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Histoire-Géographie · Classe de Terminale

Évolutions économiques et sociales de la France depuis 1945

Des Trente Glorieuses à la mondialisation : mutations économiques, sociales et culturelles de la France (Thème 3 — Faire la France depuis 1945)

À propos de cette page
Ce cours de histoire-géographie en terminale sur « Évolutions économiques et sociales de la France depuis 1945 » suit le programme officiel de histoire-géographie de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : La France en 1945 : reconstruction et enjeux, Les Trente Glorieuses (1945-1973) : croissance et modernisation, Les mutations sociales des Trente Glorieuses, La crise des années 1970 et ses conséquences. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en histoire-géographie.
Au programme
1 · La France en 1945 : reconstruction et enjeux
2 · Les Trente Glorieuses (1945-1973) : croissance et modernisation
3 · Les mutations sociales des Trente Glorieuses
4 · La crise des années 1970 et ses conséquences
5 · La France face à la mondialisation (depuis les années 1980)
6 · Les transformations du travail et de l'emploi
7 · Inégalités, pauvreté et politiques sociales
8 · La société française contemporaine : diversité et nouveaux défis
1La France en 1945 : reconstruction et enjeux

En 1945, la France sort de la Seconde Guerre mondiale dans un état de délabrement économique sévère : infrastructures détruites, production industrielle effondrée, inflation galopante. Le pays doit se reconstruire dans un contexte de guerre froide et de décolonisation naissante.

Définition. La reconstruction désigne l'effort collectif mené de 1945 à la fin des années 1940 pour relever l'économie française : nationalisation de secteurs-clés, Plan Monnet (1947), aide du plan Marshall (1948-1951).

Le gouvernement provisoire puis la IVe République entreprennent une politique de nationalisations (Renault, EDF, GDF, Banque de France) et instaurent la Sécurité sociale (ordonnances de 1945) sous l'impulsion d'Ambroise Croizat et du Conseil national de la Résistance.

Exemple. Le Plan Monnet (1947-1952) fixe des objectifs de production pour six secteurs prioritaires : charbon, électricité, acier, ciment, machinisme agricole, transports. C'est le premier plan quinquennal français.

L'aide américaine du Plan Marshall (1948) apporte 2,7 milliards de dollars à la France et contribue à relancer l'investissement et les importations de biens d'équipement.

2Les Trente Glorieuses (1945-1973) : croissance et modernisation

L'économiste Jean Fourastié nomme rétrospectivement en 1979 la période 1945-1973 les « Trente Glorieuses » : la France connaît une croissance annuelle moyenne du PIB d'environ 5 %, le plein emploi et une transformation profonde de ses structures productives.

Les Trente Glorieuses désignent la période de forte croissance économique, de plein emploi et d'amélioration du niveau de vie en France (et en Europe occidentale) de 1945 à 1973.

Plusieurs moteurs expliquent cette croissance :

  • Le fordisme : production de masse standardisée, gains de productivité, hausse des salaires.
  • L'État providence : investissements publics massifs, Sécurité sociale, allocations familiales.
  • La reconstruction puis l'expansion : demande intérieure forte, baby-boom.
  • L'ouverture commerciale : construction européenne (CEE, 1957), libéralisation des échanges.

Caption : Évolution de l'indice du PIB français depuis 1950 — la rupture de 1973 marque la fin des Trente Glorieuses.

À retenir. En 1973, le PIB par habitant est 2,5 fois supérieur à celui de 1945. La France est passée d'une économie rurale à une économie industrielle et tertiaire.
3Les mutations sociales des Trente Glorieuses

La croissance économique transforme profondément la structure de la société française :

  • L'exode rural : la population agricole passe de 35 % en 1945 à moins de 10 % en 1975. Des millions de Français quittent les campagnes pour les villes.
  • L'urbanisation : essor des banlieues et des grands ensembles (HLM), développement des villes nouvelles.
  • L'immigration de travail : afflux de travailleurs étrangers (Italiens, Espagnols, Portugais, Maghrébins, Africains) pour répondre aux besoins de main-d'œuvre.
Tertiarisation : processus par lequel le secteur tertiaire (services, commerce, administration) devient dominant dans l'économie au détriment de l'agriculture et de l'industrie.

La société se tertiarise et les classes moyennes salariées (cadres, employés, techniciens) s'étendent. Le niveau de vie s'améliore : accès à l'automobile, à l'électroménager, aux vacances (congés payés généralisés). La société de consommation s'installe.

Exemple. Le taux d'équipement en réfrigérateurs passe de 7 % des ménages en 1954 à 78 % en 1974 ; la voiture particulière passe de 21 % à 67 % sur la même période.

La condition féminine évolue : travail des femmes en hausse, loi Neuwirth sur la contraception (1967), loi Veil sur l'IVG (1975). Les baby-boomers (nés entre 1945 et 1965) constituent une génération nombreuse et porteuse de nouvelles valeurs (Mai 68).

Caption : Frise chronologique des grandes étapes économiques et sociales de la France depuis 1945.

4La crise des années 1970 et ses conséquences

Le premier choc pétrolier (octobre 1973) met fin brutalement aux Trente Glorieuses. L'OPEP quadruple le prix du pétrole, fragilisant les économies occidentales dépendantes de l'énergie fossile. Un deuxième choc intervient en 1979.

Stagflation : phénomène économique combinant stagnation de la croissance et forte inflation, caractéristique de la crise des années 1970 (inflation à 13-14 % en France en 1974).

La crise engendre :

  • La montée du chômage : quasi inexistant jusqu'en 1973, le chômage dépasse 1 million de personnes en 1975 et atteint 2,5 millions au milieu des années 1980.
  • La désindustrialisation : fermetures d'usines dans les secteurs traditionnels (sidérurgie, textile, mines). Licenciements massifs dans les bassins industriels (Lorraine, Nord).
  • La précarisation du travail : développement du temps partiel subi, des CDD, de l'intérim.
Attention ! La crise de 1973 n'est pas une simple récession : elle marque un changement de régime économique durable. La croissance ne reviendra plus aux niveaux des Trente Glorieuses.

En 1983, le gouvernement Mauroy opère le « tournant de la rigueur » : abandon de la relance keynésienne, priorité à la lutte contre l'inflation et au rééquilibrage des comptes. La France s'engage dans la voie de la désinflation compétitive et de l'ouverture européenne.

Exemple. Le plan Barre (1976-1981) tente de stabiliser les prix et de moderniser l'économie. Malgré un certain succès sur l'inflation, le chômage continue de progresser.
5La France face à la mondialisation (depuis les années 1980)

Depuis les années 1980, la France s'intègre de plus en plus dans la mondialisation : libéralisation financière, délocalisations industrielles, accroissement des échanges commerciaux, construction du marché unique européen (1993).

Mondialisation : processus d'intensification des échanges commerciaux, financiers et culturels à l'échelle mondiale, accéléré depuis les années 1980 par la libéralisation des marchés et les nouvelles technologies.

Les conséquences pour la France sont ambivalentes :

  • Avantages : baisse des prix à la consommation, spécialisation dans des secteurs à haute valeur ajoutée (luxe, aéronautique, pharmacie), attractivité pour les investisseurs étrangers.
  • Inconvénients : délocalisations, chômage industriel, creusement des inégalités territoriales.

Caption : Évolution du taux de chômage en France depuis 1970 — la rupture de 1973-1975 est nette, le chômage ne retombe jamais sous les niveaux d'avant-crise.

L'entrée dans l'euro (2002) renforce l'intégration européenne mais prive la France de l'instrument monétaire. La crise financière de 2008 provoque une récession sévère (-2,9 % du PIB en 2009) et un rebond du chômage.

Astuce. Pour le bac, retenez la distinction entre les défis conjoncturels (récessions, crises) et les défis structurels (désindustrialisation, chômage de longue durée, vieillissement) de l'économie française.
6Les transformations du travail et de l'emploi

Le monde du travail se transforme profondément depuis 1945 :

  • Fordisme puis post-fordisme : du travail à la chaîne standardisé des usines des Trente Glorieuses, on passe à des modes d'organisation plus flexibles (juste-à-temps, sous-traitance, télétravail).
  • Tertiarisation : en 2023, plus de 78 % des emplois sont dans le secteur tertiaire contre 30 % en 1945.
  • Féminisation : le taux d'activité des femmes passe de 35 % en 1965 à plus de 67 % en 2020.
  • Flexibilisation : développement des CDD, de l'intérim, du temps partiel subi, de l'auto-entrepreneuriat.
Précarité de l'emploi : situation d'emploi instable ou peu protégé (CDD, intérim, temps partiel subi) qui fragilise les travailleurs, notamment les jeunes et les peu qualifiés.

Les grandes lois sur le travail rythment ces évolutions : accords de Grenelle (1968, hausse du SMIC, reconnaissance syndicale), loi sur la réduction du temps de travail à 35 heures (Aubry, 1998-2000), lois El Khomri (2016) et réformes du droit du travail (2017).

Exemple. En France, la part des emplois à durée indéterminée reste majoritaire (87 % en 2022), mais l'essentiel des embauches se fait désormais en CDD : en 2019, 87 % des recrutements étaient en CDD, souvent de courte durée.
7Inégalités, pauvreté et politiques sociales

Malgré la croissance, les inégalités persistent et se reconfigurent depuis 1945. L'État-providence français développe un ensemble de mécanismes de redistribution :

  • Sécurité sociale (1945) : couverture maladie, retraites, allocations familiales.
  • RMI puis RSA (1988 / 2009) : revenu minimum d'insertion devenu Revenu de solidarité active.
  • CMU-C / complémentaire santé solidaire (1999) : accès aux soins pour les plus démunis.
État-providence (Welfare State) : système dans lequel l'État assure un ensemble de protections sociales (santé, retraite, chômage, famille) financées par des cotisations et des impôts.

Le coefficient de Gini, mesure des inégalités de revenus, reste relativement modéré en France grâce aux redistributions, mais les inégalités de patrimoine sont bien plus marquées. Thomas Piketty montre dans Le Capital au XXIe siècle (2013) que les inégalités de patrimoine n'ont jamais vraiment disparu.

Attention ! Ne pas confondre inégalités de revenus (flux annuels) et inégalités de patrimoine (stock accumulé). Les secondes sont bien plus fortes et ont augmenté depuis les années 1980.

Caption : Schéma du fonctionnement de l'État-providence — la redistribution transforme les cotisations en prestations sociales.

8La société française contemporaine : diversité et nouveaux défis

La société française du XXIe siècle est marquée par plusieurs défis inédits :

  • Vieillissement démographique : allongement de l'espérance de vie, baby-boomers à la retraite. Le rapport actifs/retraités se dégrade, mettant sous pression le système de retraites par répartition.
  • Transition numérique : ubérisation de l'économie, essor du e-commerce, nouvelles formes de travail (télétravail, plateformes). La révolution numérique crée de nouveaux emplois mais en détruit d'autres.
  • Transition écologique : prise de conscience environnementale, contrainte carbone, réindustrialisation verte.
  • Diversité culturelle : la France reste une société d'immigration. L'intégration des populations issues de l'immigration est un enjeu social et politique majeur.
Exemple. La réforme des retraites de 2023 (passage de l'âge légal de 62 à 64 ans) illustre les tensions entre soutenabilité financière du système et aspirations sociales.

La montée des inégalités territoriales est une autre caractéristique : la métropolisation concentre emplois et richesses dans quelques grandes agglomérations (Paris, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Nantes), tandis que certains territoires (zones rurales, périurbaines, certaines banlieues) connaissent déclin économique et sentiment d'abandon — analysé par Christophe Guilluy comme la montée de la « France périphérique ».

À retenir
En bref :
Trente Glorieuses (1945-1973) : croissance ~5%/an, plein emploi, modernisation, État-providence.
Choc pétrolier 1973 : fin de la croissance forte, naissance du chômage de masse.
Mutations sociales : exode rural, tertiarisation, féminisation du travail, immigration, société de consommation.
Mondialisation et rigueur (depuis 1983) : désindustrialisation, flexibilisation, creusement des inégalités territoriales.
État-providence : Sécurité sociale (1945), RMI (1988), RSA (2009) — redistribution forte mais sous pression.
Défis actuels : vieillissement, transition numérique, transition écologique, inégalités territoriales.
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