Être au service de suppose une subordination : la science serait un moyen au regard d'une fin, la liberté. Or la liberté peut désigner l'autonomie du jugement ou le pouvoir d'agir sur le monde, et la science ne les sert pas de la même manière.
La science accroît-elle notre liberté, ou la puissance qu'elle procure engendre-t-elle de nouvelles dépendances ?
Le plan en trois parties
Elle libère l'esprit et augmente notre pouvoir
- Elle affranchit de la peur et des explications magiques en substituant les lois aux volontés occultes.Comte, Cours de philosophie positive
- Connaître par les causes délivre des passions tristes nées de l'ignorance.Spinoza, Éthique
- Elle donne prise sur la nature : la maîtrise technique est un accroissement effectif de nos possibles.Bacon, Novum Organum
Mais elle produit aussi de nouvelles servitudes
- La nature n'est plus qu'un fonds disponible et l'homme lui-même finit sommé de se rendre calculable.Heidegger, La Question de la technique
- La puissance acquise engage irréversiblement l'avenir : elle commande davantage qu'elle ne libère.Jonas, Le Principe responsabilité
- Une société qui délègue ses choix aux experts remplace la délibération par la contrainte technique.Habermas, La Technique et la Science comme idéologie
La science n'est au service de la liberté que si la liberté en décide
- La science établit des faits, elle ne fixe pas les fins : c'est à la délibération politique de les poser.Weber, Le Savant et le Politique
- Elle ne libère l'esprit que devenue culture partagée, et non savoir réservé.Lévy-Leblond, La Pierre de touche
- L'esprit scientifique est en lui-même une école de liberté : il apprend à tenir ses certitudes pour révisables.Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique
Une société peut-elle rester libre si elle ne comprend plus les techniques dont elle dépend ?