La connaissance de l'histoire est un savoir sur des faits singuliers et révolus ; l'action présente exige au contraire de décider dans l'inédit. Le sujet interroge donc la possibilité d'une science du passé qui serve de guide.
Un savoir portant sur ce qui ne se reproduit pas peut-il fournir des règles à l'action, ou seulement une lucidité sur les conditions où nous agissons ?
Le plan en trois parties
L'histoire semble inutile car elle ne se répète pas
- La science cherche des lois universelles ; le fait historique est singulier et non reproductible.Aristote, Poétique
- Rien ne garantit que ce qui a eu lieu aura lieu encore : l'induction historique est plus fragile encore que l'autre.Hume, Enquête sur l'entendement humain
- Un savoir qui ne permet aucune prévision ne sert pas à l'action, selon le critère positif.Comte, Cours de philosophie positive
Pourtant l'histoire est un savoir, et il éclaire l'action
- Les faits sociaux se laissent étudier objectivement : l'histoire n'est pas un récit arbitraire.Durkheim, Les Règles de la méthode sociologique
- Elle comprend des significations plutôt qu'elle n'établit des lois, et cette compréhension oriente le jugement.Dilthey, Introduction aux sciences de l'esprit
- Connaître la genèse d'une idée ou d'une institution, c'est cesser de la croire naturelle.Nietzsche, Généalogie de la morale
Elle est utile non comme recette, mais comme formation du jugement
- L'histoire des sciences elle-même enseigne comment on se trompe et comment on rectifie.Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique
- Elle apprend à distinguer ce qu'on peut établir de ce qu'on souhaite, ce qui est la condition d'une action responsable.Weber, Le Savant et le Politique
- Elle donne la mesure des conséquences lointaines de nos actes, ce que l'urgence technique fait oublier.Jonas, Le Principe responsabilité
Faut-il craindre davantage une politique sans mémoire, ou une politique qui croit lire l'avenir dans le passé ?