L'inconscient désigne ce qui, en nous, agit sans être présent à la conscience. Le sujet met en jeu les conditions de la connaissance : un objet qui n'est jamais donné directement peut-il être connu autrement que par ses effets ?
L'inaccessibilité directe de l'inconscient l'exclut-elle du champ du savoir, ou la science procède-t-elle précisément en connaissant l'invisible par ses effets ?
Le plan en trois parties
Un objet inobservable semble inconnaissable
- L'évidence de la conscience fonde le savoir : ce qui n'est pas pensé clairement ne peut être affirmé.Descartes, Méditations métaphysiques
- Une hypothèse qui ne peut être démentie par aucun fait n'est pas scientifique.Popper, Conjectures et réfutations
- Ce qui excède les conditions de l'expérience possible n'est pas objet de connaissance.Kant, Critique de la raison pure
Pourtant la science connaît couramment ce qu'elle n'observe pas directement
- L'hypothèse est légitime si elle rend compte des faits et se laisse éprouver : c'est le régime ordinaire des théories.Claude Bernard, Introduction à l'étude de la médecine expérimentale
- Le fait scientifique n'est jamais donné mais construit : l'atome non plus ne se voyait pas.Bachelard, Le Nouvel Esprit scientifique
- L'inconscient se connaît par ses effets réglés : rêves, lapsus, symptômes, et par leur interprétation méthodique.Freud, Nouvelles conférences sur la psychanalyse
Il se connaît, mais selon un autre régime de savoir
- L'interprétation vise un sens, elle relève de la compréhension et non de l'explication causale.Dilthey, Introduction aux sciences de l'esprit
- Exiger du psychisme les critères de la physique serait imposer une norme étrangère à l'objet.Canguilhem, Le Normal et le Pathologique
- Le désaccord sur son statut montre qu'on ne juge pas une discipline hors de l'histoire de ses problèmes.Kuhn, La Structure des révolutions scientifiques
Connaître l'inconscient par ses effets, est-ce le connaître, ou seulement apprendre à en parler ?