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Matrice inverse et systèmes

Matrice inversible et propriétés de l’inverse, déterminant et inverse d’une matrice 2 × 2, inverse d’une matrice d’ordre 3 par le pivot, écriture matricielle AX = B et résolution des systèmes linéaires, y compris sans solution ou avec une infinité de solutions.

À propos de cette page
Ce cours de maths expertes sur la matrice inverse suit cinq parties : matrice inversible et propriétés de l’inverse (unicité, (AB)⁻¹ = B⁻¹A⁻¹, inverse par une relation), déterminant et formule de l’inverse d’une matrice 2 × 2 démontrée, méthode du pivot de Gauss-Jordan pour une matrice d’ordre 3, écriture AX = B et solution X = A⁻¹B, systèmes sans solution ou à une infinité de solutions.
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Matrice inversible : définition et propriétés

Ce qu’il faut savoir

Définition. Une matrice carrée A d’ordre n est inversible s’il existe une matrice carrée B d’ordre n telle que AB=BA=In. Cette matrice B est alors unique : c’est l’inverse de A, notée A−1. Seule une matrice carrée peut être inversible.

Unicité (démonstration). Si B et C vérifient toutes deux AB=BA=In et AC=CA=In, alors, par associativité, B=BIn=B(AC)=(BA)C=InC=C.

Un seul produit suffit (résultat admis). Pour deux matrices carrées de même ordre, si AB=In, alors BA=In aussi : A est inversible et A−1=B.

Propriétés. Soient A et B inversibles d’ordre n et k un réel non nul.

  • A−1 est inversible et (A−1)−1=A ;
  • kA est inversible et (kA)−1=1kA−1 ;
  • AB est inversible et (AB)−1=B−1A−1 : l’ordre s’inverse, car (AB)(B−1A−1) =A(BB−1)A−1 =AA−1 =In.

Simplifier. Si A est inversible, AM=AN entraîne M=N (on multiplie les deux membres à gauche par A−1), et MA=NA entraîne M=N (à droite). Conséquence : s’il existe B≠O telle que AB=O, alors A n’est pas inversible.

Inverse par une relation. Si A2+pA+qIn=O avec q≠0, alors A(A+pIn)=−qIn, donc A×(−1q(A+pIn)) =In : A est inversible et A−1=−1q(A+pIn).

Exemples

Vérifier un inverse. Soient A =(3−1−52) et B =(2153). Ligne 1 de AB : 3×2+(−1)×5=1 et 3×1+(−1)×3=0. Ligne 2 : (−5)×2+2×5=0 et (−5)×1+2×3=1. Donc AB=I2 : A est inversible et A−1=B.

Une matrice non nulle qui n’est pas inversible. Soient P =(1224) et Q =(2−4−12). On calcule PQ =(0000) =O. Si P était inversible, en multipliant à gauche par P−1 on obtiendrait Q=P−1O=O, ce qui est faux. Donc P n’est pas inversible, bien que P≠O.

Inverse par une relation. Soit A =(1230). On calcule A2 =(7236), donc A2−A =(6006) =6I2. Comme A2−A=A(A−I2), on obtient A×16(A−I2)=I2.

Donc A est inversible et A−1 =16(A−I2) =16(023−1).

Réflexe — Pour prouver que B est l’inverse de la matrice carrée A, je calcule un seul produit, AB, et je trouve In. Pour prouver que A n’est pas inversible, je cherche une matrice B≠O telle que AB=O.

Attention — A−1 ne se lit pas « 1 sur A » : la division de matrices n’existe pas. (AB)−1=B−1A−1, et non A−1B−1. Une matrice non nulle peut très bien ne pas être inversible.

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Déterminant et inverse d’une matrice 2 × 2

Ce qu’il faut savoir

Déterminant. Pour A =(abcd), le déterminant de A est le nombre det(A)=ad−bc : produit des coefficients de la diagonale principale, moins produit des deux autres.

Théorème. A est inversible si et seulement si det(A)≠0, et dans ce cas

A−1=1ad−bc(d−b−ca).

On échange les deux coefficients de la diagonale principale, on change le signe des deux autres, on divise par le déterminant.

Démonstration. On pose A~ =(d−b−ca). Le produit donne AA~ =(ad−bc−ab+bacd−dc−cb+da), c’est-à-dire AA~=(ad−bc)I2 ; de même A~A=(ad−bc)I2.

  • Si ad−bc≠0 : A×1ad−bcA~ =I2, donc A est inversible, d’inverse 1ad−bcA~.
  • Si ad−bc=0 : AA~=O. Si A était inversible, on aurait A~=A−1O=O, donc a=b=c=d=0 et A=O, qui n’est pas inversible : contradiction.

Lecture. det(A)=0 exactement quand les deux lignes de A (ou ses deux colonnes) sont proportionnelles. Une matrice diagonale (a00d) avec a≠0 et d≠0 a pour inverse (1a001d).

Exemples

Un inverse à coefficients entiers. Soit A =(3512). det(A)=3×2−5×1=1, et 1≠0, donc A est inversible et A−1 =(2−5−13).

Contrôle, ligne 1 de AA−1 : 3×2+5×(−1)=1 et 3×(−5)+5×3=0.

Un inverse avec des fractions. Soit E =(2348). det(E) =2×8−3×4 =4≠0, donc E−1 =14(8−3−42) =(2−34−112).

Une matrice non inversible. Soit N =(−254−10). det(N) =(−2)×(−10)−5×4 =0 : N n’est pas inversible. On le voit sur les lignes : la deuxième vaut −2 fois la première.

Réflexe — Je calcule det(A) en premier et j’écris « det(A)≠0, donc A est inversible ». J’applique la formule, puis je contrôle un coefficient de AA−1.

Attention — det(A)=ad−bc, avec un moins. On n’échange pas b et c : on change seulement leur signe. Les nombres négatifs se mettent entre parenthèses : (−2)×(−10)=20.

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Inverser une matrice d’ordre 3 : la méthode du pivot

Ce qu’il faut savoir

Pas de formule à apprendre. Pour une matrice d’ordre 3, on obtient l’inverse par la méthode du pivot, par une relation matricielle (cas 1) ou à la calculatrice. Dans tous les cas, on peut contrôler le résultat : AB=I3.

Méthode du pivot de Gauss-Jordan. On écrit côte à côte A et I3, puis on applique les mêmes opérations aux lignes des deux tableaux jusqu’à transformer A en I3 : le tableau de droite est alors A−1. Opérations autorisées :

  • échanger deux lignes ;
  • multiplier une ligne par un réel non nul ;
  • ajouter à une ligne un multiple d’une autre ligne.

Quand le pivot s’arrête. Si une ligne de la partie gauche devient entièrement nulle, A n’est pas inversible. Une matrice triangulaire est inversible si et seulement si aucun de ses coefficients diagonaux n’est nul (résultat admis : le pivot se fait alors sans échange ni ligne nulle).

Un peu d’histoire. La méthode porte les noms de Carl Friedrich Gauss (1810) et du géodésien Wilhelm Jordan (1888), mais on la trouve déjà au huitième chapitre, « Fangcheng » (disposition rectangulaire), des Neuf Chapitres sur l’art mathématique, un ouvrage chinois vieux d’environ deux mille ans.

Exemples

Inverser C =(111021102). On part du tableau (C∣I3) :

(111100021010102001)

Zéros sous la diagonale : L3←L3−L1 donne (0  −1  1∣−1  0  1), puis L3←2L3+L2 donne (0  0  3∣−2  1  2) :

(111100021010003−212)

Aucune ligne nulle à gauche : C est inversible. On divise L3 par 3, puis L2←12(L2−L3), enfin L1←L1−L2−L3 :

(10043−23−130101313−13001−231323)

Donc C−1 =13(4−2−111−1−212). Contrôle : ligne 1 de C contre colonne 1 de C−1, 13(4+1−2)=1.

Une ligne nulle. Pour G =(121011132), la troisième ligne est la somme des deux premières : L3←L3−L1−L2 donne une ligne nulle à gauche. G n’est pas inversible.

Réflexe — Je fais d’abord des zéros sous la diagonale, colonne après colonne, puis des 1 sur la diagonale, puis des zéros au-dessus. J’écris chaque opération (L3←L3−L1) et je vérifie une ligne de AA−1 à la fin.

Attention — Chaque opération s’applique aux deux tableaux à la fois. On ne travaille que sur les lignes, jamais sur les colonnes, et on ne multiplie jamais une ligne par 0.

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Écriture AX = B et résolution d’un système

Ce qu’il faut savoir

Écriture matricielle. Un système linéaire de n équations à n inconnues s’écrit AX=B, où A est la matrice carrée des coefficients (une ligne par équation, une colonne par inconnue), X la matrice colonne des inconnues et B la matrice colonne des seconds membres. Une inconnue absente d’une équation a pour coefficient 0.

Théorème. Si A est inversible, le système AX=B admet une unique solution : X=A−1B.

Démonstration. Si AX=B, on multiplie à gauche par A−1 : A−1(AX)=A−1B, donc (A−1A)X=A−1B, soit X=A−1B. Réciproquement, A(A−1B)=(AA−1)B=B : cette colonne est bien solution.

Plusieurs seconds membres. Pour résoudre plusieurs systèmes de même matrice A, on calcule A−1 une seule fois ; chaque solution coûte ensuite un produit.

Équations matricielles. Si A est inversible : AY=C équivaut à Y=A−1C ; YA=C équivaut à Y=CA−1. Le côté de la multiplication est imposé par la place de A.

Exemples

Un système 2 × 2. {3x+5y=11x+2y=4 s’écrit AX=B avec A =(3512), X =(xy) et B =(114). Au cas 2, on a trouvé A−1 =(2−5−13), donc A est inversible et

X=A−1B=(2×11−5×4−11+3×4)=(21).

Le système admet pour unique solution le couple (2;1). Contrôle dans la deuxième équation : 2+2×1=4.

Un système 3 × 3. {x+y+z=42y+z=1x+2z=8 a pour matrice C =(111021102) (le coefficient de x est nul dans la deuxième équation, celui de y dans la troisième), inversée au cas 3. Donc

X=C−1(418)=13(16−2−84+1−8−8+1+16)=(2−13).

Unique solution : le triplet (2;−1;3). Contrôle dans la troisième équation : 2+2×3=8.

Réflexe — Je range les inconnues dans le même ordre, j’écris A, X, B, je justifie que A est inversible, je calcule X=A−1B (produit à gauche) et je vérifie dans une équation. Je conclus par une phrase : « le système admet pour unique solution le couple… ».

Attention — De AX=B on tire X=A−1B, jamais X=BA−1 : avec B de format n×1, ce produit n’existe même pas. Et seul un système carré (autant d’équations que d’inconnues) s’écrit avec une matrice qui peut être inversible.

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Matrice non inversible : aucune solution ou une infinité

Ce qu’il faut savoir

Trois cas, et trois seulement. Pour un système AX=B de n équations à n inconnues :

  • A inversible : une unique solution, X=A−1B ;
  • A non inversible et équations incompatibles : aucune solution ;
  • A non inversible et équations compatibles : une infinité de solutions.

Jamais exactement deux solutions (démonstration). Si X1 et X2 sont deux solutions distinctes, alors pour tout réel t : A(X1+t(X2−X1)) =AX1+t(AX2−AX1) =B+t(B−B) =B. Les colonnes X1+t(X2−X1) sont toutes solutions, et elles sont deux à deux distinctes : il y en a une infinité.

Méthode quand A n’est pas inversible. On repère la combinaison de lignes qui « s’annule » (une ligne multiple d’une autre, ou somme des autres) et on l’applique aux seconds membres. Égalité fausse : aucune solution. Égalité vraie : une équation est de trop ; on pose une inconnue égale à t et on exprime les autres en fonction de t.

Interprétation graphique (2 × 2). Chaque équation est celle d’une droite. Déterminant non nul : droites sécantes, un point commun. Déterminant nul : droites strictement parallèles (aucune solution) ou confondues (une infinité).

Exemples

Aucune solution. {2x−3y=4−4x+6y=1 det(A) =2×6−(−3)×(−4) =0. En multipliant la première équation par −2 : −4x+6y=−8. Le système imposerait −8=1 : il n’a aucune solution (droites strictement parallèles).

Une infinité de solutions. {2x−3y=4−4x+6y=−8 Même matrice, mais la seconde équation est exactement −2 fois la première : le système se réduit à 2x−3y=4. En posant y=t, t∈ℝ, on obtient x=4+3t2. Les solutions sont les couples (4+3t2;t), t décrivant ℝ (droites confondues). Pour t=0, on trouve (2;0) ; pour t=2, (5;2).

Réflexe — Déterminant nul : j’écris « A n’est pas inversible, le système n’a pas une unique solution », puis je reviens aux équations pour trancher entre aucune solution et une infinité.

Attention — Un déterminant nul ne veut pas dire « pas de solution » : il exclut seulement le cas de l’unique solution. Et pour une infinité de solutions, on décrit toutes les solutions avec le paramètre t, pas un seul exemple.

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Pour aller plus loin

Les opérations sur les matrices (produit, puissances, matrice identité) sont dans le chapitre Définition et opérations.

Suites de matrices. Pour une suite Un+1=AUn+C, l’état stable est la colonne S telle que S=AS+C, soit (In−A)S=C : c’est un système, résolu avec l’inverse de In−A. Voir le chapitre Suites de matrices.

Chaînes de Markov. Une distribution invariante π=πP se trouve aussi en résolvant un système linéaire : chapitre Graphes probabilistes et chaînes de Markov.

Pour aller plus loin (hors programme de maths expertes). Le déterminant se définit pour toute matrice carrée, et une matrice carrée est inversible si et seulement si son déterminant n’est pas nul. Au lycée, seul le déterminant d’une matrice 2 × 2 est utilisé.

À retenir
  • A carrée est inversible s’il existe B telle que AB=BA=In ; pour deux matrices carrées, AB=In suffit ; (AB)−1=B−1A−1.
  • Pour A =(abcd) : det(A)=ad−bc ; A inversible si et seulement si det(A)≠0, et A−1 =1ad−bc(d−b−ca).
  • Ordre 3 : pivot de Gauss-Jordan sur (A∣I3) ; une ligne nulle à gauche signifie que A n’est pas inversible.
  • Un système carré s’écrit AX=B ; si A est inversible, l’unique solution est X=A−1B (produit à gauche).
  • Si A n’est pas inversible : aucune solution ou une infinité, jamais exactement deux ; on tranche en combinant les équations.

Questions fréquentes

Qu’est-ce qu’une matrice inversible ?

Une matrice carrée A d’ordre n est inversible s’il existe une matrice carrée B d’ordre n telle que AB = BA = Iₙ. Cette matrice est unique, c’est l’inverse A⁻¹. Pour deux matrices carrées de même ordre, vérifier AB = Iₙ suffit. Et l’ordre s’inverse : (AB)⁻¹ = B⁻¹A⁻¹.

Comment calculer l’inverse d’une matrice 2 × 2 ?

Pour A = [a b ; c d], on calcule le déterminant det(A) = ad − bc. Si det(A) ≠ 0, A est inversible et A⁻¹ = (1/(ad − bc)) × [d −b ; −c a] : on échange les coefficients de la diagonale principale, on change le signe des deux autres et on divise par le déterminant. Si det(A) = 0, A n’est pas inversible.

Comment inverser une matrice 3 × 3 ?

On utilise la méthode du pivot de Gauss-Jordan : on écrit A à côté de I₃ et on applique les mêmes opérations sur les lignes des deux tableaux jusqu’à obtenir I₃ à gauche ; le tableau de droite est alors A⁻¹. Si une ligne de gauche devient nulle, A n’est pas inversible. On contrôle toujours le résultat avec AA⁻¹ = I₃.

Comment résoudre un système avec une matrice inverse ?

On écrit le système sous la forme AX = B (une ligne de A par équation, une colonne par inconnue). Si A est inversible, le système a une unique solution X = A⁻¹B, en multipliant à gauche par A⁻¹. On vérifie la solution dans une équation.

Que se passe-t-il si le déterminant est nul ?

La matrice n’est pas inversible et le système n’a pas une unique solution : il n’en a aucune ou il en a une infinité, jamais exactement deux. On combine les équations comme les lignes de la matrice : si les seconds membres se contredisent, aucune solution ; sinon, on pose une inconnue égale à t et on décrit l’infinité de solutions.

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