Le besoin de vérité n'est pas seulement une exigence logique : il enveloppe une demande de sens, de certitude et d'orientation dans l'existence. Le sujet suppose donc un écart possible entre ce que la science établit et ce que nous attendons du vrai.
La vérité que la science produit — partielle, révisable, impersonnelle — est-elle de la même nature que celle dont l'homme a besoin ?
Le plan en trois parties
La science est la seule instance qui produise des vérités contrôlables
- Elle donne des énoncés universels et démontrés, là où la croyance ne donne que des convictions.Aristote, Seconds Analytiques
- Elle a arraché la pensée aux mythes et aux explications théologiques par la méthode positive.Comte, Cours de philosophie positive
- Elle libère par la compréhension des causes : connaître, c'est cesser de subir l'imagination.Spinoza, Éthique
Mais ses vérités sont partielles et révisables
- Ses théories ne sont jamais définitives : elle offre du vrai provisoire à un besoin qui réclame de l'absolu.Claude Bernard, Introduction à l'étude de la médecine expérimentale
- Elle connaît des phénomènes, non les choses en soi : les questions dernières lui échappent par construction.Kant, Critique de la raison pure
- Quand tout serait expliqué, les problèmes vitaux n'auraient même pas été effleurés.Wittgenstein, Tractatus logico-philosophicus
Il faut alors réformer le besoin plutôt que d'accuser la science
- Attendre de la science une consolation, c'est demander une réponse à une question mal posée : elle donne des faits, pas des valeurs.Weber, Le Savant et le Politique
- La réduction du vrai aux seuls faits laisse sans réponse la question du sens de l'existence : d'où la crise moderne.Husserl, La Crise des sciences européennes
- Une vérité qui se sait révisable éduque le désir de vérité au lieu de le combler : la rectification devient une valeur.Bachelard, Le Nouvel Esprit scientifique
Un besoin de vérité que rien ne pourrait décevoir serait-il encore un besoin de vérité, ou déjà un besoin de croire ?