Le souvenir est une image mentale, remémorée par un sujet ; la matière conserve autrement, par dépôt, usure et trace. Le recueil raconte très peu et décrit beaucoup : il faut donc examiner où la mémoire se loge.
Le recueil confie-t-il la mémoire à la conscience d’un sujet, ou aux choses qui en portent l’empreinte ?
Le plan en trois parties
La mémoire se dépose dans la matière
- Les anneaux concentriques du tronc archivent saisons, sécheresses et blessures sans qu’aucune conscience intervienne.poèmes des anneaux de croissance, section I
- La maison d’enfance est restituée par ses objets et ses gestes, non par un récit de souvenirs.poèmes de la maison d’enfance, section II
- Le titre de la deuxième section fait des galets des mémoires minérales : chaque forme garde la trace d’un frottement.titre de la section II, « Une chute de galets »
Elle se transmet par des liens plus que par des images
- Le travail de l’eau imprègne au lieu de laver : la mémoire est un effet d’exposition prolongée.poèmes de l’eau et du courant, section II
- Le réseau des racines montre que ce qui tient se transmet sous la surface, hors de toute remémoration.poèmes du réseau de racines, section I
- Le corps atteint conserve la marque des blessures comme l’arbre son nœud : le souvenir est organique.poèmes du corps atteint, section II
L’écriture est ce qui rend cette mémoire lisible
- Ce qui subsiste après une disparition n’a de sens que pour qui sait le reconnaître : le poème fournit cette lecture.poèmes de ce qui subsiste après la disparition, section II
- La mère prolongée dans une manière de faire montre une mémoire agie, que le poème nomme sans la raconter.poèmes de la figure maternelle, section II
- Écrire consiste à relier ce qui était dispersé : la mémoire devient un travail de liaison, non de restitution.poèmes sur la fonction de l’écriture, section IV
Une mémoire sans souvenirs peut-elle encore fonder une identité, ou oblige-t-elle à penser le sujet comme un lieu de passage ?