Le récit organise le temps en succession orientée, avec des événements, une causalité et une fin. Le sujet demande si le poème dispose d’autres moyens — l’image, la reprise, la disposition — pour faire éprouver une durée que la narration manquerait.
Mes forêts propose-t-il, contre la ligne du récit, une expérience du temps comme épaisseur et comme reprise ?
Le plan en trois parties
Le recueil substitue l’épaisseur à la succession
- Les anneaux de croissance du tronc donnent à voir un temps empilé, lisible d’un seul regard, et non déroulé.poèmes des anneaux de croissance, section I
- Le titre de la deuxième section fait des galets des unités de temps déjà usées qui s’accumulent sans ordre narratif.titre de la section II, « Une chute de galets »
- L’eau qui polit sans détruire dit un temps sans événement, que le récit ne saurait raconter faute de péripétie.poèmes de l’eau et du courant, section II
Il fait coexister des échelles que le récit devrait hiérarchiser
- Le cycle des saisons impose une mesure qui revient, alors que le récit ne progresse qu’en s’éloignant de son origine.poèmes du passage des saisons, section I
- La confrontation de la durée d’une vie et de celle des arbres met côte à côte deux temps incommensurables.poèmes confrontant la durée humaine et la durée des arbres, section III
- Le titre de la troisième section fait du devenir historique une rumeur continue, sans dates ni étapes.titre de la section III, « Le bruissement du temps »
La forme elle-même est une expérience de durée
- L’absence de ponctuation supprime les bornes et fait de la lecture un flux plutôt qu’une suite d’étapes.dispositif typographique : absence de ponctuation et de majuscules
- Le rapprochement du poème et de la musique désigne un art qui ne se donne que dans le temps de son exécution.poèmes rapprochant musique et bruissement, section III
- Les poèmes sans titres, séparés par des blancs, se succèdent comme des instants indistincts et non comme des chapitres.poèmes non titrés séparés par des blancs
Si le poème fait éprouver la durée au lieu de la raconter, le lecteur de poésie est-il moins un témoin qu’un participant ?