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La difficile entrée dans l'âge démocratique : la Deuxième République et le Second Empire

1848, suffrage universel masculin, abolition de l'esclavage, coup d'État de 1851, Second Empire autoritaire puis libéral (programme d'histoire de 1re)

À propos de cette page
Ce cours d' en première sur « La difficile entrée dans l'âge démocratique : la Deuxième République et le Second Empire » suit le programme officiel d' de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Février 1848 : une révolution qui fonde la République, Le printemps 1848 : suffrage universel masculin et abolition de l'esclavage, La question sociale : des ateliers nationaux aux journées de Juin, La Constitution de 1848 et l'élection de Louis-Napoléon Bonaparte. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en .

4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.

Document 1 — Le décret d'abolition de l'esclavage du 27 avril 1848

Facile

Texte juridique (décret du Gouvernement provisoire) · Décret du Gouvernement provisoire relatif à l'abolition de l'esclavage dans les colonies et possessions françaises, 27 avril 1848, Bulletin des lois de la République française, 1848 (extraits).

Deux mois après la proclamation de la République, le Gouvernement provisoire adopte ce décret préparé par une commission présidée par Victor Schœlcher, sous-secrétaire d'État à la Marine. Il s'adresse aux gouverneurs des colonies, aux colons et aux esclaves, alors que l'agitation grandit aux Antilles.

Le Gouvernement provisoire,
Considérant que l'esclavage est un attentat contre la dignité humaine ; qu'en détruisant le libre arbitre de l'homme, il supprime le principe naturel du droit et du devoir ; qu'il est une violation flagrante du dogme républicain : Liberté, Égalité, Fraternité ;
Considérant que si des mesures effectives ne suivaient pas de très près la proclamation déjà faite du principe de l'abolition, il en pourrait résulter dans les colonies les plus déplorables désordres,
Décrète :
Art. 1er. L'esclavage sera entièrement aboli dans toutes les colonies et possessions françaises, deux mois après la promulgation du présent décret dans chacune d'elles. À partir de la promulgation du présent décret dans les colonies, tout châtiment corporel, toute vente de personnes non libres, seront absolument interdits. […]
Art. 5. L'Assemblée nationale réglera la quotité de l'indemnité qui devra être accordée aux colons.
Art. 6. Les colonies purifiées de la servitude et les possessions de l'Inde seront représentées à l'Assemblée nationale.
Art. 7. Le principe que le sol de France affranchit l'esclave qui le touche est appliqué aux colonies et possessions de la République.
Art. 8. À l'avenir, même en pays étranger, il est interdit à tout Français de posséder, d'acheter ou de vendre des esclaves, et de participer, soit directement, soit indirectement, à tout trafic ou exploitation de ce genre. […]

Après avoir présenté le document, montrez en quoi ce décret applique aux colonies les principes de la République de 1848, puis dégagez-en les limites.

  1. Présentez le document : nature, auteur, date et contexte.
  2. Relevez les arguments qui justifient l'abolition. À quels principes renvoient-ils ?
  3. Quelles mesures concrètes le décret prévoit-il ?
  4. Quels compromis ou quelles limites le texte laisse-t-il apparaître ?
Voir la réponse rédigée

1. Ce document est un décret, c'est-à-dire un texte à valeur de loi pris par le pouvoir exécutif. Il est adopté le 27 avril 1848 par le Gouvernement provisoire issu de la révolution de février : l'Assemblée constituante, élue le 23 avril, ne se réunit que le 4 mai, si bien que le gouvernement légifère seul. Le texte a été préparé par la commission présidée par Victor Schœlcher, militant abolitionniste devenu sous-secrétaire d'État à la Marine. Il concerne environ 250 000 esclaves des colonies françaises (Martinique, Guadeloupe, Guyane, La Réunion, Sénégal).

2. Les « considérants » justifient la décision par trois arguments. Un argument moral : l'esclavage est « un attentat contre la dignité humaine ». Un argument philosophique : en détruisant « le libre arbitre de l'homme », il nie le fondement même du droit et du devoir. Un argument politique : il est « une violation flagrante du dogme républicain », résumé par la devise « Liberté, Égalité, Fraternité ». L'abolition découle donc de la nature même du régime : une République qui vient d'instaurer le suffrage universel masculin ne peut maintenir des hommes en servitude. Le second considérant ajoute un argument d'ordre public : tarder provoquerait « les plus déplorables désordres », allusion à l'agitation des esclaves depuis l'annonce de la révolution.

3. L'article 1er abolit l'esclavage « entièrement » dans toutes les colonies, deux mois après la promulgation locale, et interdit aussitôt les châtiments corporels et la vente de personnes. L'article 6 fait des anciens esclaves des citoyens : les colonies seront représentées à l'Assemblée nationale, élue au suffrage universel masculin. L'article 7 étend aux colonies le principe du sol libre, selon lequel le sol de France « affranchit l'esclave qui le touche ». L'article 8 interdit à tout Français, même à l'étranger, de posséder, d'acheter ou de vendre des esclaves.

4. Le texte comporte aussi des compromis. Le délai de deux mois ménage les colons ; il est d'ailleurs dépassé par les faits en Martinique, où la révolte du 22 mai 1848 impose l'abolition dès le lendemain. Surtout, l'article 5 annonce une indemnité pour les colons, présentés comme victimes d'une expropriation : la loi du 30 avril 1849 la leur accorde, alors que les anciens esclaves ne reçoivent ni terre ni réparation. Enfin, le décret ne dit rien des conditions de travail futures : dans les plantations, beaucoup d'affranchis restent dépendants de leurs anciens maîtres. L'abolition de 1848 est une rupture majeure, définitive, mais elle ne remet pas en cause l'ordre colonial.

Ce que cette analyse apprend — Relier chaque article d'un texte juridique au principe qui le fonde, puis chercher ce que le texte accorde à chacun des acteurs pour en mesurer les limites.

Document 2 — Voter pour un homme : de l'élection de 1848 aux plébiscites du Second Empire

Moyen

Tableau statistique (résultats électoraux) · D'après les résultats officiels proclamés par l'Assemblée nationale le 20 décembre 1848 et publiés au Moniteur universel (1851, 1852) puis au Journal officiel de l'Empire français (1870) ; chiffres arrondis.

Le tableau rassemble les quatre grandes consultations nationales qui jalonnent la carrière de Louis-Napoléon Bonaparte, de son élection à la présidence à l'Empire libéral. Les pourcentages de 1848 sont calculés sur les suffrages exprimés ; l'abstention n'apparaît pas.

DateType de voteEnjeuRésultats (chiffres arrondis)
10 décembre 1848Élection présidentielle au suffrage universel masculinChoisir le premier président de la RépubliqueLouis-Napoléon Bonaparte : 5,43 millions de voix (74 %) ; Cavaignac : 1,45 million (20 %) ; Ledru-Rollin : 0,37 million (5 %) ; Raspail : 0,04 million ; Lamartine : 0,02 million
20-21 décembre 1851PlébisciteMaintenir Louis-Napoléon Bonaparte au pouvoir et lui confier la rédaction d'une Constitution, après le coup d'ÉtatOui : environ 7,4 millions ; non : environ 0,6 million
21-22 novembre 1852PlébisciteRétablir la dignité impériale, héréditaire, au profit de Louis-Napoléon BonaparteOui : 7,82 millions ; non : 0,25 million
8 mai 1870PlébisciteApprouver les réformes libérales réalisées depuis 1860 et le sénatus-consulte du 20 avril 1870Oui : 7,36 millions ; non : 1,57 million

Analysez le tableau pour montrer comment Louis-Napoléon Bonaparte fonde son pouvoir sur le suffrage universel masculin, et quelles sont les limites de ce soutien.

  1. Distinguez les deux types de vote présents dans le tableau.
  2. Comment expliquer le succès de Louis-Napoléon Bonaparte le 10 décembre 1848 ?
  3. Que montrent les plébiscites de 1851 et 1852 ? Pourquoi faut-il les lire avec prudence ?
  4. Comparez le plébiscite de 1870 aux précédents : que révèle-t-il ?
Voir la réponse rédigée

1. Le vote du 10 décembre 1848 est une élection : les électeurs choisissent entre plusieurs candidats, et le tableau en présente cinq. Les trois autres sont des plébiscites : les électeurs répondent par oui ou par non à une question posée par le pouvoir, qui engage leur confiance en un homme. Cette pratique reprend une tradition de Napoléon Ier (1800, 1802, 1804). Le passage de l'élection au plébiscite résume le glissement d'une République où l'on choisit à un régime où l'on approuve.

2. Avec 5,43 millions de voix, soit 74 % des suffrages exprimés, Louis-Napoléon écrase ses adversaires. Son nom rassemble des électeurs que tout oppose : les paysans, attachés à la légende napoléonienne et hostiles à l'impôt des 45 centimes créé par la République en mars 1848 ; une partie des ouvriers, qui refusent de voter pour Cavaignac, le général qui a écrasé les journées de Juin ; les notables du parti de l'Ordre, qui le croient facile à manœuvrer. Les résultats de Ledru-Rollin (5 %) et surtout de Lamartine (0,02 million de voix), héros de février, montrent l'effondrement des républicains de 1848 : le suffrage universel masculin, majoritairement rural, ne vote pas républicain.

3. Les plébiscites donnent des majorités écrasantes : environ 92 % de oui en décembre 1851 (7,4 millions contre 0,6 million) et près de 97 % en novembre 1852 (7,82 millions contre 0,25 million). Le coup d'État puis l'Empire semblent donc voulus par le peuple. Il faut pourtant les lire avec prudence : le vote de 1851 a lieu après une répression massive, alors qu'une partie du pays est en état de siège et que les chefs républicains sont arrêtés ou en fuite ; l'administration fait campagne pour le oui et l'opposition ne peut s'exprimer ; l'abstention n'apparaît pas dans le tableau. Les historiens admettent cependant que ces chiffres traduisent aussi une adhésion réelle, surtout rurale, au nom de l'ordre.

4. En 1870, le oui reste massif (7,36 millions, environ 82 % des votants qui s'expriment), mais le non atteint 1,57 million, soit à peu près six fois plus qu'en 1852. Cette progression traduit le réveil de l'opposition, déjà visible aux élections de 1869, surtout dans les villes : Paris vote majoritairement non. Le plébiscite montre donc un Empire libéral solidement soutenu par les campagnes, mais contesté dans les grandes villes. Paradoxe : quatre mois plus tard, le régime s'effondre, non par le vote, mais après la défaite de Sedan.

Ce que cette analyse apprend — Lire un tableau électoral en distinguant les types de vote, en calculant des proportions et en rappelant ce que les chiffres ne disent pas (abstention, pressions, contexte).

Document 3 — « Le vote ou le fusil » : apprendre la démocratie en 1848

Moyen

Image (lithographie républicaine) · Marie-Louis Bosredon, Le Vote ou le Fusil, lithographie, Paris, 1848.

La lithographie, technique d'impression qui permet des tirages nombreux et bon marché, est l'image politique la plus diffusée au XIXe siècle. Cette estampe paraît en 1848, l'année où le décret du 5 mars donne le droit de vote à tous les hommes de 21 ans, dont les ouvriers qui viennent de faire la révolution les armes à la main.

Description. Lithographie en noir et blanc. Un homme du peuple, reconnaissable à la blouse et à la casquette des ouvriers parisiens, se tient près d'une urne électorale et y dépose un bulletin de vote. Il a gardé son fusil, l'arme des combattants de février 1848, mais il ne s'en sert pas : le geste principal est celui du vote. La légende, rédigée en deux temps, explique la scène : le fusil est réservé à « l'ennemi du dehors » ; « pour le dedans », c'est-à-dire dans la vie politique française, le bulletin est présenté comme la manière de combattre « loyalement » ses adversaires. Le décor est réduit au minimum : ni barricade ni combat, seulement le face-à-face entre l'arme et l'urne.

Analysez cette image pour montrer ce que représente le suffrage universel masculin pour les républicains de 1848, puis confrontez son message aux événements de la Deuxième République.

  1. Présentez le document et décrivez la scène.
  2. Quelle opposition l'image construit-elle entre le vote et le fusil ? Quel message veut-elle transmettre ?
  3. À quel public s'adresse-t-elle, et pourquoi ce message est-il nécessaire en 1848 ?
  4. Confrontez ce message aux journées de Juin 1848 et au coup d'État de décembre 1851.
Voir la réponse rédigée

1. Il s'agit d'une lithographie de Marie-Louis Bosredon, publiée à Paris en 1848, l'année de la révolution de Février et de l'instauration du suffrage universel masculin. Une image lithographiée, peu coûteuse, circule largement dans les milieux populaires. La scène montre un ouvrier parisien, identifiable à sa blouse et à sa casquette, qui dépose un bulletin dans une urne tout en gardant son fusil sans s'en servir ; une légende en deux temps oppose l'usage de l'arme et celui du vote.

2. L'image oppose deux manières de faire de la politique. Le fusil, arme des barricades de février, est désormais réservé à « l'ennemi du dehors », c'est-à-dire à la défense du pays contre l'étranger. À l'intérieur, les adversaires politiques ne sont plus des ennemis : on les combat « loyalement », par le bulletin. Le message est clair : puisque tous les hommes votent, l'insurrection n'a plus de raison d'être. Le suffrage universel masculin doit clore l'ère des révolutions et faire de l'ouvrier un citoyen qui s'exprime par la loi.

3. L'image s'adresse aux ouvriers parisiens, qui ont fait la révolution de février et restent armés, d'autant que la Garde nationale a été ouverte à tous en 1848. Le Gouvernement provisoire, dominé par les républicains modérés, craint une nouvelle insurrection menée par les clubs révolutionnaires, comme le montre la journée du 15 mai. L'image est donc à la fois une célébration et une pédagogie : elle apprend au peuple armé la discipline démocratique, et elle rassure les possédants.

4. Les événements démentent vite ce message. Les élections du 23 avril donnent une Assemblée modérée, élue surtout par les campagnes ; en juin, la fermeture des ateliers nationaux pousse les ouvriers parisiens à reprendre les armes contre une Assemblée issue du suffrage universel : le fusil l'emporte sur le bulletin, et l'insurrection est écrasée par Cavaignac. En décembre 1851, la situation s'inverse : c'est le président qui recourt à la force armée, puis fait ratifier son coup d'État par le vote ; les républicains qui prennent les armes, comme le député Baudin, le font pour défendre la Constitution. L'image exprime donc l'idéal de 1848 plus que la réalité : la démocratie par le vote reste à apprendre.

Ce que cette analyse apprend — Décrire une image avant de l'interpréter, identifier son public et son intention, puis confronter son message idéal aux faits de la période.

Document 4 — L'appel au peuple du 2 décembre 1851

Difficile

Document d'époque (proclamation affichée sur les murs de Paris) · Louis-Napoléon Bonaparte, « Proclamation du président de la République. Appel au peuple », 2 décembre 1851, affichée à Paris et publiée au Moniteur universel, décembre 1851 (extraits).

Dans la nuit du 1er au 2 décembre 1851, l'armée occupe Paris et les principaux chefs de l'opposition sont arrêtés. Au matin, les Parisiens découvrent sur les murs un décret qui dissout l'Assemblée et rétablit le suffrage universel, accompagné de cette proclamation adressée à tous les Français.

Français !
La situation actuelle ne peut durer plus longtemps. Chaque jour qui s'écoule aggrave les dangers du pays. L'Assemblée, qui devait être le plus ferme appui de l'ordre, est devenue un foyer de complots. […] Au lieu de faire des lois dans l'intérêt général, elle forge des armes pour la guerre civile ; elle attente au pouvoir que je tiens directement du peuple ; elle encourage toutes les mauvaises passions ; elle compromet le repos de la France : je l'ai dissoute, et je rends le peuple entier juge entre elle et moi. […]
Je fais un appel loyal à la nation tout entière, et je vous dis : si vous voulez continuer cet état de malaise qui nous dégrade et compromet l'avenir, choisissez un autre à ma place, car je ne veux plus d'un pouvoir qui est impuissant à faire le bien […].
Si, au contraire, vous avez encore confiance en moi, donnez-moi les moyens d'accomplir la grande mission que je tiens de vous. Cette mission consiste à fermer l'ère des révolutions, en satisfaisant les besoins légitimes du peuple et en le protégeant contre les passions subversives. […]
Persuadé que l'instabilité du pouvoir, que la prépondérance d'une seule Assemblée sont des causes permanentes de trouble et de discorde, je soumets à vos suffrages les bases fondamentales suivantes d'une Constitution que les Assemblées développeront plus tard :
1° Un chef responsable nommé pour dix ans ;
2° Les ministres dépendant du pouvoir exécutif seul ;
3° Un Conseil d'État formé des hommes les plus distingués, préparant les lois et en soutenant la discussion devant le Corps législatif ;
4° Un Corps législatif discutant et votant les lois, nommé par le suffrage universel, sans scrutin de liste qui fausse l'élection ;
5° Une seconde assemblée formée de toutes les illustrations du pays, pouvoir pondérateur, gardien du pacte fondamental et des libertés publiques. […]

En analysant ce texte, montrez comment Louis-Napoléon Bonaparte justifie le coup d'État et quel régime il annonce. Vous exercerez votre esprit critique en confrontant le texte à vos connaissances.

  1. Présentez le document et son contexte. Pourquoi la date n'est-elle pas choisie au hasard ?
  2. Quels reproches l'auteur adresse-t-il à l'Assemblée ? Comment justifie-t-il un acte illégal ?
  3. Quel usage fait-il du suffrage universel ?
  4. Quelles institutions propose-t-il ? En quoi annoncent-elles un régime autoritaire ?
  5. Que le texte passe-t-il sous silence ? Confrontez-le à ce que vous savez du coup d'État.
Voir la réponse rédigée

1. Ce document est une proclamation affichée sur les murs de Paris le 2 décembre 1851 par Louis-Napoléon Bonaparte, président de la République élu le 10 décembre 1848. Il accompagne un décret qui dissout l'Assemblée législative, rétablit le suffrage universel en abrogeant la loi du 31 mai 1850 et convoque le peuple à un plébiscite. Le président, qui n'est pas rééligible en 1852 et n'a pas obtenu en juillet 1851 la révision de la Constitution, sort de la légalité. La date est symbolique : le 2 décembre est l'anniversaire du sacre de Napoléon Ier (1804) et de la victoire d'Austerlitz (1805). Le neveu inscrit son geste dans la légende de l'oncle.

2. L'Assemblée est accusée d'être « un foyer de complots », de forger « des armes pour la guerre civile » et d'attenter au « pouvoir que je tiens directement du peuple ». Le texte retourne l'accusation : c'est le président qui commet un coup de force, puisque l'article 68 de la Constitution fait de la dissolution un crime de haute trahison, mais il se présente comme la victime d'un complot parlementaire. Il justifie l'illégalité par l'urgence (« La situation actuelle ne peut durer plus longtemps ») et par une légitimité supérieure à la loi : celle du peuple, qui l'a élu avec 5,4 millions de voix.

3. Le suffrage universel est au cœur de l'argumentation. En le rétablissant, le président apparaît comme le défenseur du peuple contre une Assemblée conservatrice qui l'avait mutilé en 1850. Il propose de rendre « le peuple entier juge entre elle et moi » : le peuple ne choisit pas entre des programmes, il approuve ou désapprouve un homme. La formule « choisissez un autre à ma place » est purement rhétorique, puisqu'aucun autre candidat n'est proposé. C'est le principe du plébiscite, et du « césarisme démocratique » : un pouvoir personnel qui cherche sa légitimité dans l'acclamation populaire. Le vote des 20 et 21 décembre 1851 lui donnera environ 7,4 millions de oui.

4. Les cinq « bases » concentrent le pouvoir : un chef nommé pour dix ans, au lieu de quatre ; des ministres qui ne dépendent que de lui ; un Conseil d'État qui prépare les lois ; un Corps législatif élu, qui discute et vote les lois sans les proposer ; une seconde assemblée de notables, le futur Sénat. Le chef se dit « responsable », mais devant le peuple seul, et non devant les députés. L'objectif affiché, « fermer l'ère des révolutions », traduit la priorité donnée à l'ordre sur la liberté. Ces bases deviennent la Constitution du 14 janvier 1852, qui prépare le rétablissement de l'Empire le 2 décembre 1852.

5. Le texte passe sous silence la force. L'armée occupe Paris et plus de 200 députés, réunis dans une mairie pour voter la déchéance du président, sont arrêtés. Le 3 décembre, le député Baudin est tué sur une barricade ; le 4, la troupe tire sur les boulevards. En province, des dizaines de milliers de républicains se soulèvent, surtout dans le Sud-Est et le Centre ; la répression poursuit environ 27 000 personnes et en transporte près de 10 000 en Algérie. Victor Hugo, proscrit, dénoncera le « crime » du 2 décembre. L'« appel loyal » au peuple est donc un texte de propagande : le vote y sert à ratifier un fait accompli par les armes.

Ce que cette analyse apprend — Confronter un texte de justification politique aux faits qu'il passe sous silence : c'est l'esprit critique attendu à l'épreuve.

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