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Spécialité SES · Classe de Terminale

Quels sont les processus qui conduisent à la domination et à la discrimination ?

Domination, discrimination, stigmatisation : mécanismes sociologiques au programme de Terminale SES

À propos de cette page
Ce cours de spécialité ses en terminale sur « Quels sont les processus qui conduisent à la domination et à la discrimination ? » suit le programme officiel de spécialité ses de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Domination et rapports sociaux inégaux, Stéréotypes et préjugés : origines et effets, Le stigmate et l'identité abîmée (Goffman), La violence symbolique (Bourdieu). Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en spécialité ses.
Au programme
1 · Domination et rapports sociaux inégaux
2 · Stéréotypes et préjugés : origines et effets
3 · Le stigmate et l'identité abîmée (Goffman)
4 · La violence symbolique (Bourdieu)
5 · Discriminations : définition, formes et mesure
6 · Genre et domination masculine
7 · Discriminations ethno-raciales et racisme
8 · Luttes contre les discriminations
1Domination et rapports sociaux inégaux

La domination désigne la situation dans laquelle un groupe social exerce un pouvoir sur un autre groupe, lui imposant des normes, des conditions de vie ou des représentations défavorables. Elle est au cœur de l'analyse sociologique des inégalités.

Définition. Un rapport de domination est un rapport social asymétrique dans lequel un groupe (dominant) tire des avantages matériels ou symboliques aux dépens d'un autre groupe (dominé). Ces rapports peuvent croiser le genre, la classe, la race, l'âge, etc.

Les inégalités sociales se cumulent et s'articulent : on parle d'intersectionnalité (Kimberlé Crenshaw, 1989) pour désigner le fait que les rapports de domination (genre, classe, race…) se croisent et se renforcent mutuellement.

Exemple. Une femme issue d'une minorité ethnique et appartenant aux catégories populaires cumule trois sources de domination : le sexisme, le racisme et la domination de classe.

Schéma : les grandes dimensions de l'intersectionnalité.

2Stéréotypes et préjugés : origines et effets

Les stéréotypes et préjugés sont des mécanismes cognitifs et sociaux qui alimentent les processus de domination.

Définition. Un stéréotype est une représentation simplifiée et généralisée attribuée à un groupe social (ex. : « les femmes sont moins douées en maths »). Un préjugé est une évaluation (souvent négative) fondée sur ces stéréotypes, appliquée à un individu avant toute connaissance personnelle de lui.

Les stéréotypes ont plusieurs origines :

  • La catégorisation sociale : le cerveau simplifie le monde en créant des catégories (ingroup / outgroup).
  • La socialisation : les stéréotypes sont transmis par la famille, l'école, les médias.
  • Les intérêts de groupe : les groupes dominants ont intérêt à maintenir des représentations qui légitiment leur position.
Attention ! Le stéréotype ne génère pas automatiquement un comportement discriminatoire. C'est le passage à l'acte (licenciement, refus de logement, etc.) qui constitue une discrimination au sens juridique.

La menace du stéréotype (Claude Steele, 1995) désigne le phénomène par lequel un individu appartenant à un groupe stigmatisé confirme involontairement le stéréotype négatif qui pèse sur son groupe, par anxiété de performance.

Exemple. Des études expérimentales montrent que des étudiantes obtiennent de moins bons résultats à des tests de mathématiques lorsqu'on leur rappelle au préalable qu'elles sont des femmes.
3Le stigmate et l'identité abîmée (Goffman)

Erving Goffman, dans Stigmate (1963), analyse les interactions sociales entre les individus porteurs d'un attribut dévalorisé et les « normaux ».

Définition. Le stigmate est un attribut qui discrédite profondément son porteur, le réduisant à une identité dévalorisée. Goffman distingue trois types : les difformités physiques, les tares de caractère (maladie mentale, addiction…) et les stigmates tribaux (ethnie, nation, religion).

Goffman différencie également :

  • Le discrédité : dont le stigmate est visible et déjà connu des autres.
  • Le discréditable : dont le stigmate est dissimulable et non encore révélé.

Face au stigmate, les individus adoptent différentes stratégies : la dissimulation (passing), la mise à distance, la revendication ou l'affirmation de leur identité stigmatisée.

Astuce. Pour le Bac, retenez que Goffman s'intéresse à la gestion de l'identité dans les interactions, alors que Bourdieu insiste sur les structures sociales. Ces deux approches sont complémentaires.
4La violence symbolique (Bourdieu)

Pierre Bourdieu développe le concept de violence symbolique pour expliquer comment la domination se maintient sans recours à la force physique.

Définition. La violence symbolique est une violence douce, invisible, exercée avec la complicité inconsciente de ceux qui la subissent : les dominés intériorisent les schèmes de perception et d'appréciation du monde qui font apparaître leur propre domination comme naturelle et légitime.

La violence symbolique repose sur :

  • Le capital symbolique : les ressources socialement reconnues (prestige, autorité, réputation).
  • L'habitus : les dispositions intériorisées qui inclinent les individus à percevoir le monde de manière compatible avec leur position sociale.
  • Le champ : espace social structuré par des rapports de force.
Exemple. Dans la Domination masculine (1998), Bourdieu montre que les femmes contribuent elles-mêmes à reproduire leur domination en appliquant à leur propre corps et à leurs actions des schèmes d'évaluation issus du point de vue masculin (ex. : honte corporelle).
Attention ! La violence symbolique ne signifie pas que les dominés sont « consentants » ou responsables. C'est le produit de la socialisation différentielle et des structures sociales objectives.
5Discriminations : définition, formes et mesure

La discrimination est à la fois une notion juridique et sociologique. Elle correspond au traitement inégal et défavorable d'un individu en raison de caractéristiques qui lui sont propres ou supposées.

Définition. En France, la loi (art. 225-1 du Code pénal) interdit la discrimination fondée sur plus de 25 critères : origine, sexe, âge, handicap, orientation sexuelle, religion, apparence physique, etc.
TypeDescriptionExemple
Discrimination directeTraitement défavorable explicitement fondé sur un critère protégéRefus d'embauche en raison de la grossesse
Discrimination indirecteRègle apparemment neutre qui désavantage un groupeExiger un niveau de français oral très élevé pour un poste sans contact avec le public
Discrimination systémiqueRésultat d'un ensemble de pratiques institutionnellesSégrégation scolaire liée à la carte scolaire

La mesure des discriminations recourt à différentes méthodes :

  • Les tests de discrimination (testing) : envoi de CV identiques avec des noms différents (ex. : Durand vs. Diallo).
  • Les enquêtes statistiques : analyse des écarts de salaires, de taux d'emploi, etc. à caractéristiques comparables.
  • Les enquêtes de victimation : déclaration des personnes s'étant senties discriminées.

Part des personnes ayant déclaré une discrimination selon le critère invoqué (données illustratives, ordre de grandeur réel).

6Genre et domination masculine

Le genre désigne la construction sociale et culturelle de la différence des sexes. Il se distingue du sexe biologique.

Définition. La domination masculine (Bourdieu, 1998) est un système de domination fondé sur le genre qui hiérarchise les rôles, les positions sociales et les représentations au profit des hommes et au détriment des femmes.

Les inégalités de genre se manifestent dans plusieurs sphères :

  • Sphère professionnelle : ségrégation horizontale (métiers féminisés/masculinisés) et verticale (plafond de verre), écart de salaire (environ 16 % en France en 2023).
  • Sphère domestique : inégale répartition des tâches ménagères et du travail de care.
  • Sphère des représentations : stéréotypes de genre véhiculés par la publicité, les manuels scolaires, les jouets.
Exemple. En France, les femmes consacrent en moyenne 3h26 par jour aux tâches domestiques contre 2h pour les hommes (INSEE, 2010). Cet écart diminue mais persiste.
Astuce. Pour le Bac, distinguez bien les inégalités de fait (statistiques) des discriminations (traitements illégaux fondés sur le genre).
7Discriminations ethno-raciales et racisme

Le racisme et les discriminations ethno-raciales constituent une forme majeure de domination. On distingue plusieurs niveaux :

NiveauDescription
Racisme individuelAttitudes et comportements préjudiciables à l'égard d'individus en raison de leur origine
Racisme institutionnelPratiques organisationnelles qui désavantagent systématiquement des groupes racialisés
Racisme structurelEnsemble des inégalités accumulées historiquement qui perpétuent des hiérarchies raciales

La notion de racialisation désigne le processus par lequel des groupes sont construits comme des « races » par la société, indépendamment de toute réalité biologique. Cette construction sociale a des effets bien réels : accès inégal au logement, à l'emploi, à l'éducation.

Exemple. Les études de testing (Duguet et al., 2010) montrent qu'à CV égal, un candidat au nom à consonance maghrébine obtient 3 fois moins de rappels pour un entretien qu'un candidat au nom français.
Attention ! La notion de race n'a aucun fondement biologique. Le concept de « racialisation » est un outil analytique pour étudier comment la race est construite socialement et produit des effets inégalitaires.
8Luttes contre les discriminations

Face aux discriminations, des outils juridiques, institutionnels et sociaux ont été développés.

  • Cadre juridique : la loi interdit les discriminations sur 25+ critères. Le Défenseur des droits reçoit les plaintes et peut intervenir.
  • Politiques antidiscriminatoires : formation des recruteurs, chartes de la diversité, testing par l'État.
  • Discrimination positive / action affirmative : politiques accordant des avantages à des groupes sous-représentés pour corriger des inégalités historiques. Débat en France (tradition républicaine universaliste vs. prise en compte des groupes).
  • Mouvements sociaux : féminisme, antiracisme, mouvements LGBTQ+, militantisme anti-handiphobie.

Frise : étapes clés de la lutte antidiscriminatoire en France.

Astuce. Pour la dissertation ou l'épreuve composée, pensez à distinguer l'égalité formelle (en droit) de l'égalité réelle (en pratique) : les lois antidiscriminatoires ne suffisent pas à elles seules à supprimer les discriminations.
À retenir
En bref :
• La domination est un rapport social asymétrique ; elle peut croiser genre, classe, race (intersectionnalité).
• Les stéréotypes et préjugés alimentent les processus de discrimination ; la menace du stéréotype (Steele) en amplifie les effets.
• Goffman : le stigmate abîme l'identité sociale et contraint à des stratégies de gestion (dissimulation, affirmation…).
• Bourdieu : la violence symbolique est une domination intériorisée par les dominés eux-mêmes (rôle de l'habitus).
• Une discrimination est un traitement inégal fondé sur un critère protégé : elle peut être directe, indirecte ou systémique.
• Les inégalités de genre persistent dans l'emploi, le salaire et la sphère domestique (plafond de verre, ségrégation).
• Les discriminations ethno-raciales sont mesurées par les tests de CV (testing) et enquêtes statistiques.
• Lutter contre les discriminations nécessite des outils juridiques (Défenseur des droits), institutionnels et collectifs (mouvements sociaux).
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