Histoire — Thème 3 : Faire la France depuis 1945 · De la fondation de la Ve République aux mutations politiques et sociales contemporaines
Évaluation complète de fin de chapitre, tout en niveau difficile. Travaille seul et sans aide, puis vérifie tes réponses avec le corrigé détaillé dépliable en bas de page.
Traitez le sujet sous la forme d'une composition organisée (introduction avec problématique et annonce de plan, développement en parties équilibrées appuyées sur des exemples précis et datés, conclusion).
Analysez le document en répondant aux questions de manière organisée et argumentée, en mobilisant vos connaissances.
« En ce jour où je reçois de la nation la charge la plus haute, je pense à ces millions et ces millions de femmes et d'hommes [...] qui depuis tant d'années, dans la patience et dans la ferveur, ont fait vivre, dans la fidélité à leurs origines, l'espoir d'un changement aujourd'hui victorieux. [...] Cette victoire est d'abord celle des forces de la jeunesse, des forces du travail, des forces de création, des forces de renouveau qui se sont rassemblées dans un grand élan national pour l'emploi, pour la paix, pour la liberté. »
Répondez de façon brève et précise.
Rédigez un paragraphe argumenté.
Exercice 1 — Composition
Analyse du sujet : le terme « mutations » invite à montrer les transformations du régime et de la vie politique, sans se contenter d'un récit. La borne 1958 fixe le point de départ (fondation de la Ve République) ; « à nos jours » impose d'aller jusqu'à la période contemporaine. La problématique peut être : Comment le système politique français s'est-il transformé, de la fondation d'un régime à exécutif fort aux recompositions et fragilités actuelles ?
Plan détaillé suggéré :
I. L'affirmation d'un régime à exécutif fort (1958-1969). Fondation de 1958 sur fond de crise algérienne et d'instabilité de la IVe ; renforcement présidentiel avec l'élection au suffrage universel direct de 1962 ; pratique gaullienne du référendum et de la « rencontre » directe avec le peuple ; Mai 1968 comme test de solidité, dissolution et victoire électorale, départ de De Gaulle en 1969.
II. L'épreuve de l'alternance et des cohabitations (1969-2002). Continuité gaulliste puis ouverture giscardienne et réformes sociétales ; première alternance de 1981 (Mitterrand) prouvant la maturité démocratique du régime ; trois cohabitations révélant la souplesse mais aussi les tensions du semi-présidentialisme ; séisme du 21 avril 2002 ; adoption du quinquennat en 2000 pour rationaliser le calendrier.
III. Recompositions et crise de représentation (depuis 2002). Effacement progressif du clivage gauche/droite ; recomposition de 2017 avec l'élection de Macron et l'effondrement du PS et de LR ; montée du RN et de LFI ; gilets jaunes (2018) et absence de majorité absolue après 2022 ; abstention élevée traduisant une crise de représentation.
Conclusion : bilan de la longévité d'un régime conçu pour durer mais aujourd'hui confronté à la fragmentation et à la défiance ; ouverture possible sur le débat autour d'une éventuelle VIe République ou de la réforme institutionnelle.
Connaissances attendues : dates clés (1958, 1962, 1969, 1981, 1986, 2000, 2002, 2017, 2022), notions (semi-présidentialisme, alternance, cohabitation, quinquennat, recomposition), acteurs (De Gaulle, Pompidou, Giscard, Mitterrand, Chirac, Sarkozy, Hollande, Macron).
Exercice 2 — Analyse de document — L'allocution de Mitterrand au lendemain du 10 mai 1981
Méthode : présentation rigoureuse, puis explicitation de la portée de l'événement, enfin mobilisation des connaissances pour les réformes.
1. Présentation (3 pts) : il s'agit d'une allocution de François Mitterrand prononcée le 10 mai 1981, jour de son élection à la présidence de la République. Candidat du Parti socialiste, soutenu par l'union de la gauche issue du programme commun de 1972, il bat le président sortant Valéry Giscard d'Estaing. Le contexte est celui d'une France touchée par la crise économique (chômage, inflation après les chocs pétroliers).
2. Moment historique (3 pts) : c'est la première alternance de la Ve République : pour la première fois depuis 1958, la gauche accède à l'Élysée et le pouvoir passe pacifiquement d'un camp à l'autre par les urnes. Le terme institutionnel attendu est l'alternance. Cet événement prouve la solidité démocratique du régime, capable de changer de majorité sans crise institutionnelle. Le document insiste d'ailleurs sur l'« espoir d'un changement aujourd'hui victorieux ».
3. Deux réformes emblématiques (3 pts) : on peut citer notamment l'abolition de la peine de mort (loi Badinter, octobre 1981), réforme à forte portée symbolique et humaniste, et la décentralisation (lois Defferre, 1982-1983) transférant des compétences aux collectivités territoriales. On peut également mentionner les nationalisations, la cinquième semaine de congés payés ou la retraite à 60 ans, toutes engagées au début du septennat avant le tournant de la rigueur de 1983.
Exercice 3 — Repères chronologiques et notions
1. Ordre chronologique : fondation de la Ve République (1958) → première alternance (1981) → première cohabitation (1986) → quinquennat (2000) → élection de Macron (2017).
2. Les trois cohabitations : 1986-1988, Mitterrand (PS) / Chirac (RPR) ; 1993-1995, Mitterrand (PS) / Balladur (RPR) ; 1997-2002, Chirac (RPR) / Jospin (PS).
3. Tournant de la rigueur : en 1983, le gouvernement Mauroy abandonne la politique de relance keynésienne au profit d'une politique d'austérité budgétaire pour rester dans le système monétaire européen.
Exercice 4 — Question d'analyse
Attendu : un paragraphe organisé autour d'une thèse nuancée, appuyé sur des faits récents.
Éléments de réponse : plusieurs indices traduisent une crise de la représentation. L'abstention atteint des niveaux records aux élections, notamment aux législatives et aux scrutins intermédiaires, signe d'une défiance envers le personnel politique. La fragmentation du paysage (effondrement des grands partis de gouvernement, montée du RN et de LFI) rend difficile la constitution de majorités stables, comme le montre l'absence de majorité absolue à l'Assemblée après 2022. La crise des gilets jaunes (2018) a révélé un rejet des corps intermédiaires (partis, syndicats) et un sentiment d'abandon des territoires périphériques.
On peut toutefois nuancer : les institutions continuent de fonctionner, les élections se déroulent normalement et la participation aux présidentielles reste élevée. La crise touche donc davantage la confiance dans la représentation que la légalité du régime lui-même. Conclusion : il s'agit d'une crise réelle mais de nature politique et sociale plus qu'institutionnelle, qui interroge la capacité de la Ve République à incarner durablement la souveraineté populaire.
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