Le lyrisme place traditionnellement un sujet humain au centre, le monde servant de miroir ou de décor. Le sujet invite à repérer les opérations par lesquelles Dorion décentre ce sujet, sans pour autant le faire disparaître, puisque le titre reste possessif.
Le recueil destitue-t-il le sujet lyrique, ou lui assigne-t-il seulement une place plus modeste dans un ensemble vivant ?
Le plan en trois parties
Le sujet cesse d’être distinct de ce qui l’entoure
- La continuité entre écorce et peau, sève et sang, supprime la frontière qui isolait l’humain.poèmes assimilant l’écorce et la peau, section I
- La mise en regard de deux mesures du temps prive la vie humaine de son privilège d’échelle.poèmes confrontant la durée humaine et la durée des arbres, section III
- Le réseau des racines propose un modèle d’existence collective dont l’humain n’est pas le centre.poèmes du réseau de racines, section I
La langue accompagne ce décentrement
- Le lexique ordinaire, partagé entre le paysage et le corps, empêche d’attribuer les mots à l’humain seul.lexique concret et ordinaire du recueil
- L’absence de ponctuation dissout les hiérarchies syntaxiques qui organisaient la phrase autour d’un sujet.dispositif typographique : absence de ponctuation et de majuscules
- La mémoire déposée dans les anneaux du tronc propose une archive sans mémoire humaine.poèmes des anneaux de croissance, section I
Le sujet n’est pas effacé : il est réassigné
- Le passage au pluriel ne supprime pas l’énonciateur, il l’élargit à une communauté indéterminée.poèmes où le « je » devient « nous », section III
- Face à la destruction des milieux, l’humain demeure celui qui peut la constater et la nommer.poèmes de la destruction des milieux, section III
- L’accord retrouvé avec le vivant est confié à un sujet qui doit encore le chercher : le décentrement lui donne une tâche.poèmes du rapport retrouvé au vivant, section IV
L’écopoétique peut-elle se passer d’un sujet humain, ou a-t-elle besoin de lui pour que le vivant soit dit ?