Le décor est ce devant quoi l’on parle, l’interlocuteur ce à quoi l’on parle et qui, d’une manière ou d’une autre, répond. Le sujet oblige à examiner si la forêt reste un fond disponible ou si elle impose au poème son rythme, son silence et sa mesure.
Le recueil se contente-t-il de situer l’intime dans un paysage, ou fait-il de la forêt une instance qui modifie la parole du sujet ?
Le plan en trois parties
Tout paraît d’abord disposé comme un cadre
- Le titre de la première section installe un lieu et une matière avant toute parole : l’écorce est présentée comme un milieu où l’on entre.titre de la section I, « L’écorce incertaine »
- Le cycle des saisons fournit un arrière-plan régulier sur lequel se détachent les épisodes d’une vie.poèmes du passage des saisons, section I
- Le possessif du titre semble d’abord réduire la forêt à une propriété du sujet, donc à son décor personnel.le titre du recueil, Mes forêts
Mais la forêt impose ses conditions à la parole
- Le sujet cesse de parler pour écouter : c’est la forêt qui fixe le régime de la parole, non l’inverse.poèmes de l’écoute du sous-bois, section I
- Le réseau des racines enseigne que l’essentiel est invisible : le poème adopte cette leçon en renonçant à tout exposer.poèmes du réseau de racines, section I
- La continuité de matière entre la peau et l’écorce empêche le sujet de se poser en spectateur d’un paysage extérieur.poèmes assimilant l’écorce et la peau, section I
L’interlocution finit par déplacer celui qui parle
- La mise en regard de deux mesures du temps prive l’humain de sa position centrale dans l’échange.poèmes confrontant la durée humaine et la durée des arbres, section III
- La rumeur du monde qui gagne le lieu retiré montre que ce dialogue n’est jamais un tête-à-tête protégé.poèmes où la rumeur du monde gagne le lieu retiré, section III
- Le passage au pluriel fait du sujet le porte-parole provisoire d’une expérience partagée, ce qu’un décor ne provoque jamais.poèmes où le « je » devient « nous », section III
Peut-on parler d’interlocuteur là où aucune parole n’est rendue, ou faut-il inventer pour la poésie contemporaine une autre catégorie que le dialogue ?