L’élégie est un chant de deuil, marqué par la plainte, l’adresse au disparu et la complaisance dans la douleur. Le recueil parle de la maladie, du père, de la mort, mais sans plainte déclarée : il faut donc vérifier si le genre est repris, déplacé ou congédié.
Mes forêts renouvelle-t-il l’élégie en lui retirant la plainte, ou sort-il du deuil pour dire autre chose que la perte ?
Le plan en trois parties
La matière du livre est élégiaque
- La figure du père, saisie dans une présence diminuée et un silence, appartient au répertoire du deuil.poèmes de la figure paternelle, section II
- Le corps atteint par l’usure et la maladie installe la finitude au centre du recueil.poèmes du corps atteint, section II
- Les poèmes de ce qui demeure après une disparition sont construits sur l’absence, ressort premier de l’élégie.poèmes de ce qui subsiste après la disparition, section II
Mais la plainte est systématiquement retirée
- Le lexique reste ordinaire et les adjectifs évaluatifs rares : rien n’amplifie la douleur, tout la constate.lexique concret et ordinaire du recueil
- La mère n’est pas pleurée mais prolongée : la filiation se dit comme continuation, non comme manque.poèmes de la figure maternelle, section II
- L’eau qui polit sans détruire offre une image du temps qui use sans drame : la perte devient processus.poèmes de l’eau et du courant, section II
Le deuil s’ouvre sur une durée qui le dépasse
- La succession des saisons inscrit la disparition dans un cycle où la reprise est aussi certaine que le dépouillement.poèmes du passage des saisons, section I
- Les derniers poèmes ne concluent pas le deuil : ils le laissent ouvert, ce qui interdit la consolation élégiaque.derniers poèmes du recueil, section IV
- Le titre de la deuxième section, qui associe une matière polie à une chute, désigne un temps d’usure plus que d’événement funèbre.titre de la section II, « Une chute de galets »
Une poésie qui refuse la plainte console-t-elle mieux, ou renonce-t-elle à consoler pour rester exacte ?