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1ʳᵉ · Français · Le Chevalier de la charrette

Faut-il lire Le Chevalier de la charrette comme un roman inachevé ?

Sujet de dissertation — Le Chevalier de la charrette, 1ère

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Analyse des termes

L’inachèvement peut être matériel, l’épilogue indiquant qu’un autre clerc a terminé l’ouvrage, ou esthétique, si le roman laisse ses questions ouvertes. Le sujet demande si cette rupture est un accident à déplorer ou un fait signifiant.

Problématique

L’inachèvement du Chevalier de la charrette est-il un accident de transmission, ou la forme que le roman devait prendre pour dire ce qu’il dit ?

Le plan en trois parties

I

Un roman qui porte les marques visibles de son inachèvement

  1. Le prologue attribue à une commanditaire la matière et le sens : l'œuvre se présente d’emblée comme un travail dont l’auteur n’est pas seul maître.« Matière et san li done et livre / La Contesse », épisode du prologue
  2. L’épilogue dit explicitement que le roman s’interrompt et qu’un autre clerc l’a terminé : la rupture est inscrite dans le texte lui-même.« Ci faut li romanz an travers. / Godefroiz de Leigni, li clers, / A parfinee LA CHARRETE », épisode de l’épilogue
  3. La prétérition sur la nuit d’amour laisse un trou volontaire au centre du livre : l'œuvre s’habitue à ne pas dire tout ce qu’elle raconte.« Mes toz jorz iert par moi teüe », prétérition du narrateur sur la nuit
TransitionCes marques d’inachèvement n’empêchent pas le roman de tenir ses promesses narratives les plus explicites.
II

Un roman qui pourtant accomplit son programme

  1. Le nom du héros est révélé, ce qui résout la principale attente créée par le récit : l’énigme centrale est bien dénouée.« Lanceloz del Lac a a non », épisode du nom crié pendant le combat
  2. Le duel final élimine l’adversaire de manière définitive : le roman offre une clôture nette, sans reste ni ambiguïté sur ce point.« Lanceloz vient, si li deslace / Le hiaume et la teste li tranche », épisode du duel final
  3. La prophétie du cimetière est vérifiée dans les faits : ce que le roman avait annoncé, il l’a tenu jusqu’au bout.« Cil qui levera / cele lame seus par son cors / gitera ces et celes fors », épisode de la lame du cimetière
TransitionL’essentiel est ailleurs, car ce que le roman laisse ouvert n’est pas son intrigue mais la question morale qui la soutient.
III

Un inachèvement qui fait sens : le roman est la forme de l’inachevable

  1. Le Pont de l’Épée montre que ce roman avance par franchissements et non par conclusions : sa logique est celle du passage, toujours relancé.« Bien s’iert sor l’espee tenuz, / Qui plus estoit tranchanz que fauz », épisode du Pont de l’Épée
  2. La coutume de la charrette, expliquée mais jamais abolie, reste en vigueur à la fin : le monde du roman n’est pas réparé.« Qui a forfet estoit repris, / S’estoit sor la charrete mis / Et menez par totes les rues », explication du narrateur sur la coutume de la charrette
  3. Le conflit entre Amour et Raison n’est tranché nulle part : le roman se clôt sans avoir jugé la question qu’il a lui-même posée.« Mes Reisons, qui d’Amors se part, / Li dit que del monter se gart », épisode du débat intérieur devant la charrette
Ouverture

Un roman qui ne conclut pas sur l’amour qu’il a inventé ne laisse-t-il pas à ses lecteurs la charge de continuer à l’écrire ?

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