La France : les dynamiques différenciées des territoires transfrontaliers
Travailleurs frontaliers, eurorégions, Interreg, Grand Est, Genève, Lille-Kortrijk, coopérations et asymétries (programme de géographie de Tle)
À propos de cette page
Ce cours d' en terminale sur « La France : les dynamiques différenciées des territoires transfrontaliers » suit le programme officiel d' de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Des frontières aux territoires transfrontaliers, Les flux : travailleurs frontaliers et bassins de vie, Coopérer de part et d'autre : acteurs et outils, Le Nord et le Nord-Est : l'intégration la plus poussée. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en .
4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.
Document 1 — Les travailleurs frontaliers résidant en France
Facile
Tableau statistique · Ordres de grandeur arrondis d'après l'Office fédéral de la statistique suisse (statistique des frontaliers, 2024), le STATEC et l'IGSS du Luxembourg (2024), l'INSEE (recensement de la population, 2020) et les barèmes officiels de salaire minimum au 1er janvier 2024.
Le tableau rassemble des ordres de grandeur publiés par les instituts statistiques de plusieurs pays au milieu des années 2020, complétés par les salaires minimums légaux. Il sert à comparer l'ampleur des flux et les écarts qui les alimentent.
Pays de travail
Frontaliers résidant en France (arrondi)
Salaire minimum brut mensuel à temps plein (1er janvier 2024)
Principaux départements de résidence
Suisse
≈ 220 000
Pas de salaire minimum national ; à Genève, environ 24 francs suisses de l'heure
Analysez le document afin de montrer que les flux de travailleurs frontaliers révèlent des dynamiques différenciées selon les frontières françaises.
Présentez le document et identifiez les deux principaux pays de travail des frontaliers résidant en France.
Calculez la part de la Suisse et du Luxembourg dans l'ensemble des frontaliers.
Expliquez, à l'aide des salaires minimums, pourquoi ces flux vont surtout de la France vers ses voisins.
Montrez que ces flux transforment inégalement les territoires français frontaliers.
Voir la réponse rédigée
1. Ce tableau statistique rassemble des ordres de grandeur arrondis, établis d'après les instituts statistiques suisse (OFS), luxembourgeois (STATEC, IGSS) et français (INSEE), ainsi que les barèmes officiels de salaire minimum au 1er janvier 2024. Il mesure le nombre de personnes qui résident en France et travaillent dans un pays voisin. Deux destinations dominent nettement : la Suisse, avec environ 220 000 frontaliers, et le Luxembourg, avec environ 120 000.
2. La Suisse et le Luxembourg totalisent environ 340 000 frontaliers sur 460 000, soit 340 000 / 460 000 ≈ 0,74. Près des trois quarts des frontaliers résidant en France travaillent donc dans ces deux pays, alors qu'ils ne représentent qu'une petite partie du linéaire frontalier français. Les flux sont très concentrés sur quelques segments : l'arc jurassien et lémanique, le nord de la Lorraine.
3. Les flux suivent les écarts de salaire. Le salaire minimum luxembourgeois (≈ 2 570 €) dépasse le SMIC (1 766,92 €) d'environ 45 % (2 570 / 1 767 ≈ 1,45). À Genève, un salaire minimum d'environ 24 francs suisses de l'heure représente plus de 4 000 francs par mois à temps plein, et les salaires médians suisses sont bien plus élevés encore. L'écart est plus faible avec l'Allemagne (≈ + 22 %) et la Belgique (≈ + 13 %), ce qui contribue à expliquer des flux trois fois moindres qu'au Luxembourg. Le cas de Monaco montre que le salaire n'explique pas tout : l'écart y est faible (+ 5 %), mais la principauté offre beaucoup d'emplois sur un territoire minuscule, où les actifs ne peuvent pas se loger. Dans l'autre sens, les voisins ont peu de raisons de venir travailler en France : le flux est à sens unique.
4. Les départements de résidence cités sont presque tous situés au Nord-Est et autour du Léman : Haute-Savoie, Ain, Moselle, Meurthe-et-Moselle. Ces territoires connaissent une croissance démographique rapide, une hausse des prix du logement et une saturation des routes (A31 vers Luxembourg). Ils deviennent des espaces résidentiels dépendants d'un pôle d'emploi étranger, et leurs hôpitaux peinent à garder leur personnel. Les retombées fiscales diffèrent : Genève reverse une compensation aux départements français depuis 1973, pas le Luxembourg. À l'inverse, les frontières avec l'Espagne, l'Italie et Andorre ne comptent que quelques milliers de frontaliers : l'intégration par le travail y est faible et la coopération passe par des projets (hôpital de Cerdagne, programme Alcotra). Le tableau fait ainsi apparaître des dynamiques très différenciées selon les frontières.
Ce que cette analyse apprend — Un tableau chiffré s'analyse en calculant (part, écart en %) puis en reliant chaque chiffre à un territoire précis et à une explication.
Document 2 — Le Léman Express, réseau ferroviaire du Grand Genève
Moyen
Carte (plan de réseau ferroviaire) · Carte simplifiée construite pour l'exercice d'après le plan du réseau Léman Express publié par Lemanis SA, filiale commune des CFF et de SNCF Voyageurs, décembre 2019.
Le Léman Express est exploité depuis décembre 2019 par Lemanis, société commune aux chemins de fer suisses et français ; la liaison CEVA, prévue dès une convention de 1912, a été construite entre 2011 et 2019. Le plan s'adresse aux usagers d'une agglomération d'environ un million d'habitants partagée entre deux États.
Description de la carte. Le fond représente le Léman au nord, le Salève et la vallée de l'Arve au sud-est, le Jura à l'ouest. La frontière franco-suisse, en trait discontinu, entoure presque entièrement le canton de Genève.
Au centre, un tronçon commun à la plupart des lignes relie Coppet (canton de Vaud) à Genève-Cornavin, puis emprunte la liaison CEVA et ses gares nouvelles (Lancy-Pont-Rouge, Lancy-Bachet, Genève-Champel, Genève-Eaux-Vives, Chêne-Bourg) avant de franchir la frontière à Annemasse (Haute-Savoie).
À partir d'Annemasse, les lignes se séparent en territoire français : vers Thonon-les-Bains et Évian-les-Bains, au bord du Léman ; vers La Roche-sur-Foron puis Annecy, au sud ; vers Bonneville, Cluses et Saint-Gervais-les-Bains-Le Fayet, dans la vallée de l'Arve. Une autre ligne part de Genève vers l'ouest, par La Plaine, jusqu'à Bellegarde (Ain). Aucune ligne ne dessert le Pays de Gex, au nord-ouest.
Légende : six lignes de couleurs différentes ; points pour les 45 gares ; cercles plus larges pour les gares de correspondance (Genève-Cornavin, Annemasse, Annecy) ; environ 230 km de lignes ; mise en service le 15 décembre 2019.
Après avoir présenté le document, montrez ce qu'il révèle du fonctionnement du Grand Genève comme territoire transfrontalier et des limites de son intégration.
Présentez le document et localisez le territoire représenté.
Montrez que ce réseau relie un pôle d'emploi suisse à des espaces résidentiels français.
Expliquez en quoi ce projet illustre la coopération transfrontalière.
À partir du document et de vos connaissances, montrez les limites de cette intégration.
Voir la réponse rédigée
1. Il s'agit d'une carte simplifiée, construite d'après le plan officiel du Léman Express publié en décembre 2019 par Lemanis, filiale commune des CFF et de SNCF Voyageurs. Elle représente le Grand Genève : le canton de Genève, une partie du canton de Vaud (Coppet) et le Genevois français, c'est-à-dire des communes de l'Ain et de la Haute-Savoie. Le territoire s'organise autour de la pointe sud-ouest du Léman, entre Jura, Salève et vallée de l'Arve, de part et d'autre d'une frontière qui entoure presque tout le canton.
2. Le réseau a une forme en étoile : toutes les branches convergent vers le tronçon central Coppet-Genève-Annemasse, et donc vers Genève-Cornavin. Les branches desservent des villes françaises, Thonon-les-Bains, Évian-les-Bains, La Roche-sur-Foron, Annecy, Cluses, Saint-Gervais, Bellegarde, qui sont les lieux de résidence de nombreux actifs. Genève, pôle d'emploi international (organisations internationales, banques, commerce de matières premières, hôpitaux), accueille plus de 100 000 frontaliers. Le réseau épouse donc les navettes quotidiennes entre logements français et emplois suisses : c'est la marque d'un territoire polarisé.
3. Le projet est transfrontalier par sa conception, son financement et son exploitation. La liaison CEVA, imaginée dès une convention de 1912, a été financée côté suisse par la Confédération et le canton, côté français par l'État et les collectivités ; le réseau est exploité par une société commune aux deux compagnies nationales, avec une offre et une billettique unifiées de part et d'autre de la frontière. Il s'inscrit dans le projet d'agglomération du Grand Genève, organisé depuis 2013 en groupement local de coopération transfrontalière, outil permis par l'accord de Karlsruhe (1996). La frontière n'interrompt plus la ligne : elle devient une interface.
4. L'intégration reste inégale. D'abord, elle renforce l'asymétrie : en rapprochant les villes françaises de Genève, le train accentue leur fonction résidentielle et la hausse des prix du logement côté français. Ensuite, la carte montre des vides : le Pays de Gex, pourtant très peuplé de frontaliers, n'a pas de desserte ferroviaire vers Genève, et la voiture reste dominante, avec des bouchons aux points de passage. Enfin, les équipements publics (écoles, crèches, routes) sont à la charge des communes françaises, que la compensation genevoise de 1973 (3,5 % de la masse salariale des frontaliers) ne couvre qu'en partie, et les hôpitaux de Haute-Savoie perdent des soignants au profit de ceux de Genève. Le Léman Express illustre donc une intégration forte mais asymétrique.
Ce que cette analyse apprend — Une carte se lit par sa structure (centre, branches, vides) avant d'être interprétée : la forme du réseau révèle l'organisation du territoire.
Document 3 — Le traité d'Aix-la-Chapelle et la coopération transfrontalière franco-allemande
Moyen
Extrait de traité international · Traité entre la République française et la République fédérale d'Allemagne sur la coopération et l'intégration franco-allemandes, signé à Aix-la-Chapelle le 22 janvier 2019, chapitre 4, articles 13 à 15.
Le traité est signé par Emmanuel Macron et Angela Merkel le 22 janvier 2019, 56 ans jour pour jour après le traité de l'Élysée, et entre en vigueur le 22 janvier 2020. Il s'adresse aux deux États, mais concerne directement les collectivités et les habitants de la frontière rhénane et mosellane.
Chapitre 4 – Coopération régionale et transfrontalière
Article 13
(1) Les deux États reconnaissent l'importance que revêt la coopération transfrontalière entre la République française et la République fédérale d'Allemagne pour resserrer les liens entre les citoyens et les entreprises de part et d'autre de la frontière, notamment le rôle essentiel des collectivités territoriales et autres acteurs locaux à cet égard. Ils entendent faciliter l'élimination des obstacles dans les territoires frontaliers afin de mettre en œuvre des projets transfrontaliers et de faciliter la vie quotidienne des habitants de ces territoires.
(2) À cet effet, dans le respect des règles constitutionnelles respectives des deux États et dans les limites du droit de l'Union européenne, les deux États dotent les collectivités territoriales des territoires frontaliers et les entités transfrontalières comme les eurodistricts de compétences appropriées, de ressources dédiées et de procédures accélérées permettant de surmonter les obstacles à la réalisation de projets transfrontaliers, en particulier dans les domaines économique, social, environnemental, sanitaire, énergétique et des transports. Si aucun autre moyen ne leur permet de surmonter ces obstacles, des dispositions juridiques et administratives adaptées, notamment des dérogations, peuvent également être accordées. […]
Article 14
Les deux États instituent un comité de coopération transfrontalière comprenant des parties prenantes telles que l'État et les collectivités territoriales, les parlements et les entités transfrontalières comme les eurodistricts et, en cas de nécessité, les eurorégions concernées. […]
Article 15
Les deux États sont attachés à l'objectif du bilinguisme dans les territoires frontaliers et accordent leur soutien aux collectivités frontalières afin d'élaborer et de mettre en œuvre des stratégies appropriées.
Analysez ce document en montrant quels obstacles le traité veut lever, par quels moyens, et quelle est la portée de cette nouvelle étape pour les territoires transfrontaliers franco-allemands.
Présentez le document (nature, auteurs, date, contexte).
Relevez les obstacles que le traité veut lever et les domaines concernés.
Identifiez les acteurs et les outils prévus par le traité.
En quoi ce texte marque-t-il une étape nouvelle ? Quelles en sont les limites ?
Voir la réponse rédigée
1. Ce document est un extrait de traité bilatéral, le traité sur la coopération et l'intégration franco-allemandes, signé à Aix-la-Chapelle le 22 janvier 2019 par le président Emmanuel Macron et la chancelière Angela Merkel. La date est symbolique : elle célèbre les 56 ans du traité de l'Élysée (1963), qui avait scellé la réconciliation franco-allemande. Les articles 13 à 15 forment le chapitre 4, consacré à la « coopération régionale et transfrontalière ». Le texte engage les deux États, mais vise la vie quotidienne des habitants de la frontière, du Palatinat au sud de l'Alsace.
2. Le traité part d'un constat : malgré l'espace Schengen, la frontière reste une discontinuité juridique et administrative. Il veut « faciliter l'élimination des obstacles dans les territoires frontaliers », c'est-à-dire les différences de normes, de procédures et de compétences qui bloquent les projets communs. Les domaines cités sont larges : « économique, social, environnemental, sanitaire, énergétique et des transports ». On pense à une ligne de tram ou de train qui doit respecter deux réglementations, à un patient soigné de l'autre côté, à une entreprise qui recrute outre-Rhin. L'article 15 ajoute l'obstacle linguistique, avec l'objectif du bilinguisme.
3. Les acteurs sont emboîtés : les deux États, qui signent ; les « collectivités territoriales » et « autres acteurs locaux », dont le rôle est dit « essentiel » ; les parlements ; les entités transfrontalières comme les eurodistricts et les eurorégions. Les outils sont variés : des « compétences appropriées », des « ressources dédiées », des « procédures accélérées », et en dernier recours des « dérogations ». L'article 14 crée un comité de coopération transfrontalière qui réunit tous ces acteurs ; l'article 15 prévoit des stratégies de bilinguisme soutenues par les États.
4. L'étape est nouvelle parce que, pour la première fois, deux États envisagent d'adapter leur droit aux territoires frontaliers, jusqu'à des dérogations : la frontière n'est plus seulement un espace à relier, mais un territoire qui mérite des règles propres. En France, la Collectivité européenne d'Alsace, créée en 2021, reçoit d'ailleurs une compétence de chef de file de la coopération transfrontalière. Les limites sont toutefois inscrites dans le texte : tout se fait « dans le respect des règles constitutionnelles » et « dans les limites du droit de l'Union européenne » ; les dérogations restent l'exception, et il revient aux États de légiférer. Les faits ont aussi montré la fragilité de l'intégration : en mars 2020, deux mois après l'entrée en vigueur du traité, l'Allemagne rétablit des contrôles à sa frontière avec la France pendant la pandémie. Enfin, le bilinguisme demeure un « objectif », alors que la pratique de l'allemand recule chez les jeunes Alsaciens et Mosellans.
Ce que cette analyse apprend — Un texte juridique s'analyse en citant ses termes exacts, puis en confrontant ce qu'il promet à ce qui s'est passé ensuite.
Document 4 — La convention-cadre de Madrid, acte fondateur de la coopération transfrontalière
Difficile
Document d'époque : convention internationale · Conseil de l'Europe, Convention-cadre européenne sur la coopération transfrontalière des collectivités ou autorités territoriales, Madrid, 21 mai 1980 (Série des traités européens n° 106), articles 1 et 2.
La convention est adoptée le 21 mai 1980 par le Conseil de l'Europe, organisation intergouvernementale fondée en 1949, distincte de la Communauté économique européenne ; elle entre en vigueur en 1981 et la France la ratifie en 1984. À cette date, les contrôles aux frontières intérieures existent encore, mais des coopérations locales sont déjà nées, comme la Regio Basiliensis (1963).
Article 1
Chaque Partie contractante s'engage à faciliter et à promouvoir la coopération transfrontalière entre les collectivités ou autorités territoriales relevant de sa juridiction et les collectivités ou autorités territoriales relevant de la compétence d'autres Parties contractantes. Elle s'efforcera de promouvoir la conclusion des accords et arrangements qui s'avéreront nécessaires à cette fin dans le respect des dispositions constitutionnelles propres à chaque Partie.
Article 2
1. Est considérée comme coopération transfrontalière, au sens de la présente Convention, toute concertation visant à renforcer et à développer les rapports de voisinage entre collectivités ou autorités territoriales relevant de deux ou plusieurs Parties contractantes, ainsi que la conclusion des accords et des arrangements utiles à cette fin. […]
En analysant ce document, montrez comment s'est construit le cadre de la coopération transfrontalière, puis discutez sa portée pour les territoires frontaliers français aujourd'hui.
Présentez le document en précisant la nature de l'organisation qui l'adopte.
Quelle conception de la coopération transfrontalière le texte définit-il ? Qui en sont les acteurs ?
Montrez que ce texte laisse les États maîtres du jeu.
À l'aide de vos connaissances, montrez comment ce cadre a été prolongé en France et en Europe depuis 1980, puis nuancez sa portée.
Voir la réponse rédigée
1. Ce document est un extrait d'une convention internationale, la convention-cadre européenne sur la coopération transfrontalière des collectivités ou autorités territoriales, adoptée à Madrid le 21 mai 1980. Son auteur est le Conseil de l'Europe, organisation intergouvernementale fondée en 1949 à Strasbourg pour défendre les droits de l'homme et la démocratie : il ne faut pas le confondre avec la Communauté économique européenne, ancêtre de l'Union. Le texte s'adresse aux États signataires, les « Parties contractantes ». Il paraît dans une Europe où les frontières intérieures sont encore contrôlées, mais où des coopérations locales existent déjà, dans le Rhin supérieur ou à la frontière germano-néerlandaise.
2. L'article 2 définit la coopération transfrontalière comme « toute concertation visant à renforcer et à développer les rapports de voisinage ». La conception est pragmatique et locale : il s'agit de régler des problèmes de voisinage, non de construire un nouvel échelon politique. Les acteurs ne sont pas les États, mais les « collectivités ou autorités territoriales » : communes, départements, régions, ou leurs équivalents étrangers. L'instrument est contractuel : des « accords et arrangements » entre collectivités.
3. Les États restent pourtant maîtres du jeu. Ce sont eux qui signent et qui « s'engagent à faciliter et à promouvoir » la coopération : ils l'encouragent, mais n'en délèguent pas le contrôle. Les collectivités sont désignées comme « relevant de sa juridiction », et tout doit se faire « dans le respect des dispositions constitutionnelles propres à chaque Partie ». Le verbe « s'efforcera » montre un engagement de moyens, pas de résultat. C'est une convention-cadre : elle ne crée ni institution ni financement, elle ouvre une possibilité que chaque État doit traduire dans son droit.
4. Ce cadre a été prolongé à plusieurs échelles. En France, la loi du 6 février 1992 autorise les collectivités à conclure des conventions avec des collectivités étrangères, et l'État crée la Mission opérationnelle transfrontalière en 1997. Des accords bilatéraux précisent les outils : Bayonne avec l'Espagne (1995), Karlsruhe avec l'Allemagne, le Luxembourg et la Suisse (1996), Bruxelles avec la Belgique (2002). L'Europe communautaire prend le relais avec Interreg (1990) puis le GECT (2006), qui donne naissance à l'Eurométropole Lille-Kortrijk-Tournai (2008) ou à l'hôpital de Cerdagne. Le traité d'Aix-la-Chapelle (2019) va plus loin en envisageant des dérogations. La portée du texte reste pourtant limitée. Les États gardent la main sur la frontière : ce sont eux qui ont rétabli des contrôles, à Vintimille depuis 2015 ou entre la France et l'Allemagne en mars 2020, sans consulter les collectivités frontalières. La coopération ne corrige pas non plus les asymétries : aucun accord de compensation fiscale n'existe entre le Luxembourg et les communes lorraines. Enfin, la coopération est très inégale selon les frontières, dense sur le Rhin, plus ponctuelle dans les Pyrénées ou en Guyane. Le texte de 1980 a donc rendu la coopération possible, sans la rendre égale partout.
Ce que cette analyse apprend — Un document d'époque se situe dans son moment, puis se confronte à ce qui a suivi : on mesure ce qu'il a rendu possible et ce qu'il n'a pas changé.
Bloqué sur ce chapitre ?
Moi c'est Ben, j'ai créé ce site pour aider le plus d'élèves possible, partout en France. Je peux aussi reprendre avec toi ce qui coince en cours particulier : en visio, ou à domicile si tu es à Marseille.