La question oppose une conception ornementale de la forme, simple habillage d’un contenu, à une conception constituante où la disposition produit le sens. Le sujet invite à montrer que chaque dispositif de Mes forêts a un effet de lecture identifiable, puis à en mesurer la portée.
Les partis pris typographiques de Mes forêts illustrent-ils un propos déjà formé, ou le rendent-ils seuls possibles ?
Le plan en trois parties
Chaque dispositif produit un effet de lecture précis
- L’absence de ponctuation rend les rattachements syntaxiques indécidables : la phrase vacille comme la frontière entre le moi et le monde.dispositif typographique : absence de ponctuation et de majuscules
- La forme change avec chaque section — courts poèmes titrés, long poème continu, poèmes sans titre, grands poèmes — : la composition se lit à l’œil.formes propres à chaque section
- Les fragments en italique, reprenant la même amorce, créent un repère régulier qui tient les quatre sections ensemble.poèmes « Mes forêts » placés entre les sections
Ces effets rejoignent exactement le propos du livre
- L’ouverture du recueil par des appositions successives fait de l’identification un processus ouvert : la forme dit déjà l’inachèvement.fragment liminaire en italique, tête de la section I
- Le titre, qui s’approprie un espace commun tout en le démultipliant, est la matrice grammaticale de ce que la typographie prolonge.le titre du recueil, Mes forêts
- Le choix d’un lexique ordinaire est le pendant lexical de ces renoncements : ni ponctuation, ni majuscules, ni éclat verbal.lexique concret et ordinaire du recueil
La forme n’illustre pas le sens, elle le produit
- Les sigles et les chiffres alignés sans ponctuation dans la troisième section montrent, par la mise en page même, un langage vidé de sens.poèmes des chiffres, des sigles et des écrans, section III
- Le long poème continu de la deuxième section mime par sa disposition l’écoulement du temps qu’il fait entendre.images de l’eau et de l’écoulement, section II
- L’absence de conclusion dans le poème final est une décision de forme autant qu’une thèse : rien ne clôt parce que rien ne doit clore.poème final « Mes forêts », après la section IV
Si la forme produit le sens, que reste-t-il de la distinction scolaire entre le fond et la forme dans un commentaire de poésie contemporaine ?