L’intime désigne ce qu’il y a de plus intérieur, mais parler de soi suppose un discours à la première personne organisé autour d’un moi identifiable. Le recueil atteint l’intime par des objets, des lieux et des corps, ce qui déplace la question de l’aveu vers celle de la trace.
L’intime, dans Mes forêts, se dit-il par la confidence d’un moi, ou par les choses qui en portent la marque ?
Le plan en trois parties
Le livre atteint l’intime sans confidence
- Le lieu d’enfance est reconstitué par ses éléments matériels, sans anecdote ni récit de soi.poèmes de la maison d’enfance, section II
- La figure paternelle apparaît par des gestes, une présence diminuée, un silence, jamais par un portrait déclaré.poèmes de la figure paternelle, section II
- La mère se donne par ce qui d’elle se prolonge — une manière de faire, une attention — plutôt que par des souvenirs racontés.poèmes de la figure maternelle, section II
Le détour par le vivant est la condition de cette parole
- Dire la peau par l’écorce donne au poème une pudeur : le sujet ne s’expose qu’à travers une autre matière.poèmes assimilant l’écorce et la peau, section I
- Le corps atteint est décrit avec le lexique des blessures de l’arbre, ce qui évite la plainte tout en nommant la souffrance.poèmes du corps atteint, section II
- Ce qui reste après la disparition — un objet qui continue d’appartenir — dit l’attachement sans jamais le déclarer.poèmes de ce qui subsiste après la disparition, section II
L’intime ainsi écrit devient transmissible
- Le passage du singulier au pluriel rend disponible à d’autres une expérience d’abord personnelle.poèmes où le « je » devient « nous », section III
- L’irruption des violences collectives dans la méditation intime interdit de lire le livre comme un journal privé.poèmes des violences collectives, section III
- L’écriture est définie comme liaison de ce qui était dispersé : l’intime n’est pas un contenu à livrer mais un lien à établir.poèmes sur la fonction de l’écriture, section IV
La poésie contemporaine de l’intime se distingue-t-elle de l’autobiographie par son objet, ou seulement par son refus de la narration ?