Thème 2 — Axe 1 : la dimension politique de la guerre
Clausewitz, des conflits interétatiques aux enjeux transnationaux, Al-Qaïda et Daech (spécialité HGGSP de Tle)
À propos de cette page
Ce cours d' en terminale sur « Thème 2 — Axe 1 : la dimension politique de la guerre » suit le programme officiel d' de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Penser la guerre : définitions et enjeux, Clausewitz, un officier prussien face à la guerre napoléonienne, De la guerre : les concepts clés, Le modèle interétatique : apogée et dérives (1870-1991). Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en .
4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.
Document 1 — Clausewitz définit la guerre
Facile
Extraits d'un traité de stratégie (texte théorique du XIXe siècle) · Carl von Clausewitz, De la guerre (Vom Kriege), livre I, chapitre 1, § 2, 24 et 28, publication posthume, Berlin, 1832 ; traduction établie pour l'exercice.
Clausewitz, officier prussien qui a combattu Napoléon, rédige ce traité dans les années 1820, alors qu'il dirige l'École générale de guerre de Berlin. Inachevé, il est publié par sa veuve en 1832 et s'adresse aux officiers et aux hommes d'État.
§ 2. « La guerre est donc un acte de violence destiné à contraindre l'adversaire à exécuter notre volonté. »
[L'auteur montre ensuite que chaque camp tend à répondre à la violence de l'autre par une violence plus grande, mais que la guerre réelle, qui n'est jamais un acte isolé et soudain, reste dépendante des États qui la mènent.]
§ 24. « La guerre n'est qu'une simple continuation de la politique par d'autres moyens. »
« L'intention politique est la fin, la guerre est le moyen, et l'on ne peut jamais concevoir le moyen sans la fin. »
[Il en conclut que la guerre n'est pas seulement un acte politique, mais un véritable instrument de la politique, qui poursuit les relations entre États par d'autres moyens.]
§ 28. « La guerre est donc non seulement un véritable caméléon, qui modifie un peu sa nature dans chaque cas concret… »
[… mais aussi, dans l'ensemble de ses manifestations, une étrange trinité, composée de la violence originelle, faite de haine et d'hostilité ; du jeu des probabilités et du hasard ; et de sa nature subordonnée d'instrument politique, qui la soumet à la raison.]
« La première de ces trois faces concerne surtout le peuple, la deuxième le chef et son armée, la troisième le gouvernement. »
En analysant le document, en le confrontant à vos connaissances, vous montrerez que Clausewitz fait de la guerre un instrument de la politique, et vous discuterez la portée de cette définition aujourd'hui.
Présentez l'auteur, la nature et le contexte du document.
Comment Clausewitz définit-il la guerre dans les § 2 et 24 ? Qu'en découle-t-il pour la place du gouvernement ?
Expliquez la « trinité » du § 28 et illustrez-la par un exemple tiré des guerres de la Révolution et de l'Empire.
Cette définition permet-elle de comprendre les guerres menées par Al-Qaïda et Daech ? Discutez-en la portée et les limites.
Voir la réponse rédigée
1. Le document réunit trois extraits du chapitre 1 du livre I de De la guerre, traité de stratégie de l'officier prussien Carl von Clausewitz (1780-1831). Inachevé, l'ouvrage est publié en 1832, après sa mort, par sa veuve Marie von Brühl. Il naît d'une expérience directe des guerres de la Révolution et de l'Empire : Clausewitz a vu la Prusse s'effondrer à Iéna-Auerstedt (14 octobre 1806), a servi dans l'armée russe en 1812 et dans la campagne de 1815. C'est un texte théorique, qui ne décrit pas une guerre particulière mais cherche à définir la nature de toute guerre.
2. Le § 2 définit la guerre par sa fin : la violence n'est pas un but en soi, elle sert à « contraindre l'adversaire à exécuter notre volonté ». Le § 24 en tire la conséquence : la guerre est « une simple continuation de la politique par d'autres moyens ». Le but politique précède la guerre, en mesure l'effort et décide de sa fin ; le moyen militaire lui est subordonné, puisque « l'on ne peut jamais concevoir le moyen sans la fin ». Il en découle que le gouvernement, et non le général, fixe les buts de la guerre et décide de la paix.
3. Le § 28 décrit une « trinité » de tendances : la violence et la haine, qui concernent surtout le peuple ; le hasard et les probabilités, domaine du chef et de son armée ; la raison politique, propre au gouvernement. Les guerres napoléoniennes l'illustrent : la levée en masse (23 août 1793) a mobilisé les passions de la nation, Napoléon a joué avec le hasard de batailles décisives comme Austerlitz (2 décembre 1805), et le but politique — la domination française sur l'Europe — a fixé l'ampleur des efforts. L'image du « caméléon » rappelle que chaque guerre combine ces trois pôles dans des proportions différentes.
4. La portée du texte reste grande : Al-Qaïda poursuit un but politique (chasser les États-Unis du monde musulman, restaurer à terme un califat) et emploie la violence du 11 septembre 2001 pour contraindre l'adversaire ; Daech proclame un califat le 29 juin 2014, ce qui est un projet politique explicite. Mais les limites sont nettes : Clausewitz pense des États, dotés d'armées et de gouvernements identifiables, alors qu'un réseau transnational n'a ni territoire à défendre ni gouvernement avec qui négocier une paix. C'est pourquoi Martin van Creveld (1991) jugeait la guerre « trinitaire » dépassée. On peut conclure que la définition politique de la guerre résiste mieux que le cadre étatique dans lequel Clausewitz l'avait formulée.
Ce que cette analyse apprend — Face à un texte théorique, on explique chaque concept avec ses mots, on l'illustre par un exemple daté, puis on le met à l'épreuve d'un cas qui lui résiste.
Document 2 — Les États, maîtres des moyens de la guerre ?
Moyen
Tableau statistique · SIPRI (Stockholm International Peace Research Institute), « Trends in World Military Expenditure, 2023 », Fact Sheet, avril 2024 ; parts du total mondial calculées pour l'exercice.
Le SIPRI, institut indépendant suédois fondé en 1966, publie chaque année une estimation des dépenses militaires de tous les États. Ces chiffres de 2023 reflètent la deuxième année de la guerre ouverte en Ukraine le 24 février 2022.
Rang
État
Dépenses militaires en 2023 (milliards de dollars courants)
Part du total mondial (%)
1
États-Unis
916
37
2
Chine (estimation)
296
12
3
Russie (estimation)
109
4,5
4
Inde
83,6
3,4
5
Arabie saoudite (estimation)
75,8
3,1
6
Royaume-Uni
74,9
3,1
7
Allemagne
66,8
2,7
8
Ukraine
64,8
2,7
9
France
61,3
2,5
—
Monde
2 443
100
Compléments du SIPRI : les dépenses mondiales augmentent de 6,8 % en termes réels en 2023, la plus forte hausse depuis 2009. Les dépenses russes représentent 5,9 % du PIB de la Russie ; celles de l'Ukraine, 37 % de son PIB.
En analysant le document, en le confrontant à vos connaissances, vous montrerez que l'État reste l'acteur central de la puissance militaire, et vous expliquerez pourquoi cette puissance ne suffit pas toujours à gagner une guerre.
Présentez le document (auteur, nature, date, unité).
Calculez la part des trois premiers États, puis comparez les dépenses des États-Unis à celles de la Chine et de la Russie réunies. Que montrent ces chiffres ?
Que révèlent les chiffres de la Russie et de l'Ukraine sur la nature de la guerre commencée en 2022 ?
Quelles sont les limites de ce document pour comprendre les guerres contemporaines ?
Voir la réponse rédigée
1. Il s'agit d'un tableau statistique tiré de la fiche annuelle du SIPRI, institut de recherche suédois indépendant, publiée en avril 2024 et portant sur l'année 2023. Il classe les neuf États qui dépensent le plus pour leurs armées, en milliards de dollars courants, et donne leur part du total mondial (2 443 milliards). Certaines valeurs sont des estimations (Chine, Russie, Arabie saoudite), car ces États publient peu de données fiables.
2. Les trois premiers États réalisent 37 + 12 + 4,5 = 53,5 % des dépenses militaires mondiales, soit plus de la moitié. Les États-Unis dépensent à eux seuls 916 milliards, soit environ 2,3 fois plus que la Chine et la Russie réunies (296 + 109 = 405 milliards). Les neuf États du tableau totalisent environ 1 748 milliards, près de 72 % du total. Les moyens de la guerre restent donc concentrés entre les mains de quelques États : ce sont eux qui possèdent les armées régulières, les flottes, l'aviation et, pour plusieurs d'entre eux, l'arme nucléaire. La guerre interétatique reste possible parce que ces outils existent.
3. La Russie consacre 5,9 % de son PIB à ses armées et l'Ukraine 37 %, ce qui place ce pays de 2023 au huitième rang mondial. Ces chiffres traduisent une guerre de haute intensité entre armées régulières, ouverte par l'invasion russe du 24 février 2022, qui mobilise une part considérable de l'économie, surtout pour l'État envahi. On retrouve une logique proche de la guerre totale et la leçon de Clausewitz : l'effort consenti se mesure à l'importance du but politique, ici, pour l'Ukraine, sa survie comme État souverain. Cette guerre rappelle que le modèle interétatique n'a pas disparu.
4. Le tableau mesure des moyens, non des résultats. Il ignore les acteurs non étatiques : selon la commission d'enquête américaine (2004), les attentats du 11 septembre 2001 ont coûté à Al-Qaïda entre 400 000 et 500 000 dollars, somme dérisoire face au budget militaire américain, pour un effet politique mondial. De même, les États-Unis, de loin premiers par leurs dépenses, ont dû quitter l'Afghanistan en 2021, laissant les talibans reprendre Kaboul le 15 août. Enfin, les dollars courants ne tiennent pas compte des différences de prix entre pays : un soldat ou un obus coûte moins cher en Russie ou en Chine qu'aux États-Unis. La puissance militaire est une condition de la guerre, pas une garantie de victoire politique.
Ce que cette analyse apprend — Un tableau se présente (source, unité, date), se calcule (parts, rapports), s'interprète, puis se critique : ce qu'il ne mesure pas compte autant que ce qu'il mesure.
Document 3 — Goya et la guerre du peuple espagnol
Moyen
Tableau (peinture d'histoire) · Francisco de Goya, El 3 de mayo en Madrid, o « Los fusilamientos » (Le 3 mai 1808 à Madrid, dit Les Fusillades), 1814, huile sur toile, 268 × 347 cm, Madrid, musée du Prado.
Goya (1746-1828), premier peintre de la cour d'Espagne, était resté en fonction sous le roi Joseph Bonaparte (1808-1813). Il peint l'œuvre six ans après les faits, au moment où la monarchie des Bourbons est restaurée.
Description. La scène se passe de nuit, au pied d'une colline, aux abords de Madrid dont on devine les bâtiments et un clocher à l'arrière-plan. À droite, un peloton de soldats français, vus de dos, forme une ligne serrée ; leurs fusils sont pointés dans le même mouvement et l'on ne voit aucun de leurs visages. À gauche, un groupe de civils madrilènes — artisans, paysans, un moine — fait face aux fusils. Au centre, éclairé par une grande lanterne posée au sol, un homme en chemise blanche et pantalon jaune lève les bras en croix ; l'une de ses mains porte une marque qui évoque un stigmate. Au premier plan gisent des corps, peints sans détail ; derrière, une file d'autres prisonniers avance, certains se cachant le visage.
Contexte de l'œuvre. Le 2 mai 1808, Madrid se soulève contre les troupes françaises du maréchal Murat ; la répression s'accompagne, dans la nuit et le 3 mai, de l'exécution d'insurgés et de suspects arrêtés. En 1814, après le départ des Français, Goya propose au gouvernement de régence de commémorer le soulèvement ; il peint cette toile et son pendant, Le 2 mai 1808 à Madrid.
En analysant le document, en le confrontant à vos connaissances, vous montrerez ce que ce tableau révèle d'une guerre qui échappe au modèle de l'affrontement entre armées régulières.
Présentez le document et son contexte.
Comment Goya oppose-t-il les deux groupes ? Quel sens donne-t-il à cette opposition ?
Quelle forme de guerre naît en Espagne entre 1808 et 1814 ? Comment Clausewitz l'a-t-il prise en compte ?
Quelles précautions faut-il prendre pour utiliser ce tableau comme source historique ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce tableau de Francisco de Goya, peint en 1814 et conservé au musée du Prado, représente l'exécution d'insurgés madrilènes par les troupes françaises après le soulèvement de Madrid du 2 mai 1808. Napoléon venait d'imposer son frère Joseph sur le trône d'Espagne : le soulèvement ouvre une guerre qui dure jusqu'en 1814. L'œuvre est commémorative : Goya la peint après le départ des Français, pour célébrer la résistance du peuple espagnol.
2. Goya construit une opposition totale. Les soldats français sont une machine anonyme : vus de dos, sans visage, alignés, leurs fusils forment une seule ligne. Les victimes sont au contraire des individus, de conditions différentes (artisans, paysans, moine), aux gestes et aux expressions variés. L'homme en blanc, bras en croix et main marquée comme d'un stigmate, fait de la victime civile un martyr. La lumière de la lanterne tombe sur les Espagnols et laisse les soldats dans l'ombre : le peintre prend parti pour le peuple contre l'armée d'occupation.
3. L'Espagne connaît de 1808 à 1814 une guérilla : des bandes de combattants, soutenues par la population et le clergé, harcèlent les armées françaises, coupent leurs communications et immobilisent plusieurs centaines de milliers de soldats, selon l'ordre de grandeur admis par les historiens. Ce n'est plus un duel d'armées régulières : la population entre dans la guerre, et la répression frappe des civils. Clausewitz, qui enseigne la « petite guerre » à Berlin dès 1810-1811, consacre un chapitre de De la guerre à l'« armement du peuple » : il y voit un appoint de la défensive, efficace s'il s'appuie sur une armée régulière et sur un vaste territoire. La guérilla espagnole prouve que la guerre irrégulière est ancienne et qu'elle garde une fin politique : chasser l'occupant et restaurer la souveraineté.
4. Le tableau n'est pas un reportage : peint six ans après, il ne montre pas une scène observée mais une vision construite, qui fait de l'événement un symbole national. Goya lui-même avait servi comme peintre de cour sous Joseph Bonaparte ; commémorer le soulèvement en 1814 est aussi une manière de se placer du côté de la monarchie restaurée. Enfin, l'œuvre ne dit rien des violences commises par les guérilleros ni des divisions entre Espagnols. Elle renseigne sur la mémoire de la guerre autant que sur la guerre elle-même.
Ce que cette analyse apprend — Une image se décrit d'abord (composition, lumière, personnages) avant d'être interprétée ; la critique porte sur la date de l'œuvre, la position de l'artiste et ce qu'elle passe sous silence.
Document 4 — Le 11 septembre 2001, un « acte de guerre » ?
Difficile
Discours politique et résolution du Conseil de sécurité (documents d'époque) · Document 1 : George W. Bush, discours devant le Congrès des États-Unis réuni en session conjointe, Washington, 20 septembre 2001 (extraits traduits). Document 2 : Conseil de sécurité des Nations unies, résolution 1368, 12 septembre 2001 (extraits et résumé).
Neuf jours après les attentats qui ont fait 2 977 morts, le président américain s'adresse au Congrès et à la nation ; la résolution de l'ONU, votée dès le 12 septembre, lui fournit un appui juridique. L'intervention en Afghanistan commence le 7 octobre 2001.
Document 1 — George W. Bush, 20 septembre 2001.
« Le 11 septembre, des ennemis de la liberté ont commis un acte de guerre contre notre pays. »
[Le président désigne Al-Qaïda comme responsable et exige du régime taliban qu'il livre les dirigeants du réseau et ferme ses camps d'entraînement, faute de quoi il partagera leur sort.]
« Notre guerre contre la terreur commence avec Al-Qaïda, mais elle ne s'arrête pas là. »
« Elle ne prendra fin que lorsque tout groupe terroriste de portée mondiale aura été trouvé, arrêté et vaincu. »
« Les Américains ne doivent pas s'attendre à une bataille, mais à une longue campagne, sans équivalent dans ce que nous avons connu. »
« Chaque nation, dans chaque région, doit maintenant prendre une décision. Soit vous êtes avec nous, soit vous êtes avec les terroristes. »
Document 2 — Résolution 1368 du Conseil de sécurité, 12 septembre 2001.
[Adoptée à l'unanimité le lendemain des attentats. Dans son préambule, le Conseil reconnaît le droit de légitime défense individuelle ou collective, conformément à la Charte des Nations unies.]
Le Conseil condamne les attaques du 11 septembre à New York, à Washington et en Pennsylvanie et considère ces actes, comme tout acte de terrorisme international, comme une « menace à la paix et à la sécurité internationales ».
[Il appelle tous les États à coopérer pour traduire en justice les auteurs, organisateurs et commanditaires, et se déclare prêt à prendre toutes les mesures nécessaires pour répondre aux attaques.]
En analysant les documents, en les confrontant à vos connaissances, vous montrerez comment les attentats du 11 septembre 2001 sont qualifiés d'actes de guerre, et vous discuterez les limites de cette qualification au regard du modèle clausewitzien.
Présentez les deux documents et confrontez leur nature et leurs destinataires.
Pourquoi le président américain parle-t-il d'« acte de guerre » ? Quelles conséquences politiques et militaires cette qualification entraîne-t-elle ?
En quoi l'ennemi désigné diffère-t-il de l'ennemi tel que le pensait Clausewitz ?
Discutez les limites de la « guerre contre la terreur », à la lumière de la suite des événements.
Voir la réponse rédigée
1. Le document 1 est un discours du président George W. Bush devant le Congrès réuni en session conjointe, le 20 septembre 2001 : c'est un texte politique, adressé aux parlementaires, aux Américains et au monde entier, qui annonce une riposte. Le document 2 est une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU, votée à l'unanimité dès le 12 septembre : c'est un texte juridique, qui engage la communauté internationale. Les deux se complètent : l'ONU reconnaît le droit de légitime défense et qualifie le terrorisme international de « menace à la paix et à la sécurité internationales » ; le président américain transforme cette reconnaissance en programme de guerre.
2. Qualifier les attentats d'« acte de guerre » plutôt que de crime permet de répondre par des moyens militaires et non seulement judiciaires. La qualification entraîne l'invocation, pour la première fois, de l'article 5 du traité de l'Atlantique Nord (12 septembre 2001), puis l'ultimatum aux talibans, accusés d'abriter Al-Qaïda, et l'intervention en Afghanistan le 7 octobre 2001 : le régime taliban tombe en quelques semaines. Le discours prévient d'une « longue campagne » et somme chaque État de choisir son camp (« soit vous êtes avec nous, soit vous êtes avec les terroristes ») : la guerre devient un principe d'organisation des relations internationales.
3. Clausewitz pense la guerre entre États : un adversaire doté d'une armée, d'un territoire et d'un gouvernement, avec qui l'on peut conclure la paix. L'ennemi désigné ici est un réseau transnational, Al-Qaïda, sans État ni front, et même une méthode : la « guerre contre la terreur » vise « tout groupe terroriste de portée mondiale ». Pour trouver un adversaire saisissable, les États-Unis frappent un État, l'Afghanistan des talibans, qui héberge le réseau. On reste pourtant dans une logique politique : Al-Qaïda poursuit des fins politiques, et Washington répond par la guerre pour atteindre un but politique, la sécurité du territoire américain.
4. Les limites apparaissent vite. Une guerre contre une méthode n'a pas de fin identifiable : elle ne peut s'achever ni par une victoire décisive ni par un traité. L'argument sert à justifier l'invasion de l'Irak en mars 2003, sans autorisation explicite du Conseil de sécurité, alors que le lien entre l'Irak et Al-Qaïda n'est pas établi. La qualification de guerre pose aussi des questions de droit, comme le statut des personnes détenues à Guantánamo à partir de 2002. Enfin, la supériorité militaire ne produit pas le résultat politique attendu : ben Laden n'est tué que le 2 mai 2011, et les talibans reprennent Kaboul le 15 août 2021. Ces documents montrent donc à la fois la force de la qualification de guerre, qui mobilise, et sa faiblesse, qui est de ne pas désigner un adversaire que l'on puisse contraindre à la paix.
Ce que cette analyse apprend — Avec deux documents, on confronte leur nature (politique, juridique) avant de les interpréter, et la critique s'appuie sur ce que la suite des événements a révélé.
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