L’énonciation lyrique est traditionnellement portée par un je singulier dont le lecteur s’approprie la voix. Le recueil pratique explicitement le glissement vers le pluriel : il faut mesurer où ce passage a lieu, ce qui le rend possible et ce qu’il produit.
Par quels moyens le recueil transforme-t-il une expérience singulière en expérience commune, et à quel prix pour l’intime ?
Le plan en trois parties
Le point de départ est résolument singulier
- Le titre revendique une appropriation de première personne, fût-ce sur un espace que nul ne possède.le titre du recueil, Mes forêts
- Le fragment liminaire attache le syntagme titulaire à une série d’identifications personnelles.fragment liminaire en italique, tête de la section I
- La maison d’enfance ancre le livre dans une biographie irréductible à une autre.poèmes de la maison d’enfance, section II
Le pluriel s’impose par effraction du monde
- Le glissement énonciatif attribue à un groupe ce qui était éprouvé par un sujet isolé.poèmes où le « je » devient « nous », section III
- Le rappel des guerres et des morts anonymes introduit une histoire qui n’appartient à personne en propre.poèmes des violences collectives, section III
- La destruction des milieux concerne un monde commun : le désastre ne se décline pas au singulier.poèmes de la destruction des milieux, section III
Le nous obtenu reste indéterminé, et c’est sa force
- Le bruissement du titre désigne une rumeur collective sans sujet identifiable : le nous n’est pas un parti.titre de la section III, « Le bruissement du temps »
- La confrontation des durées empêche que ce nous soit strictement humain.poèmes confrontant la durée humaine et la durée des arbres, section III
- L’accord avec le vivant, formulé comme direction, laisse ce nous à construire plutôt qu’à célébrer.poèmes du rapport retrouvé au vivant, section IV
Un nous que l’on ne peut pas nommer est-il encore une communauté, ou seulement le désir d’en former une ?