Le préjugé est un jugement adopté avant examen, souvent hérité et affectivement investi. « Suffit-il » demande si la connaissance du vrai est une condition non seulement nécessaire, mais entière, de sa disparition.
La vérité connue efface-t-elle par elle-même les préjugés, ou ceux-ci tiennent-ils à autre chose qu'à un manque de savoir ?
Le plan en trois parties
Le préjugé n'est qu'une ignorance, que le savoir dissipe
- Il faut se défaire une fois pour toutes des opinions reçues avant de rien recevoir pour vrai.Descartes, Discours de la méthode, II
- L'esprit préscientifique tient ses images pour des explications : la connaissance les dissipe.Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique
- Comprendre les causes réelles délivre des jugements formés par l'imagination.Spinoza, Éthique
Mais le préjugé résiste à sa réfutation
- Il n'est pas une lacune mais un obstacle actif : on ne connaît que contre une connaissance antérieure.Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique
- Il exprime des intérêts et des affects, qui survivent à la réfutation intellectuelle.Nietzsche, Généalogie de la morale
- Il est un fait social, soutenu par un groupe : le réfuter individuellement ne le supprime pas.Durkheim, Les Règles de la méthode sociologique
Il faut moins connaître des vérités qu'acquérir une méthode
- Ce qui protège du préjugé, c'est l'habitude de chercher ce qui pourrait réfuter ce que l'on croit.Popper, Conjectures et réfutations
- Le savant s'astreint à séparer ce qu'il souhaite de ce qu'il établit : c'est une discipline, pas une information.Weber, Le Savant et le Politique
- La science elle-même a porté des préjugés : seule la vigilance critique, et non la possession de résultats, en garde.Canguilhem, Idéologie et rationalité
Enseigne-t-on davantage l'esprit critique en donnant des réponses ou en apprenant à évaluer les preuves ?