Le récit d’une vie suppose une chronologie, des personnages et une continuité narrative ; le recueil offre au contraire des poèmes brefs, sans titres, sans dates et sans intrigue. Le sujet demande donc ce qu’une vie peut devenir quand on renonce à la raconter.
Mes forêts restitue-t-il une existence, et si oui par quels moyens non narratifs ?
Le plan en trois parties
Les éléments d’une vie sont bien là
- La maison et le paysage de l’enfance fournissent le décor d’une biographie reconnaissable.poèmes de la maison d’enfance, section II
- La figure paternelle, sa maladie et sa fin, donnent un épisode central sans le raconter.poèmes de la figure paternelle, section II
- La mère, présente par ce qui se prolonge d’elle, apporte la dimension généalogique de tout récit de vie.poèmes de la figure maternelle, section II
Mais tous les moyens du récit sont refusés
- L’absence de titres et de numéros empêche de constituer des chapitres, donc une chronologie.poèmes non titrés séparés par des blancs
- L’absence de ponctuation supprime la phrase narrative et sa succession d’actions ordonnées.dispositif typographique : absence de ponctuation et de majuscules
- La mémoire des anneaux propose une lecture simultanée du temps, incompatible avec la ligne du récit.poèmes des anneaux de croissance, section I
Ce que le recueil restitue n’est pas une vie, mais une manière d’avoir vécu
- La confrontation des durées situe l’existence dans une échelle qui excède sa propre histoire.poèmes confrontant la durée humaine et la durée des arbres, section III
- Le passage au pluriel rend cette expérience disponible à d’autres, ce qu’un récit de vie individualise au contraire.poèmes où le « je » devient « nous », section III
- Les derniers poèmes ne bouclent aucune existence : ils laissent le mouvement ouvert.derniers poèmes du recueil, section IV
Le lecteur cherche-t-il encore une vie derrière un recueil, ou la poésie contemporaine l’a-t-elle habitué à se contenter d’une voix ?