La loi est une règle positive, écrite, en vigueur ; le juste est ce qui doit être. Connaître la loi relève d'un savoir de fait, savoir ce qui est juste suppose un jugement de valeur : le sujet met en tension deux ordres de connaissance.
La connaissance des règles en vigueur épuise-t-elle la question du juste, ou celle-ci exige-t-elle un type de savoir que la description des faits ne peut fournir ?
Le plan en trois parties
Connaître la loi, c'est déjà savoir ce qui est juste dans une société
- Le droit peut s'étudier comme un fait social, objectivement, selon ses causes et ses fonctions.Durkheim, Les Règles de la méthode sociologique
- La loi commune arrache à l'arbitraire des jugements particuliers et donne une règle publique.Spinoza, Traité théologico-politique
- Un savoir descriptif du droit permet de prévoir les conduites et les sanctions, comme une science des faits.Comte, Cours de philosophie positive
Mais le légal n'est pas le légitime
- Des lois ont été en vigueur sans être justes : leur connaissance ne fournit aucun critère d'évaluation.Canguilhem, Idéologie et rationalité
- Aucune description de ce qui est ne donne ce qui doit être : les valeurs ne se déduisent pas des faits.Weber, Le Savant et le Politique
- Juger une règle suppose de sortir du savoir des phénomènes pour entrer dans l'ordre de la loi morale.Kant, Critique de la raison pure
Le juste exige un savoir d'un autre ordre : comprendre et délibérer
- Comprendre le sens qu'une règle a pour ceux qui la vivent ne relève pas de l'explication causale.Dilthey, Introduction aux sciences de l'esprit
- Le juste se détermine par une discussion argumentée, et non par une expertise.Habermas, Connaissance et intérêt
- Une norme n'est jamais un pur fait : il faut interroger ce qu'elle institue comme normal.Canguilhem, Le Normal et le Pathologique
Peut-on enseigner le sens de la justice comme on enseigne le droit ?