La question porte sur la composition : un recueil de chantiers autonomes peut se parcourir librement, mais un livre qui raconte un travail suppose une progression. Il s’agit de savoir ce que l’ordre des textes ajoute à leur lecture.
L’ordre du recueil est-il un simple classement ou porte-t-il une signification ?
Le plan en trois parties
L’ordre du recueil a un sens
- Le texte liminaire pose le principe qui rend lisibles tous les chantiers suivants : le lire en dernier priverait le livre de sa clé.« Berges de la Loire », texte liminaire (juillet 1941)
- L’enchaînement du liminaire, des séries d’approches et du carnet dessine une progression du principe vers sa mise à l’épreuve.Ensemble du recueil, de « Berges de la Loire » à « La mounine »
- Les dernières pages tirent le bilan de tout ce qui précède : leur portée générale suppose qu’on ait lu les chantiers particuliers.« La mounine », dernières pages du recueil
Mais chaque chantier obéit d’abord à son ordre interne
- Les dates de la guêpe imposent une chronologie propre, indépendante de la place du texte dans le volume.« La guêpe », entrées datées de 1939 à 1943
- Les premières notations élémentaires ne prennent sens que par rapport aux entrées suivantes du même chantier, non par rapport au reste du livre.« La guêpe », premières entrées (1939)
- L’accumulation par couches des observations sur le tapis d’aiguilles est une progression locale, qui s’épuise dans le carnet.« Le carnet du bois de pins », notations sur le tapis d’aiguilles
Lire dans l’ordre, c’est lire le temps du travail
- Les notations sur la chaleur de l’oiseau, datées de 1938, sont les plus anciennes : l’ordre du livre ne suit pas la chronologie réelle et oblige à s’interroger.« Notes prises pour un oiseau », notations sur le corps et la chaleur de l’animal
- Les reproches du poète à ses habitudes prennent un relief nouveau si on les lit après avoir vu ces habitudes à l'œuvre ailleurs.« L'œillet », remarques du poète sur ses propres habitudes d’écriture
- L’exclamation sur la difficulté d’atteindre le propre des choses ne prend sa force que placée après des centaines de pages de tentatives.« Le mimosa », exclamation sur la difficulté d’atteindre le propre des choses
Un livre de brouillons peut-il avoir une composition aussi stricte qu’un recueil achevé ?