Le savoir est universel par nature : une démonstration vaut pour tout esprit, sans considération de rang. Mais son accès, sa production et son usage sont distribués très inégalement, et le savoir fonde aussi des hiérarchies d'expertise.
L'universalité de droit du savoir suffit-elle à produire l'égalité de fait, ou la connaissance engendre-t-elle ses propres formes de domination ?
Le plan en trois parties
Le savoir égalise parce qu'il est universel
- Une démonstration contraint tout esprit de la même manière : devant elle, l'autorité sociale ne pèse rien.Aristote, Seconds Analytiques
- Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée : la méthode est accessible à quiconque veut bien la suivre.Descartes, Discours de la méthode, I
- La science moderne a détruit les hiérarchies cosmiques en posant un univers homogène, sans lieux nobles ni vils.Koyré, Du monde clos à l'univers infini
Mais le savoir est aussi un pouvoir inégalement réparti
- Savoir, c'est pouvoir : celui qui connaît les lois commande aux choses, et par là souvent aux hommes.Bacon, Novum Organum
- La production du savoir suppose des laboratoires, des instruments et des financements : elle n'est pas également accessible.Latour, La Vie de laboratoire
- Des savoirs prétendus ont servi à justifier des hiérarchies : l'idéologie scientifique déguise le préjugé en fait.Canguilhem, Idéologie et rationalité
Le savoir n'égalise que s'il est partagé et discuté
- Il n'égalise que devenu culture commune, et non monopole d'experts.Lévy-Leblond, La Pierre de touche
- L'égalité tient moins à la possession du savoir qu'au droit reconnu à chacun de demander des raisons.Popper, Conjectures et réfutations
- L'expert n'est pas légitime à décider des fins : la connaissance informe la délibération, elle ne la remplace pas.Weber, Le Savant et le Politique
Quand une découverte devient un brevet, à qui appartient encore le savoir ?