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Thème 1 — Axe 1 : conquêtes, affirmations de puissance et rivalités

Course à l'espace pendant la guerre froide, dissuasion nucléaire et forces de projection maritimes (spécialité HGGSP de Tle)

À propos de cette page
Ce cours d' en terminale sur « Thème 1 — Axe 1 : conquêtes, affirmations de puissance et rivalités » suit le programme officiel d' de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Océan et espace : deux espaces de conquête singuliers, Des V2 à Spoutnik : une conquête née de la guerre (1944-1958), La course à la Lune : une compétition idéologique (1959-1975), De nouveaux acteurs : puissances spatiales et New Space. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en .

4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.

Document 1 — Apollo 11 : le drapeau et la plaque

Facile

Photographie et inscription commémorative · Photographie prise par Neil Armstrong sur la Lune lors de la mission Apollo 11, 20-21 juillet 1969 (archives photographiques de la NASA) ; plaque fixée sur l'étage de descente du module lunaire Eagle, juillet 1969.

En 1969, les États-Unis réalisent l'objectif fixé par Kennedy le 25 mai 1961, après des années où l'URSS a dominé la course à l'espace. Ces deux documents officiels s'adressent à la fois aux Américains, aux Soviétiques et au reste du monde.

Document 1 — La photographie. Sur le sol gris et poussiéreux de la mer de la Tranquillité, marqué de nombreuses empreintes de bottes, l'astronaute Edwin « Buzz » Aldrin, en combinaison blanche, visière dorée baissée, se tient debout à côté du drapeau des États-Unis. Le drapeau, fixé sur une hampe plantée dans le sol, est maintenu déployé par une tige horizontale glissée dans sa bordure supérieure, car il n'y a pas de vent sur la Lune. Au-dessus de l'horizon lunaire, le ciel est entièrement noir. L'image est diffusée dans la presse du monde entier après le retour de l'équipage.

Document 2 — La plaque laissée sur la Lune. Fixée sur une jambe de l'étage de descente du module lunaire, qui reste sur place, la plaque représente les deux hémisphères de la Terre. Elle porte deux phrases (traduction) :

« Ici, des hommes venus de la planète Terre ont pour la première fois posé le pied sur la Lune. Juillet 1969 après J.-C. »

« Nous sommes venus en paix au nom de toute l'humanité. »

Sous l'inscription figurent les signatures des trois astronautes (Neil A. Armstrong, Michael Collins, Edwin E. Aldrin Jr.) et celle du président des États-Unis, Richard Nixon.

En analysant les documents, en les confrontant à vos connaissances, vous montrerez que l'alunissage d'Apollo 11 est à la fois une victoire nationale dans la guerre froide et un message adressé à toute l'humanité.

  1. Présentez les deux documents : nature, auteur, date, contexte.
  2. En quoi la photographie est-elle une affirmation de la puissance américaine ?
  3. Quel message la plaque adresse-t-elle ? Comment le concilier avec le drapeau ?
  4. Quelles sont les limites de ces documents pour comprendre la course à l'espace ?
Voir la réponse rédigée

1. Le document 1 est une photographie prise par Neil Armstrong pendant la première sortie sur la Lune, lors de la mission Apollo 11 (20-21 juillet 1969) ; elle montre son coéquipier Edwin Aldrin à côté du drapeau américain. Le document 2 est l'inscription de la plaque fixée sur l'étage de descente du module lunaire Eagle, restée sur la Lune. Tous deux sont produits par la NASA, agence fédérale américaine, au moment où les États-Unis remportent la course à la Lune engagée après le vol de Gagarine (12 avril 1961) et le discours de Kennedy devant le Congrès (25 mai 1961).

2. La photographie est d'abord une image de victoire nationale. Le drapeau des États-Unis, que l'on a pris soin de maintenir déployé par une tige horizontale « car il n'y a pas de vent sur la Lune », est planté dans le sol lunaire : le geste rappelle la prise de possession des explorateurs. L'image est pensée pour être vue : diffusée dans le monde entier, elle prouve que l'Amérique a tenu la promesse de Kennedy et dépassé l'URSS, qui avait accumulé les « premières » jusqu'en 1965 (Spoutnik, Gagarine, Leonov). C'est une arme de soft power : elle associe la supériorité technologique au modèle démocratique et libéral.

3. La plaque tient un autre discours. Elle parle des « hommes venus de la planète Terre » et non des Américains, et affirme : « Nous sommes venus en paix au nom de toute l'humanité ». Ce vocabulaire universel reprend la loi de 1958 créant la NASA, qui consacre l'espace à des fins pacifiques, et le traité de l'espace de 1967, qui interdit toute appropriation nationale de la Lune. Planter le drapeau n'est donc pas revendiquer un territoire : c'est un geste symbolique. Mais la plaque porte la signature du président Nixon : l'universel est présenté par les États-Unis, qui se posent en porte-parole de l'humanité. Les deux documents se complètent : l'Amérique gagne la course en se présentant comme la championne de tous, ce qui renforce son prestige face au modèle soviétique.

4. Ces documents sont des sources officielles, produites par l'acteur même qui en tire profit : ils montrent la vitrine, pas les coulisses. Ils taisent le coût du programme (environ 25 milliards de dollars de l'époque), la mort des trois astronautes d'Apollo 1 (1967) et la dimension militaire de la course : les fusées américaines et soviétiques sont issues des missiles balistiques. Ils ignorent aussi les succès soviétiques antérieurs, comme la sonde Luna 2 qui atteint la Lune dès 1959. Enfin, cette victoire est surtout symbolique : après Apollo 17 (décembre 1972), plus aucun homme ne marche sur la Lune, ce qui confirme qu'il s'agissait avant tout d'une course de prestige.

Ce que cette analyse apprend — Confronter une image et un texte produits par le même acteur pour dégager deux messages, puis critiquer une source officielle en disant ce qu'elle tait.

Document 2 — La loi qui crée la NASA (1958)

Moyen

Texte de loi (extrait) · National Aeronautics and Space Act of 1958 (Public Law 85-568), section 102, signée par le président Dwight D. Eisenhower le 29 juillet 1958 ; extraits, traduction.

Dix mois après Spoutnik (4 octobre 1957), le Congrès américain réorganise l'effort spatial du pays. La loi transforme l'ancien comité consultatif pour l'aéronautique (NACA) en une agence civile, la NASA, opérationnelle le 1er octobre 1958.

Section 102. Déclaration de politique générale et objectifs

(a) Le Congrès déclare par la présente que la politique des États-Unis est que les activités dans l'espace soient consacrées à des fins pacifiques, au bénéfice de toute l'humanité.

(b) Le Congrès déclare que le bien-être général et la sécurité des États-Unis exigent que des moyens suffisants soient consacrés aux activités aéronautiques et spatiales. Il déclare en outre que ces activités relèvent d'une agence civile exerçant son contrôle sur les activités aéronautiques et spatiales patronnées par les États-Unis, à l'exception des activités propres au développement de systèmes d'armes, aux opérations militaires ou à la défense des États-Unis, qui relèvent de la responsabilité et de la direction du département de la Défense […].

(c) Les activités aéronautiques et spatiales des États-Unis sont conduites de manière à contribuer de façon significative à un ou plusieurs des objectifs suivants :
(1) l'accroissement des connaissances humaines sur les phénomènes de l'atmosphère et de l'espace ; […]
(5) la préservation du rôle des États-Unis comme leader de la science et de la technologie aéronautiques et spatiales, et de leur application à la conduite d'activités pacifiques dans et hors de l'atmosphère ;
(6) la mise à la disposition des agences directement chargées de la défense nationale des découvertes ayant une valeur ou une importance militaire […] ;
(7) la coopération des États-Unis avec d'autres nations et groupes de nations dans les travaux menés en application de la présente loi et dans l'utilisation pacifique de leurs résultats […].

En analysant le document, en le confrontant à vos connaissances, vous montrerez que la création de la NASA est une réponse des États-Unis à Spoutnik qui mêle affichage pacifique et logique de puissance.

  1. Présentez le document et son contexte.
  2. Relevez les éléments qui donnent à la politique spatiale américaine un visage pacifique et civil. Pourquoi ce choix ?
  3. Montrez que le texte est aussi un texte de puissance et de sécurité.
  4. Confrontez le texte à ce que devient l'effort spatial américain dans les années 1960 et discutez sa portée.
Voir la réponse rédigée

1. Ce document est un extrait de la section 102 du National Aeronautics and Space Act, loi votée par le Congrès et signée par le président Eisenhower le 29 juillet 1958. C'est un texte normatif : il fixe les principes et les objectifs de la politique spatiale des États-Unis. Il intervient dans le contexte de la « crise de Spoutnik » : le 4 octobre 1957, l'URSS a placé le premier satellite en orbite grâce à la fusée R-7, qui est aussi un missile intercontinental, et l'échec télévisé de la fusée Vanguard (6 décembre 1957) a aggravé l'humiliation américaine.

2. Le texte affiche d'abord une vocation pacifique : les activités spatiales doivent être consacrées « à des fins pacifiques, au bénéfice de toute l'humanité » (a). Elles sont confiées à « une agence civile » (b), dont les objectifs sont scientifiques (« l'accroissement des connaissances humaines », c-1) et ouverts à « la coopération » internationale (c-7). Ce choix sert l'image des États-Unis : face à une URSS dont le programme est dirigé par les militaires et entouré de secret, Washington se présente comme une démocratie transparente et ouverte. Il sert aussi un intérêt stratégique : défendre l'idée d'un espace pacifique et libre permet de faire admettre le survol de tous les pays par des satellites, y compris les futurs satellites d'observation.

3. Mais la loi est aussi un texte de puissance. Elle invoque d'emblée « la sécurité des États-Unis » (b) et se fixe pour objectif « la préservation du rôle des États-Unis comme leader » (c-5) : c'est l'aveu que ce leadership est menacé par Spoutnik. Elle réserve au département de la Défense tout ce qui touche aux « systèmes d'armes » et aux « opérations militaires » (b), et prévoit de transmettre aux militaires les découvertes « ayant une valeur ou une importance militaire » (c-6). Le civil et le militaire sont donc séparés sur le papier, mais reliés dans les faits.

4. Dans les années 1960, la NASA devient l'instrument de la course à la Lune annoncée par Kennedy le 25 mai 1961 : en 1966, elle absorbe environ 4,4 % des dépenses fédérales. La séparation entre civil et militaire se révèle très relative : les sept premiers astronautes (1959) sont des pilotes d'essai militaires, et les fusées Redstone, Atlas et Titan des programmes Mercury et Gemini sont des missiles adaptés. En parallèle, l'armée et la CIA développent les satellites espions Corona (1960). La portée du texte est donc double : il fonde une agence qui réalisera Apollo 11 en 1969, mais son discours pacifique est aussi un outil de soft power. Sa limite tient à sa nature : une loi dit ce que l'on veut faire, pas ce que l'on fait, et elle exprime le seul point de vue américain.

Ce que cette analyse apprend — Lire un texte juridique en séparant ce qu'il affiche et ce qu'il révèle, puis confronter les intentions à la pratique.

Document 3 — Le budget de la NASA, thermomètre de la rivalité

Moyen

Tableau statistique · Tableau construit pour l'exercice d'après les Historical Tables du budget fédéral des États-Unis (Office of Management and Budget, Maison-Blanche, édition 2023) ; parts arrondies.

Le budget de la NASA est voté chaque année par le Congrès. Son évolution permet de mesurer l'importance que les dirigeants américains accordent à l'espace selon les périodes.

AnnéePart des dépenses de la NASA dans les dépenses fédérales (valeur arrondie)Contexte
1960≈ 0,5 %Premiers satellites américains ; NASA créée en 1958
1962≈ 1,2 %John Glenn, premier Américain en orbite (février)
1964≈ 3,5 %Développement de la fusée lunaire Saturn V
1966≈ 4,4 %Point culminant du programme Apollo
1969≈ 2,3 %Apollo 11 (juillet)
1975≈ 1,0 %Vol Apollo-Soyouz ; fin des vaisseaux Apollo
1990≈ 1,0 %Ère de la navette spatiale
2010≈ 0,5 %Fin annoncée de la navette (dernier vol en 2011)
2019≈ 0,5 %Lancement du programme lunaire Artemis

En analysant le document, en le confrontant à vos connaissances, vous montrerez que l'effort spatial américain suit le rythme de la rivalité avec l'URSS.

  1. Rédigez une phrase de lecture pour l'année 1966, puis décrivez l'évolution d'ensemble.
  2. Calculez par combien la part de la NASA est multipliée entre 1960 et 1966, puis divisée entre 1966 et 1975.
  3. Expliquez la hausse des années 1960.
  4. Expliquez la baisse après 1969, puis montrez les limites de ce document.
Voir la réponse rédigée

1. En 1966, les dépenses de la NASA représentent environ 4,4 % de l'ensemble des dépenses de l'État fédéral américain. L'évolution se fait en trois temps : une montée très rapide de 1960 à 1966, une chute brutale de 1966 à 1975, puis une stabilisation à un niveau bas, autour de 1 % puis de 0,5 % des dépenses fédérales.

2. Entre 1960 et 1966, la part passe d'environ 0,5 % à 4,4 % : 4,4 ÷ 0,5 ≈ 8,8, elle est donc multipliée par près de 9 en six ans. Entre 1966 et 1975, elle passe de 4,4 % à 1,0 % : elle est divisée par plus de 4. Les valeurs étant arrondies, ces calculs donnent un ordre de grandeur.

3. La hausse répond aux succès soviétiques. Après Spoutnik (1957), les États-Unis créent la NASA (1958) ; après le vol de Gagarine (12 avril 1961), Kennedy annonce le 25 mai 1961 l'objectif d'envoyer un homme sur la Lune avant la fin de la décennie. Le programme Apollo exige de concevoir la fusée Saturn V, le vaisseau et le module lunaire : c'est pourquoi la dépense culmine en 1966, pendant la phase de développement, plus que l'année de l'alunissage. L'espace est alors une priorité nationale, parce qu'il est un enjeu de prestige face au modèle soviétique.

4. Après Apollo 11 (1969), l'objectif est atteint et la rivalité perd son urgence : la guerre du Vietnam et les programmes sociaux pèsent sur le budget, et la détente conduit au vol commun Apollo-Soyouz (1975). Les dernières missions lunaires prévues sont annulées en 1970. La courbe confirme donc que l'effort spatial suit la rivalité. Le document a cependant des limites. Une part du budget n'est pas un montant : les dépenses fédérales augmentent, si bien qu'une part stable peut cacher une hausse en dollars. Surtout, le tableau ne compte que la NASA : les dépenses spatiales militaires (satellites de reconnaissance, alerte, GPS), confiées au Pentagone et aux services de renseignement, n'y figurent pas. Enfin, il ne permet aucune comparaison avec l'URSS, dont le budget spatial était secret. Depuis les années 2000, une partie de l'effort passe aussi par des contrats avec des entreprises privées comme SpaceX.

Ce que cette analyse apprend — Lire un tableau statistique (phrase de lecture, coefficient multiplicateur), relier ses ruptures à des événements datés, puis dire ce qu'il ne mesure pas.

Document 4 — Mahan et la puissance maritime

Difficile

Extrait d'un ouvrage de stratégie navale · Alfred Thayer Mahan, The Influence of Sea Power upon History, 1660-1783, Boston, Little, Brown and Company, 1890, introduction et chapitre I ; extraits, traduction.

Alfred Mahan (1840-1914), officier de l'US Navy, enseigne au Naval War College de Newport ; il tire de l'histoire britannique des XVIIe-XVIIIe siècles des leçons pour son pays. Son livre est lu par Theodore Roosevelt et par les dirigeants européens de la fin du XIXe siècle.

Extrait 1 (introduction). « L'histoire de la puissance maritime est en grande partie, mais nullement exclusivement, le récit de luttes entre nations, de rivalités mutuelles, de violences aboutissant fréquemment à la guerre. L'influence profonde du commerce maritime sur la richesse et la force des pays a été clairement perçue bien avant que ne soient découverts les vrais principes qui gouvernaient sa croissance et sa prospérité. »

Extrait 2 (chapitre I). « Le premier aspect, et le plus évident, sous lequel la mer se présente du point de vue politique et social est celui d'une grande route ; ou mieux peut-être, d'un vaste espace commun, sur lequel les hommes peuvent passer dans toutes les directions, mais où certains chemins très fréquentés montrent que des raisons impérieuses les ont conduits à choisir certains itinéraires plutôt que d'autres. […] Dans ces trois éléments — la production, avec la nécessité d'échanger les produits ; la navigation, par laquelle l'échange s'effectue ; et les colonies, qui facilitent et élargissent les opérations de la navigation et tendent à la protéger en multipliant les points de sécurité — se trouve la clé d'une grande partie de l'histoire, comme de la politique, des nations qui bordent la mer. »

En analysant le document, en le confrontant à vos connaissances, vous montrerez que la pensée de Mahan éclaire l'usage des mers et des océans comme instruments de puissance depuis 1945, tout en montrant ses limites.

  1. Présentez le document : auteur, nature, date, intention.
  2. Quels liens Mahan établit-il entre commerce, marine et puissance ?
  3. En quoi la stratégie navale des États-Unis depuis 1945 prolonge-t-elle cette vision ?
  4. Qu'est-ce que Mahan ne pouvait pas prévoir ? Critiquez son point de vue.
Voir la réponse rédigée

1. Ce document réunit deux extraits de l'ouvrage d'Alfred Thayer Mahan, The Influence of Sea Power upon History, publié à Boston en 1890. Mahan est un officier de marine américain qui enseigne la stratégie au Naval War College. Son livre est un essai de stratégie fondé sur l'histoire : en étudiant la réussite britannique de 1660 à 1783, il veut convaincre les États-Unis, alors puissance surtout continentale, de se doter d'une grande flotte de guerre.

2. Pour Mahan, la mer est d'abord « une grande route », un « vaste espace commun » ouvert à tous, mais structuré par des « chemins très fréquentés » : les routes maritimes et leurs passages obligés. La puissance repose sur trois éléments liés : « la production », « la navigation », qui assure l'échange, et « les colonies », qui offrent des « points de sécurité », c'est-à-dire des bases. Le commerce maritime fait « la richesse et la force des pays », et comme il suscite des « rivalités mutuelles » qui aboutissent « fréquemment à la guerre », il faut une marine pour le protéger. Richesse, flotte et bases forment donc un système : c'est la maîtrise des mers.

3. Les États-Unis appliquent largement cette vision. Dès 1907-1909, la « Grande Flotte blanche » de Theodore Roosevelt fait le tour du monde. Après 1945, l'US Navy se déploie dans tous les océans grâce à un réseau de bases et de flottes permanentes (6e flotte à Naples, 7e au Japon, 5e à Bahreïn) : ce sont les « points de sécurité » de Mahan. Ses onze porte-avions nucléaires projettent la puissance loin du territoire, comme pendant la guerre du Golfe (1991). La protection des routes reste centrale : depuis novembre 2023, face aux attaques des Houthis près du détroit de Bab el-Mandeb, les États-Unis organisent une opération navale pour sécuriser la navigation. Plus de 80 % du commerce mondial en volume passe par la mer, ce qui confirme l'intuition de Mahan.

4. Mahan pense en officier de la marine à voiles et à vapeur : il ne pouvait prévoir ni le sous-marin nucléaire, ni la dissuasion. Or depuis 1960, avec l'USS George Washington, l'océan sert aussi à cacher des missiles nucléaires : il n'est plus seulement une route, mais un sanctuaire, ce qui dépasse sa logique commerciale. Il ne pouvait pas non plus imaginer que des moyens peu coûteux menaceraient les grands navires : missiles antinavires, drones navals ukrainiens qui frappent la flotte russe depuis 2022, groupes armés non étatiques. Son point de vue est enfin engagé : c'est un plaidoyer pour la flotte de son propre pays, qui généralise à partir d'un seul exemple, britannique. Le Britannique Julian Corbett le nuance dès 1911 : la maîtrise des mers n'est jamais absolue, et la guerre se décide d'abord à terre.

Ce que cette analyse apprend — Confronter un texte théorique ancien à des situations postérieures : montrer ce qu'il éclaire, puis ce qu'il ne pouvait pas prévoir.

Bloqué sur ce chapitre ?

Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.

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