L'industrialisation et l'accélération des transformations économiques et sociales en France
Chemin de fer, banques, grands magasins, ouvriers et patronat, exode rural, Paris d'Haussmann (1848-1871) (programme d'histoire de 1re)
À propos de cette page
Ce cours d' en première sur « L'industrialisation et l'accélération des transformations économiques et sociales en France » suit le programme officiel d' de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Une industrialisation engagée avant 1848, qui s'accélère après 1852, Le chemin de fer, moteur de l'accélération, Banques, sociétés anonymes et libre-échange : le capitalisme se transforme, Grandes usines, petits ateliers et nouveaux commerces. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en .
4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.
Tableau statistique · Tableau construit pour l'exercice ; chiffres arrondis d'après les recensements de la Statistique générale de la France (1851, 1861, 1872) et les statistiques des mines et des chemins de fer publiées par le ministère des Travaux publics (1850-1870).
Ces chiffres couvrent la Deuxième République, le Second Empire et le lendemain de la guerre de 1870-1871. Ils proviennent des statistiques officielles de l'époque et mesurent l'essor du rail, de l'énergie et des villes.
Indicateur
Vers 1850
Vers 1860
Vers 1870
Voies ferrées exploitées (km)
≈ 3 000 (1850)
≈ 9 500 (1860)
≈ 17 500 (1870)
Production de houille (millions de tonnes)
≈ 4,5 (1850)
≈ 8,3 (1860)
≈ 13,5 (1869)
Population de la France (millions)
35,8 (1851)
37,4 (1861)
36,1 (1872)
Part de la population urbaine (communes de plus de 2 000 habitants agglomérés)
≈ 25 % (1851)
≈ 29 % (1861)
≈ 31 % (1872)
Population de Paris (millions)
≈ 1,05 (1851)
≈ 1,7 (1861)
≈ 1,85 (1872)
Rappels : Paris annexe les communes de sa proche banlieue le 1er janvier 1860 ; la Savoie et le comté de Nice sont rattachés à la France en 1860 ; l'Alsace et la Moselle sont annexées par l'Empire allemand en 1871.
En analysant le document, montrez qu'il témoigne d'une accélération des transformations économiques et sociales en France, tout en en mesurant les limites.
Présentez le document : nature, origine des données, période couverte.
Décrivez l'évolution du réseau ferré et de la production de houille entre 1850 et 1870 (coefficients multiplicateurs).
Montrez que ces deux évolutions sont liées.
Que révèlent les données démographiques sur l'urbanisation ? Quelles précautions faut-il prendre pour les interpréter ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce document est un tableau statistique construit à partir des sources officielles de l'époque : les recensements de la Statistique générale de la France (1851, 1861, 1872) et les statistiques des mines et des chemins de fer du ministère des Travaux publics. Il couvre une vingtaine d'années, de la Deuxième République au lendemain de la guerre de 1870-1871, et réunit cinq indicateurs : transports, énergie, population totale, urbanisation et capitale. Les chiffres étant arrondis, ils donnent des ordres de grandeur, non des valeurs exactes.
2. Le réseau ferré passe d'environ 3 000 km en 1850 à environ 17 500 km en 1870 : il est multiplié par près de 6. La croissance s'accélère d'une décennie à l'autre : environ 6 500 km sont ouverts dans les années 1850, environ 8 000 dans les années 1860, après les conventions de 1859 qui lancent les lignes secondaires. La production de houille passe d'environ 4,5 à 13,5 millions de tonnes entre 1850 et 1869 : elle est multipliée par 3, avec, là aussi, une progression plus forte dans les années 1860 (+ 5 millions de tonnes contre + 4 environ).
3. Les deux évolutions s'entraînent mutuellement. Le chemin de fer consomme du charbon pour ses locomotives et du fer pour ses rails, ses ponts et son matériel : il stimule les mines (Nord, bassin de la Loire) et la sidérurgie (Le Creusot, Lorraine). En retour, il transporte le charbon à moindre coût vers les usines et les villes. C'est l'effet d'entraînement caractéristique de l'industrialisation. Il a toutefois ses limites : la production nationale ne suffit pas, et la France importe encore une part importante de son charbon de Belgique et du Royaume-Uni.
4. La part de la population urbaine passe d'environ 25 % en 1851 à environ 31 % en 1872 : l'urbanisation progresse, mais lentement (environ 6 points en vingt ans), et plus des deux tiers des Français vivent encore dans des communes rurales en 1872. Les chiffres doivent être lus avec prudence, car le territoire change. La population de Paris passe d'environ 1,05 à 1,85 million d'habitants (environ + 75 %) : la hausse tient à l'exode rural, mais aussi à l'annexion des communes voisines en 1860. De même, la population de la France augmente en 1861 grâce au rattachement de la Savoie et de Nice, puis recule en 1872 après la perte de l'Alsace-Moselle : ces variations s'expliquent par des changements de frontières, non par la natalité. Le tableau montre donc une accélération réelle, dans une France qui reste majoritairement rurale.
Ce que cette analyse apprend — Lire un tableau statistique : calculer des évolutions, relier deux séries entre elles et repérer les biais (chiffres arrondis, changements de territoire).
Document 2 — Le programme économique de Napoléon III (janvier 1860)
Moyen
Lettre publique d'un chef d'État (programme économique) · Napoléon III, lettre à Achille Fould, ministre d'État, 5 janvier 1860, publiée au Moniteur universel en janvier 1860 (extraits).
Rendue publique quelques jours avant la signature du traité de commerce franco-britannique du 23 janvier 1860, négocié en secret par Michel Chevalier et Richard Cobden, cette lettre expose à l'opinion le programme économique de l'Empire. Son destinataire officiel est le ministre d'État Achille Fould, mais elle s'adresse en réalité aux industriels et à tout le pays.
« Depuis longtemps on proclame cette vérité qu'il faut multiplier les moyens d'échange pour rendre le commerce florissant ; que sans concurrence l'industrie reste stationnaire et conserve des prix élevés qui s'opposent aux progrès de la consommation ; que sans une industrie prospère qui développe les capitaux, l'agriculture elle-même demeure dans l'enfance. [...]
Ainsi, avant de développer notre commerce étranger par l'échange des produits, il faut améliorer notre agriculture et affranchir notre industrie de toutes les entraves intérieures qui la placent dans des conditions d'infériorité. [...]
Suppression des droits sur la laine et les cotons ; réduction successive sur les sucres et les cafés ; amélioration énergiquement poursuivie des voies de communication ; réduction des droits sur les canaux, et par suite abaissement général des frais de transport ; prêts à l'agriculture et à l'industrie ; travaux considérables d'utilité publique ; suppression des prohibitions ; traités de commerce avec les puissances étrangères. »
En analysant le document, montrez comment Napoléon III entend accélérer la modernisation de l'économie française et quelles résistances ce programme peut rencontrer.
Présentez le document : auteur, destinataire, date, contexte.
Quel raisonnement économique l'empereur développe-t-il dans le premier paragraphe ?
Classez les mesures annoncées selon qu'elles relèvent de l'ouverture commerciale, des transports ou du crédit et des grands travaux. Quel ordre de priorité le texte fixe-t-il ?
Qu'apprend-on sur le rôle de l'État dans l'industrialisation sous le Second Empire ? Quelles oppositions ce programme suscite-t-il ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce document est une lettre de Napoléon III, empereur des Français depuis 1852, adressée le 5 janvier 1860 à son ministre d'État Achille Fould et publiée au Moniteur universel, le journal officiel du régime. Sa publication en fait un véritable programme économique destiné à l'opinion. Elle paraît quelques jours avant la signature, le 23 janvier 1860, du traité de commerce franco-britannique négocié en secret par l'économiste saint-simonien Michel Chevalier et le libre-échangiste anglais Richard Cobden : l'empereur prépare le pays à ce tournant.
2. Le premier paragraphe enchaîne trois propositions qui forment un cercle vertueux. Les échanges font prospérer le commerce ; la concurrence oblige l'industrie à progresser, car « sans concurrence l'industrie reste stationnaire » et maintient des prix élevés qui freinent la consommation ; enfin, une industrie prospère accumule des capitaux qui permettent de moderniser l'agriculture. Tous les secteurs sont donc solidaires. Ce raisonnement combine l'argument libéral de la concurrence et l'inspiration saint-simonienne, qui voit dans la circulation des biens et des capitaux la source du progrès.
3. Les mesures se classent en trois ensembles. L'ouverture commerciale : suppression des droits sur la laine et le coton, matières premières du textile, réduction sur les sucres et les cafés, suppression des prohibitions, traités de commerce. Les transports : amélioration des voies de communication, baisse des droits sur les canaux et des frais de transport. Le crédit et les grands travaux : prêts à l'agriculture et à l'industrie, travaux d'utilité publique. Le texte fixe un ordre : « avant de développer notre commerce étranger », il faut renforcer l'agriculture et libérer l'industrie de ses « entraves intérieures ». L'ouverture doit donc être préparée par une baisse des coûts de production (matières premières moins chères, transports moins coûteux, crédit).
4. L'État apparaît comme un impulseur : il agit par les droits de douane, les traités, le crédit et les grands travaux, mais il ne produit pas lui-même. Cette politique s'inscrit dans la continuité des conventions ferroviaires de 1859 et des travaux de Paris. Elle suscite de fortes oppositions : conclu sans vote des députés, le traité est dénoncé comme un « coup d'État douanier » par les protectionnistes, en particulier les filateurs de Normandie et du Nord, qui redoutent la concurrence britannique. La crise cotonnière de 1861-1865, due à la guerre de Sécession, aggrave ensuite leurs difficultés, ce qui rend difficile d'isoler les effets du traité. Le document montre ainsi un État modernisateur, qui fait le pari de la concurrence contre une partie du patronat.
Ce que cette analyse apprend — Analyser un texte programmatique : dégager le raisonnement de l'auteur, classer les mesures, puis confronter les intentions affichées aux réactions et aux résultats.
Document 3 — Voyager en troisième classe sous le Second Empire
Moyen
Peinture (huile sur toile) · Honoré Daumier, Le Wagon de troisième classe, vers 1862-1864, huile sur toile, New York, Metropolitan Museum of Art.
Honoré Daumier (1808-1879), célèbre pour ses lithographies satiriques publiées dans la presse, notamment Le Charivari, peint aussi la vie des classes populaires. Il réalise ce tableau au début des années 1860, alors que le réseau ferré dépasse 9 000 km et que le train entre dans la vie quotidienne.
La scène se déroule à l'intérieur d'un wagon de troisième classe, faiblement éclairé par les fenêtres. Au premier plan, assis sur une banquette de bois et tournés vers le spectateur, trois personnages occupent le centre du tableau : au milieu, une vieille femme au visage marqué, la tête couverte, les mains croisées sur l'anse d'un panier posé sur ses genoux ; à gauche, une jeune femme qui allaite un nourrisson ; à droite, un jeune garçon endormi, appuyé contre la vieille femme. Derrière eux, d'autres voyageurs sont serrés sur les banquettes suivantes ; on distingue plusieurs hommes coiffés d'un chapeau haut-de-forme. Les couleurs sont sombres (bruns, ocres), la touche est rapide et les visages de l'arrière-plan sont à peine esquissés. Aucun échange ne semble lier les personnages du premier plan : chacun paraît absorbé dans sa fatigue ou ses pensées.
Daumier a traité plusieurs fois ce sujet ; une autre version, très proche, est conservée au Musée des beaux-arts du Canada, à Ottawa.
En analysant le document, montrez ce qu'il révèle de la place du chemin de fer dans la société française des années 1860 et du regard que l'artiste porte sur les voyageurs.
Présentez le document : auteur, nature, date, contexte.
Décrivez les personnages du premier plan et de l'arrière-plan : quels milieux sociaux Daumier représente-t-il ?
Que révèle ce tableau de la place du chemin de fer dans la société des années 1860 ?
Quel regard l'artiste porte-t-il sur ces voyageurs ? Quelles sont les limites de ce document pour l'historien ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce document est une peinture à l'huile d'Honoré Daumier, Le Wagon de troisième classe, réalisée vers 1862-1864 et conservée au Metropolitan Museum of Art de New York. Daumier est surtout connu comme caricaturiste de presse, mais il peint aussi, dans un style réaliste, la vie des gens modestes. Le tableau date des années où le réseau ferré français connaît sa plus forte croissance, passant d'environ 9 500 km en 1860 à 17 500 km en 1870.
2. Au premier plan, trois personnages sont assis sur une banquette de bois : une vieille femme tenant un panier, une jeune mère qui allaite son nourrisson et un garçon endormi. Leurs vêtements simples, le panier, peut-être rapporté d'un marché ou emporté pour un voyage, et l'inconfort de la banquette désignent les classes populaires, paysannes ou ouvrières. À l'arrière-plan, des voyageurs entassés, dont des hommes en haut-de-forme, suggèrent une clientèle un peu plus variée, faite aussi de petits employés ou de boutiquiers. Trois générations sont réunies : le train transporte des familles entières.
3. Le tableau montre d'abord que le train est devenu accessible aux modestes. Les compagnies proposent trois classes de voitures, aux tarifs et au confort très différents : la division en classes reproduit la hiérarchie sociale, la troisième étant réservée à ceux qui ne peuvent payer davantage. Il suggère ensuite une mobilité nouvelle : on prend le train pour aller au marché, rendre visite à un parent ou quitter son village pour la ville, au moment où commence l'exode rural. Le chemin de fer n'est donc pas seulement un outil économique ; il transforme la vie quotidienne et les horizons des Français.
4. Daumier ne caricature pas ses personnages : il leur donne une dignité silencieuse. La fatigue de la vieille femme, le sommeil de l'enfant et l'absence d'échange entre les voyageurs traduisent la dureté de la vie populaire et une forme de solitude au milieu de la foule, caractéristique de la société moderne. Ce regard compatissant rattache l'œuvre au réalisme, qui fait des humbles un sujet digne de la grande peinture. Mais le tableau reste une vision d'artiste : il ne dit rien du nombre de voyageurs, du prix des billets ou de la part des trajets populaires. L'historien doit le croiser avec des sources chiffrées pour en tirer des conclusions générales.
Ce que cette analyse apprend — Analyser une œuvre d'art : décrire avant d'interpréter, relier la scène au contexte, puis mesurer ce que le point de vue de l'artiste permet et ne permet pas de conclure.
Document 4 — La loi du 25 mai 1864 : la fin du délit de coalition
Difficile
Texte de loi (articles du Code pénal modifiés) · Loi du 25 mai 1864 modifiant les articles 414, 415 et 416 du Code pénal, Bulletin des lois, 1864 (extraits).
Depuis la loi Le Chapelier (1791) et le Code pénal de 1810, toute coalition d'ouvriers pour obtenir une hausse des salaires est un délit. La loi de 1864, rapportée devant le Corps législatif par le député Émile Ollivier, intervient après la grève des typographes parisiens de 1862, condamnés puis graciés par l'empereur, et quelques mois après le Manifeste des Soixante.
« Article 1er. Les articles 414, 415 et 416 du Code pénal sont abrogés. Ils sont remplacés par les articles suivants :
Art. 414. Sera puni d'un emprisonnement de six jours à trois ans et d'une amende de seize francs à trois mille francs, ou de l'une de ces deux peines seulement, quiconque, à l'aide de violences, voies de fait, menaces ou manœuvres frauduleuses, aura amené ou maintenu, tenté d'amener ou de maintenir une cessation concertée de travail, dans le but de forcer la hausse ou la baisse des salaires ou de porter atteinte au libre exercice de l'industrie ou du travail.
Art. 415. Lorsque les faits punis par l'article précédent auront été commis par suite d'un plan concerté, les coupables pourront être mis, par l'arrêt ou le jugement, sous la surveillance de la haute police pendant deux ans au moins et cinq ans au plus.
Art. 416. Seront punis d'un emprisonnement de six jours à trois mois et d'une amende de seize francs à trois cents francs, ou de l'une de ces deux peines seulement, tous ouvriers, patrons et entrepreneurs d'ouvrage qui, à l'aide d'amendes, défenses, proscriptions, interdictions prononcées par suite d'un plan concerté, auront porté atteinte au libre exercice de l'industrie ou du travail. »
En analysant le document, montrez que la loi du 25 mai 1864 constitue une étape importante pour le monde ouvrier, mais qu'elle encadre étroitement l'action collective.
Présentez le document et son contexte.
Qu'est-ce qui change par rapport à la législation antérieure ? Justifiez à partir de l'article 414.
Relevez les éléments qui limitent et encadrent la grève.
Pourquoi le régime adopte-t-il cette loi en 1864, et quelle en est la portée jusqu'en 1871 ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce document est un extrait de la loi du 25 mai 1864, publiée au Bulletin des lois, qui réécrit les articles 414 à 416 du Code pénal de 1810. Elle est adoptée par le Corps législatif sur le rapport d'Émile Ollivier, député républicain qui se rapproche alors du régime. Le contexte est celui d'une ouverture de l'Empire envers le monde ouvrier : en 1862, des typographes parisiens en grève ont été condamnés puis graciés par Napoléon III ; en février 1864, le Manifeste des Soixante, signé par des ouvriers parisiens, a réclamé l'émancipation sociale des travailleurs.
2. Jusque-là, la coalition était un délit en soi : la loi Le Chapelier de 1791 interdisait toute entente de métier et le Code pénal de 1810 punissait la coalition, plus sévèrement pour les ouvriers que pour les patrons jusqu'à l'unification des peines en 1849. Désormais, l'article 414 ne punit plus que celui qui provoque ou maintient une « cessation concertée de travail » à l'aide de « violences, voies de fait, menaces ou manœuvres frauduleuses ». A contrario, une grève pacifique, décidée en commun pour obtenir une hausse des salaires, n'est plus un délit : c'est la naissance d'un droit de grève de fait.
3. La loi encadre pourtant étroitement la grève. Les peines de l'article 414 restent lourdes (jusqu'à trois ans de prison et trois mille francs d'amende) et les notions de « menaces » ou de « manœuvres frauduleuses » laissent une large marge d'appréciation aux juges. L'article 415 aggrave la répression en cas de « plan concerté », c'est-à-dire d'action organisée, par une surveillance de haute police de deux à cinq ans. L'article 416 punit les « amendes, défenses, proscriptions, interdictions » destinées à faire respecter une grève, par exemple la mise à l'index des ouvriers qui continuent de travailler. Au nom du « libre exercice de l'industrie ou du travail », la loi protège donc les non-grévistes et interdit à une organisation d'imposer une discipline collective. Surtout, elle ne crée aucun droit syndical : sans organisation permanente, une grève est difficile à préparer et à tenir.
4. Le régime cherche à gagner l'appui des ouvriers en leur accordant une liberté limitée, tout en préservant l'ordre. La loi a une portée réelle : les grèves se multiplient à la fin de l'Empire, et les chambres syndicales sont tolérées à partir de 1868. Mais l'État continue d'intervenir contre les grévistes : à La Ricamarie en juin 1869 et à Aubin en octobre 1869, la troupe tire sur des mineurs ; au Creusot, en 1870, l'armée est envoyée contre les grévistes. La loi de 1864 est donc une étape décisive mais incomplète : il faut attendre la loi de 1884 pour que les syndicats soient autorisés et que l'article 416 soit abrogé.
Ce que cette analyse apprend — Analyser un texte juridique : identifier ce qui est interdit et ce qui devient permis par déduction, repérer les notions floues qui laissent une marge au juge, puis confronter la loi à son application.
Bloqué sur ce chapitre ?
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.