Croire, c'est adhérer sans preuve suffisante ; savoir, c'est adhérer pour des raisons. L'opposition paraît nette, mais l'activité scientifique suppose des adhésions non prouvées : confiance dans les instruments, dans les pairs, dans l'ordre de la nature.
Le savoir exclut-il toute croyance, ou repose-t-il sur des croyances qu'il ne peut ni prouver ni supprimer ?
Le plan en trois parties
Savoir s'oppose bien à croire
- Le savoir démontre ses énoncés ; la croyance se contente d'affirmer.Aristote, Seconds Analytiques
- La méthode commence par refuser tout ce qui n'est pas évident, c'est-à-dire par suspendre ses croyances.Descartes, Discours de la méthode
- L'esprit scientifique se constitue contre l'opinion, qui croit savoir sans avoir cherché.Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique
Mais le savoir suppose des croyances qu'il ne prouve pas
- La croyance en l'uniformité de la nature, qui fonde l'induction, n'est pas démontrable.Hume, Enquête sur l'entendement humain
- Les principes premiers ne se démontrent pas : ils sont admis, et c'est sur eux que tout repose.Pascal, De l'esprit géométrique
- Le savant croit ses instruments, ses pairs et ses sources : aucune science ne se refait seule depuis zéro.Latour, La Vie de laboratoire
Il ne s'agit pas de ne rien croire, mais de croire autrement
- Le savant tient ses théories pour vraies tout en les sachant provisoires : une adhésion révisable.Claude Bernard, Introduction à l'étude de la médecine expérimentale
- Ce qui distingue l'adhésion scientifique, c'est qu'elle indique par avance ce qui la ferait abandonner.Popper, Conjectures et réfutations
- Croire au cadre dans lequel on travaille est même nécessaire pour que la recherche avance.Kuhn, La Structure des révolutions scientifiques
Une croyance qui accepte par avance les conditions de son abandon est-elle encore une croyance ?