À propos de cette page
Ce cours d' en première sur « La République et la Nation » suit le programme officiel d' de première. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Une République indivisible : un principe hérité de la Révolution, La décentralisation : rapprocher la décision des citoyens, La Nation et la diversité de ses territoires, Nationalité et citoyenneté. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de première à réussir en .
2 sujets traités : l’analyse des termes, la problématique, le plan en trois parties avec ses appuis précis, et surtout l’introduction et la conclusion entièrement rédigées — les deux moments que les copies ratent le plus.
Sujet 1 — La décentralisation menace-t-elle l'indivisibilité de la République ?
Analyse des termes — La décentralisation est le transfert de compétences de l'État vers des collectivités administrées par des élus ; l'indivisibilité est le principe qui interdit de partager la souveraineté et la loi. Le sujet porte sur la France depuis 1982, mais il exige de remonter à la Révolution (1792) et à la centralisation napoléonienne (1800).
Problématique — Comment la République a-t-elle pu confier des pouvoirs croissants à ses collectivités territoriales sans renoncer à l'unité de sa souveraineté, et jusqu'où cette conciliation peut-elle aller ?
Introduction rédigée« La France est une République indivisible […]. Son organisation est décentralisée. » En réunissant ces deux phrases dans son article 1er depuis la révision du 28 mars 2003, la Constitution semble associer deux principes contraires. L'indivisibilité, proclamée par la Convention le 25 septembre 1792, signifie que la souveraineté appartient au peuple tout entier et qu'une seule loi s'applique sur tout le territoire. La décentralisation, engagée par la loi Defferre du 2 mars 1982, désigne au contraire le transfert de compétences de l'État vers des collectivités territoriales administrées par des élus : communes, départements et régions. Or, depuis quarante ans, ces collectivités n'ont cessé de gagner des pouvoirs, tandis que certains territoires, comme la Corse ou la Nouvelle-Calédonie, obtenaient des statuts particuliers. Comment la République a-t-elle pu confier des pouvoirs croissants à ses collectivités sans renoncer à l'unité de sa souveraineté, et jusqu'où cette conciliation peut-elle aller ? Nous verrons d'abord que la République s'est longtemps construite sur la centralisation, au nom de l'indivisibilité ; puis que, depuis 1982, la décentralisation l'a profondément transformée ; enfin, que cette transformation reste encadrée par des garde-fous, même si la différenciation croissante des territoires en éprouve les limites.
I. Une République longtemps centralisée au nom de l'indivisibilité
- L'indivisibilité naît pour protéger l'unité de la Révolution contre l'éclatement.Décret de la Convention du 25 septembre 1792 ; insurrections fédéralistes de 1793 (Lyon, Marseille, Caen).
- L'État construit une administration centralisée qui applique partout la même loi.Loi du 28 pluviôse an VIII (17 février 1800) créant les préfets ; tutelle préfectorale sur les conseils élus après 1871 et 1884.
- La centralisation est longtemps perçue comme une garantie d'égalité entre les citoyens.Article 1er de la Constitution de 1958 : égalité devant la loi « sans distinction d'origine, de race ou de religion ».
II. Depuis 1982, une décentralisation profonde qui transforme la République
- L'acte I donne une vraie liberté aux collectivités élues.Loi Defferre du 2 mars 1982 : fin de la tutelle a priori, exécutif confié aux présidents élus, régions collectivités territoriales (élues le 16 mars 1986).
- L'acte II inscrit la décentralisation dans le texte même qui proclame l'indivisibilité.Révision du 28 mars 2003 : « Son organisation est décentralisée » (article 1er) ; expérimentation, référendum local.
- L'acte III réorganise les territoires et renforce de grands pôles régionaux et métropolitains.Loi MAPTAM (27 janvier 2014) ; 13 régions métropolitaines au 1er janvier 2016 ; loi NOTRe (7 août 2015) ; loi 3DS (21 février 2022).
III. Une conciliation encadrée, mais mise à l'épreuve par la différenciation
- Les garde-fous constitutionnels maintiennent l'unité : les collectivités n'ont qu'un pouvoir réglementaire.Article 72 : libre administration « dans les conditions prévues par la loi » ; le préfet veille au « respect des lois » ; contrôle de légalité.
- Le Conseil constitutionnel refuse toute fragmentation du peuple souverain.Décision du 9 mai 1991 (« peuple corse ») ; décision du 15 juin 1999 sur la Charte européenne des langues régionales.
- Des statuts de plus en plus différenciés posent pourtant la question des limites de l'indivisibilité.Accord de Nouméa (5 mai 1998) et lois du pays en Nouvelle-Calédonie ; Collectivité de Corse (1er janvier 2018) et débats sur son autonomie.
Conclusion rédigéeLa décentralisation ne menace pas l'indivisibilité de la République, parce qu'elle a été conçue dans ses limites : les collectivités s'administrent librement, mais elles ne votent pas la loi, le préfet veille à son respect et le Conseil constitutionnel refuse toute division du peuple souverain. Longtemps associée à la centralisation, l'indivisibilité a ainsi changé de sens : elle ne signifie plus l'uniformité administrative, mais l'unité de la souveraineté et l'égalité des citoyens devant la loi. La question reste pourtant ouverte là où la différenciation va le plus loin, en Nouvelle-Calédonie et en Corse. On peut alors se demander si l'égalité entre les territoires, promesse de la République, résistera à l'accroissement des écarts de richesse et de moyens entre collectivités.
Le piège — Réciter l'histoire de la décentralisation (1982, 2003, 2015) sans jamais revenir à l'indivisibilité : la moitié des copies oublient que le sujet porte sur la relation entre les deux principes, et confondent au passage décentralisation et déconcentration.
Sujet 2 — La défense de la Nation est-elle encore l'affaire de tous les citoyens ?
Analyse des termes — La défense de la Nation désigne la protection de la population, du territoire et des institutions contre les menaces extérieures, élargie depuis 2008 à la sécurité nationale ; « tous les citoyens » renvoie à la tradition de la Nation en armes. Le mot « encore » invite à comparer la conscription, de 1793 à 1997, avec la défense professionnelle d'aujourd'hui.
Problématique — Depuis la suspension du service militaire en 1997, la défense de la Nation est-elle devenue l'affaire des seuls professionnels, ou engage-t-elle toujours chaque citoyen, sous des formes nouvelles ?
Introduction rédigéeLe 1er août 1914, dans toutes les communes de France, une affiche ordonne à « tout Français soumis aux obligations militaires » de rejoindre son corps : la défense de la Nation est alors l'affaire de tous les hommes, mobilisés au nom d'un devoir hérité de la Révolution. Un siècle plus tard, les armées sont professionnelles et le service militaire est suspendu depuis la loi du 28 octobre 1997. La défense de la Nation désigne la protection de sa population, de son territoire et de ses institutions contre les menaces ; depuis le Livre blanc de 2008, elle s'inscrit dans une notion plus large, la sécurité nationale, qui inclut le terrorisme ou les cyberattaques. Le sujet oppose donc deux modèles : la Nation en armes, où chaque citoyen est soldat, et une défense confiée à des spécialistes. Depuis la suspension du service militaire, la défense de la Nation est-elle devenue l'affaire des seuls professionnels, ou engage-t-elle toujours chaque citoyen, sous des formes nouvelles ? Nous verrons d'abord la tradition républicaine de la Nation en armes, puis le passage à une défense professionnelle, avant de montrer que les nouvelles menaces mobilisent à nouveau l'ensemble de la société.
I. La tradition républicaine de la Nation en armes
- La Révolution fait de la défense de la patrie un devoir de chaque citoyen.Levée en masse du 23 août 1793 ; loi Jourdan du 5 septembre 1798 instituant la conscription.
- La IIIe République généralise le service militaire, école du citoyen.Loi du 21 mars 1905 : service personnel, obligatoire et universel de deux ans.
- Les guerres mondiales montrent l'engagement total de la Nation.Ordre de mobilisation générale du 1er août 1914 : hommes, chevaux et voitures réquisitionnés.
II. Une défense désormais confiée à des professionnels
- La dissuasion nucléaire change la nature de la défense : la protection ultime ne repose plus sur le nombre de soldats.Premier essai français à Reggane le 13 février 1960 ; décision d'emploi réservée au président, « chef des armées » (article 15).
- La fin de la guerre froide conduit à professionnaliser les armées.Loi du 28 octobre 1997 suspendant le service national obligatoire.
- Les armées professionnelles agissent loin du territoire, sous le contrôle des représentants de la Nation.Article 35 révisé le 23 juillet 2008 : information du Parlement sous trois jours, autorisation au-delà de quatre mois (opération Serval au Mali, 2013).
III. Une sécurité nationale qui mobilise à nouveau la société
- Le parcours de citoyenneté maintient un lien entre chaque jeune et la défense.Enseignement de défense, recensement obligatoire à 16 ans, journée défense et citoyenneté (JDC).
- L'engagement volontaire se développe face aux menaces sur le territoire.Attentats de 2015 et opération Sentinelle ; garde nationale regroupant les réserves depuis octobre 2016.
- Les menaces hybrides font de chaque citoyen un acteur de la résilience.Livre blanc de 2008 (sécurité nationale) ; VIGINUM (2021) contre les ingérences numériques ; guerre en Ukraine depuis le 24 février 2022 et LPM 2024-2030 (413 milliards d'euros).
Conclusion rédigéeLa défense de la Nation reste l'affaire de tous les citoyens, mais plus de la même manière. La tradition de la Nation en armes, née en 1793 et culminant en 1914, a laissé place en 1997 à des armées professionnelles, adossées à la dissuasion nucléaire et contrôlées par le Parlement. Pourtant, le parcours de citoyenneté, l'essor des réserves et surtout l'extension de la défense à la sécurité nationale redonnent un rôle à chacun : face au terrorisme, aux ingérences numériques ou au retour de la guerre en Europe, la résilience d'un pays dépend aussi de ses citoyens. Le débat sur le rétablissement d'une forme de service national, régulièrement relancé, montre que la question du lien entre l'armée et la Nation n'est pas close.
Le piège — Répondre « non, puisque le service militaire est supprimé » : il est seulement suspendu, et la copie oublie alors le parcours de citoyenneté, les réserves et l'élargissement de la défense à la sécurité nationale.