Avoir raison, c'est soutenir une thèse conforme au vrai ; le savoir suppose de disposer d'un critère pour en juger. La difficulté tient à la première personne : je serais ici juge et partie dans ma propre cause.
Puis-je disposer, seul, d'un critère de ma propre vérité, ou la reconnaissance de mes raisons suppose-t-elle nécessairement le détour par autrui ?
Le plan en trois parties
Oui : l'évidence est un critère intérieur
- Ce qui se présente clairement et distinctement à l'esprit ne peut être faux : le sujet trouve en lui la règle du vrai.Descartes, Méditations métaphysiques
- Qui a une idée vraie sait qu'il l'a : la vérité se manifeste elle-même sans critère extérieur.Spinoza, Éthique, II
- La déduction bien conduite garantit le passage du vrai au vrai, indépendamment de l'assentiment d'autrui.Descartes, Discours de la méthode
Non : le sentiment de certitude n'est pas une preuve
- Nos certitudes les plus vives ne sont souvent que des habitudes que rien ne fonde en raison.Hume, Enquête sur l'entendement humain
- Nous cherchons spontanément ce qui confirme nos thèses : l'esprit préscientifique est un esprit satisfait.Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique
- Nos jugements sont pris dans des perspectives et des intérêts que nous ne dominons pas.Nietzsche, Généalogie de la morale
Je peux savoir que j'ai raison en exposant mes raisons à l'épreuve
- Je ne prouve pas ma thèse en l'aimant, mais en indiquant ce qui pourrait la réfuter et en constatant que cela ne se produit pas.Popper, Conjectures et réfutations
- La méthode expérimentale organise la contradiction : le savant se met lui-même en position d'être démenti par les faits.Claude Bernard, Introduction à l'étude de la médecine expérimentale
- Le contrôle par les pairs et la reproductibilité substituent au sentiment individuel une objectivité construite.Latour, La Vie de laboratoire
Accepter d'avoir tort est-il une opération intellectuelle ou d'abord une vertu morale ?