud », alors qu'elle traverse chaque pays : il faut au moins un exemple d'écart à l'intérieur d'un même État.

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