Le titre associe un possessif de première personne à un pluriel : il s’approprie un espace commun tout en le démultipliant. Reste à savoir si cette formule concentre réellement le livre ou si le recueil, en avançant, excède ce que son titre annonce.
Le titre du recueil en contient-il le programme, ou le livre le déborde-t-il en passant du mien au nôtre ?
Le plan en trois parties
Le titre concentre la tension du livre
- Le possessif installe l’intime au seuil d’un espace que personne ne possède : la contradiction est le moteur du recueil.le titre du recueil, Mes forêts
- Le fragment liminaire reprend le syntagme du titre et l’ouvre à une série d’identifications, comme pour en déplier le contenu.fragment liminaire en italique, tête de la section I
- La reprise de cette amorce dans les quatre sections fait du titre un refrain qui structure l’ensemble.fragments en italique répartis dans les quatre sections
Le livre remplit ce titre d’une matière que le titre n’annonçait pas
- Les forêts du titre se révèlent peuplées d’une maison, d’un lac, de gestes quotidiens : le pluriel accueille une biographie.poèmes de la maison d’enfance, section II
- L’assimilation de l’écorce et de la peau donne au mot forêt un sens corporel que le titre laissait indéterminé.poèmes assimilant l’écorce et la peau, section I
- Ce qui subsiste après une disparition ajoute au titre une dimension funéraire qu’il ne portait pas.poèmes de ce qui subsiste après la disparition, section II
Le recueil finit par desserrer le possessif
- Le titre de la troisième section substitue au possessif un temps commun : le bruissement n’appartient à personne.titre de la section III, « Le bruissement du temps »
- L’absence de titres particuliers, remplacés par des blancs, interdit de découper le livre en propriétés distinctes.poèmes non titrés séparés par des blancs
- Les derniers poèmes reprennent l’ouverture sans conclure : le titre reste une question ouverte plutôt qu’un programme rempli.derniers poèmes du recueil, section IV
Un titre qui se défait au fil du livre est-il un titre manqué, ou la première forme d’un mouvement que le recueil accomplit ?