Abolir signifierait supprimer toute distinction, ce qui rendrait la parole impossible : il n’y aurait plus personne pour dire. Le recueil rend la frontière poreuse et incertaine, ce qui n’est pas la même chose que la supprimer.
Le recueil supprime-t-il la séparation entre le sujet et le monde, ou la maintient-il comme une limite devenue perméable ?
Le plan en trois parties
Tout concourt à brouiller la limite
- L’écorce et la peau se superposent jusqu’à rendre indécidable le passage de l’une à l’autre.poèmes assimilant l’écorce et la peau, section I
- Le titre de la première section présente l’enveloppe comme fendue et traversée, donc comme une limite défaillante.titre de la section I, « L’écorce incertaine »
- Le possessif du titre applique au dehors une marque du dedans : la grammaire elle-même mélange les domaines.le titre du recueil, Mes forêts
Le monde entre effectivement dans le moi
- Le corps est décrit dans le lexique des blessures de l’arbre : le dehors fournit les mots du dedans.poèmes du corps atteint, section II
- La rumeur du monde se dépose dans le lieu retiré : aucune clôture intérieure ne tient.poèmes où la rumeur du monde gagne le lieu retiré, section III
- Les violences collectives font irruption au milieu d’une méditation intime.poèmes des violences collectives, section III
Une limite subsiste pourtant, et elle est nécessaire
- L’écoute suppose encore deux termes : quelqu’un qui se tait et quelque chose qui se fait entendre.poèmes de l’écoute du sous-bois, section I
- Le titre de la troisième section nomme un temps commun, distinct de la durée propre du sujet qui l’éprouve.titre de la section III, « Le bruissement du temps »
- L’accord avec le vivant est donné comme à venir : s’il n’y avait plus de frontière, il n’y aurait rien à réconcilier.poèmes du rapport retrouvé au vivant, section IV
Faut-il préférer la porosité à la fusion, parce que seule une limite maintenue rend le lien possible ?