La modification des grands équilibres économiques et politiques mondiaux
Chocs pétroliers, tournant libéral, révolution iranienne, démocratisations, effondrement du bloc soviétique (1973-1991) (programme d'histoire de Tle)
À propos de cette page
Ce cours d'histoire-géographie en terminale sur « La modification des grands équilibres économiques et politiques mondiaux » suit le programme officiel d'histoire-géographie de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : 1971-1979 : la fin de l'ordre économique de l'après-guerre, 1979-1986 : second choc pétrolier et tournant libéral, De nouveaux pôles et une économie plus mondialisée, 1979 : la révolution iranienne et l'islamisme politique. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en histoire-géographie.
4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.
Document 1 — Prix du pétrole, inflation et chômage aux États-Unis (1972-1990)
Facile
Tableau statistique · D'après BP, Statistical Review of World Energy 2023 (série historique des prix du brut : Arabian Light jusqu'en 1983, Brent ensuite) et U.S. Bureau of Labor Statistics (moyennes annuelles de l'indice des prix à la consommation et du taux de chômage).
Le tableau croise le prix mondial du pétrole et deux indicateurs de la première économie du monde, sur la période du chapitre. Il permet de mesurer les chocs de 1973 et 1979, le contre-choc de 1986 et leurs effets sur un grand pays industrialisé.
Année
Prix moyen du baril de brut (dollars courants, arrondi)
Hausse des prix à la consommation aux États-Unis (%)
Taux de chômage aux États-Unis (%)
1972
2,5
3,3
5,6
1973
3,3
6,2
4,9
1974
11,6
11,0
5,6
1975
11,5
9,1
8,5
1978
14,4
7,6
6,1
1979
31,6
11,3
5,8
1980
36,8
13,5
7,1
1982
33,0
6,2
9,7
1986
14,4
1,9
7,0
1990
23,7
5,4
5,6
En analysant le document, montrez que les chocs pétroliers bouleversent les équilibres économiques des pays industrialisés, puis expliquez comment ceux-ci réagissent dans les années 1980.
Décrivez l'évolution du prix du baril entre 1972 et 1990 en distinguant des phases.
Associez chaque rupture de la série des prix à un événement daté.
Montrez, à l'aide de deux années précises, que les États-Unis connaissent la stagflation.
Comment expliquer le recul de l'inflation après 1980, et à quel prix ? Quelles sont les limites de ce document ?
Voir la réponse rédigée
1. Le prix du baril connaît quatre phases. Jusqu'en 1973, il reste très bas (2,5 dollars en 1972, 3,3 en 1973). Il est multiplié par plus de trois en un an (11,6 dollars en 1974), puis se stabilise à un niveau élevé (11,5 en 1975, 14,4 en 1978). Un second bond le porte à 31,6 dollars en 1979 et 36,8 en 1980, soit environ deux fois et demie le niveau de 1978 ; il reste haut jusqu'en 1982 (33 dollars). Il s'effondre enfin en 1986 (14,4 dollars, moins de la moitié du niveau de 1982), avant de remonter à 23,7 dollars en 1990.
2. Le premier bond correspond au premier choc pétrolier : pendant la guerre du Kippour (octobre 1973), les pays de l'OPEP fixent seuls le prix du brut et les producteurs arabes décrètent un embargo contre les États-Unis et les Pays-Bas. Le second correspond à la révolution iranienne (1978-1979), qui désorganise la production du deuxième exportateur de l'OPEP, puis à la guerre Iran-Irak déclenchée le 22 septembre 1980. La chute de 1986 est le contre-choc : l'Arabie saoudite augmente sa production pour regagner des parts de marché face aux nouveaux producteurs (mer du Nord). La hausse de 1990 s'explique par l'invasion du Koweït par l'Irak en août 1990.
3. En 1975, la hausse des prix atteint 9,1 % tandis que le chômage grimpe à 8,5 %, contre 4,9 % en 1973. En 1980, l'inflation culmine à 13,5 % et le chômage s'élève à 7,1 %. Inflation forte et chômage élevé coexistent donc, alors que les politiques keynésiennes de l'après-guerre supposaient qu'on pouvait réduire le chômage en acceptant un peu plus d'inflation : c'est la stagflation, qui met en échec les relances par la dépense publique.
4. L'inflation tombe à 6,2 % en 1982, puis à 1,9 % en 1986. Ce recul est d'abord le fruit de la politique monétaire de Paul Volcker, président de la Réserve fédérale depuis août 1979, qui porte les taux d'intérêt près de 20 % en 1981 : c'est le tournant libéral, qui fait de la stabilité des prix la priorité. Le prix en est une récession sévère : le chômage atteint 9,7 % en 1982, son niveau le plus haut du tableau. Le contre-choc de 1986 achève la désinflation. Le document a toutefois des limites : les prix sont en dollars courants (la hausse réelle de 1979-1980 est moins spectaculaire qu'il n'y paraît, puisque l'inflation réduit la valeur du dollar) et les indicateurs ne concernent que les États-Unis ; le Japon, par exemple, s'adapte beaucoup mieux au choc.
Ce que cette analyse apprend — Lire un tableau par phases, relier chaque rupture à un événement daté, puis croiser deux séries pour faire apparaître une notion (ici, la stagflation).
Document 2 — La Constitution de la République islamique d'Iran (1979)
Moyen
Texte constitutionnel (extraits) · Constitution de la République islamique d'Iran, adoptée par référendum les 2 et 3 décembre 1979 (version originale, révisée en 1989), articles 1, 4, 5, 152 et 154 ; traduction française.
Huit mois après la proclamation de la République islamique (1er avril 1979), les Iraniens approuvent par référendum une Constitution rédigée par une assemblée dominée par le clergé. Le vote a lieu alors que des diplomates américains sont retenus en otage à Téhéran depuis le 4 novembre 1979.
Article 1. Le régime de l'Iran est une République islamique, approuvée par le peuple d'Iran sur la base de sa foi ancienne dans la souveraineté de la vérité et dans la justice coranique, lors du référendum [de mars 1979], par un vote affirmatif de 98,2 % des électeurs, à la suite de la révolution islamique victorieuse conduite par [...] l'imam Khomeini.
Article 4. Toutes les lois et tous les règlements civils, pénaux, financiers, économiques, administratifs, culturels, militaires, politiques et autres doivent être fondés sur les critères islamiques. [...]
Article 5. Pendant l'occultation du Maître du Temps [le douzième imam des chiites], [...] la direction et la conduite de la communauté reviennent au faqih [juriste-théologien] juste et pieux, connaissant son époque, courageux, capable et doué pour l'administration, reconnu et accepté comme guide par la majorité du peuple. [...]
Article 152. La politique étrangère de la République islamique d'Iran est fondée sur le rejet de toute forme de domination, qu'elle soit exercée ou subie, sur la préservation de l'indépendance du pays sous tous ses aspects et de son intégrité territoriale, sur la défense des droits de tous les musulmans, sur le non-alignement à l'égard des superpuissances hégémoniques [...].
Article 154. [...] Tout en s'abstenant scrupuleusement de toute forme d'ingérence dans les affaires intérieures des autres nations, la République islamique d'Iran soutient les luttes légitimes des opprimés contre les oppresseurs en tout point du globe.
Après avoir présenté le document, montrez qu'il fonde un régime politique inédit, puis expliquez en quoi il remet en cause les équilibres politiques mondiaux de la fin des années 1970.
Présentez le document (nature, date, auteur, contexte).
Sur quelles sources de légitimité le régime repose-t-il selon les articles 1 et 4 ?
Expliquez le principe posé par l'article 5 et ce qu'il a de nouveau.
En quoi les articles 152 et 154 remettent-ils en cause l'ordre international de la guerre froide ?
Confrontez le texte à la pratique du régime entre 1979 et 1988.
Voir la réponse rédigée
1. Il s'agit d'extraits de la Constitution de la République islamique d'Iran, texte juridique fondamental approuvé par référendum les 2 et 3 décembre 1979. Elle a été rédigée par une assemblée d'experts élue en août 1979 et dominée par le clergé chiite fidèle à l'ayatollah Khomeini, revenu d'exil le 1er février 1979. Elle institutionnalise la révolution qui a renversé le chah Mohammad Reza Pahlavi, allié des États-Unis, et s'adresse autant aux Iraniens qu'au reste du monde, comme le montrent les articles sur la politique étrangère.
2. Le régime repose sur une double légitimité. L'article 1 invoque le peuple : la République a été approuvée « par un vote affirmatif de 98,2 % des électeurs » lors du référendum de mars 1979 ; c'est une légitimité démocratique, du moins dans la forme. Mais le même article la fonde aussi sur la « foi » du peuple dans « la justice coranique », et l'article 4 soumet toutes les lois, dans tous les domaines, aux « critères islamiques ». La norme religieuse l'emporte donc sur la volonté populaire : le peuple approuve, mais la loi divine encadre ce qu'il peut décider.
3. L'article 5 pose le principe du velayat-e faqih, le « gouvernement du juriste-théologien ». Dans le chiisme duodécimain, le douzième imam est entré en « occultation » ; en son absence, la direction de la communauté revient au « faqih juste et pieux ». Concrètement, ce texte fait de Khomeini le Guide de la révolution, au-dessus du président et du Parlement élus. C'est une nouveauté : une grande partie du clergé chiite se tenait jusque-là à l'écart du pouvoir politique direct. Khomeini avait exposé cette théorie dans ses cours de Nadjaf en 1970 ; la Constitution en fait le fondement d'un État moderne, avec ses institutions, ses élections et son administration.
4. L'article 152 affirme le « non-alignement à l'égard des superpuissances hégémoniques » : c'est la traduction juridique du slogan « Ni Est ni Ouest ». L'Iran quitte le camp occidental, dont il était un pilier dans le Golfe, sans rejoindre l'URSS, dont il rejette l'athéisme. La révolution introduit ainsi une troisième voie, religieuse, dans un monde pensé jusque-là selon le clivage Est-Ouest. L'article 154, qui promet de soutenir « les luttes légitimes des opprimés contre les oppresseurs en tout point du globe », ouvre la voie à l'exportation de la révolution : l'Iran appuie le Hezbollah, fondé au Liban en 1982, et inquiète les monarchies du Golfe et l'Irak.
5. La pratique s'écarte du texte. La clause de non-ingérence de l'article 154 contraste avec le soutien aux mouvements chiites étrangers. La prise d'otages de l'ambassade américaine (4 novembre 1979 - 20 janvier 1981) viole le droit international. Les institutions élues sont étroitement encadrées, et les alliés laïques de la révolution sont éliminés : le président Bani Sadr est destitué en juin 1981. Enfin, l'Iran est absorbé par la guerre que lui impose l'Irak de septembre 1980 à août 1988, qui fait plusieurs centaines de milliers de morts. Le régime s'installe pourtant durablement et fait de l'islamisme politique un acteur des relations internationales.
Ce que cette analyse apprend — Analyser un texte juridique en distinguant ce qu'il affirme (les principes) de ce qu'il révèle (le régime réel), puis le replacer à l'échelle mondiale.
Document 3 — Les transitions démocratiques dans le monde (1974-1991)
Moyen
Carte de synthèse (description) · Carte de synthèse réalisée pour ce chapitre (2026), d'après les dates officielles des scrutins, des changements de régime et des constitutions nationales, 1974-1991.
La carte rassemble sur un même planisphère des changements de régime survenus en dix-sept ans sur quatre continents. Elle illustre l'idée d'une « troisième vague » de démocratisation, proposée par le politiste Samuel Huntington en 1991.
Titre : « Les transitions démocratiques dans le monde, 1974-1991 ». Planisphère, avec un encadré agrandi sur l'Europe.
Légende, figurés de surface.(1) Vert foncé, « Europe du Sud, 1974-1978 » : Portugal (25 avril 1974 ; Constitution de 1976), Grèce (juillet 1974 ; république approuvée par référendum en décembre 1974), Espagne (mort de Franco en novembre 1975 ; Constitution de 1978). Une flèche relie ces trois pays à Bruxelles avec la mention « adhésion à la CEE : 1981 (Grèce), 1986 (Espagne, Portugal) ». (2) Vert clair, « Amérique latine, 1979-1990 » : Équateur (1979), Pérou (1980), Bolivie (1982), Argentine (1983), Uruguay (1985), Brésil (1985), Paraguay (1989), Chili (1990). (3) Orange, « Asie orientale, 1986-1987 » : Philippines (1986), Corée du Sud (1987), Taïwan (levée de la loi martiale, 1987). (4) Bleu, « Europe centrale et orientale, 1989-1990 » : Pologne (juin 1989), puis élections libres en 1990 en RDA, en Hongrie, en Tchécoslovaquie, en Roumanie et en Bulgarie ; les pays baltes sont hachurés de bleu, avec la mention « indépendance reconnue en 1991 ».
Figurés ponctuels. Un losange noir « crise de la dette, 1982 » est placé sur le Mexique, l'Argentine et le Brésil. Un cercle rouge « répression ou blocage » signale Pékin (place Tian'anmen, 4 juin 1989), Rangoun (Birmanie, répression de 1988, élections de 1990 non reconnues par la junte) et Téhéran (République islamique, 1979). En Afrique australe, un pictogramme indique « libération de Nelson Mandela, 11 février 1990 ». L'URSS apparaît en blanc, barrée de la mention « dissolution, décembre 1991 ».
En vous appuyant sur la carte, montrez que les années 1974-1991 connaissent une vague de démocratisations, puis nuancez cette idée.
Identifiez les grandes étapes spatiales et chronologiques que fait apparaître la légende.
Expliquez pourquoi le mouvement commence en Europe du Sud et quel rôle y joue la CEE.
Quels facteurs, suggérés par la carte, expliquent les transitions latino-américaines ?
Quelles limites de cette « vague » la carte fait-elle apparaître ?
Voir la réponse rédigée
1. La légende fait apparaître quatre moments successifs, qui correspondent à quatre régions. L'Europe du Sud ouvre le mouvement entre 1974 et 1978 (Portugal, Grèce, Espagne). L'Amérique latine suit de 1979 à 1990, de l'Équateur au Chili. L'Asie orientale est touchée en 1986-1987 (Philippines, Corée du Sud, Taïwan). Enfin, l'Europe centrale et orientale bascule en 1989-1990, et l'URSS disparaît en décembre 1991. La carte montre donc une diffusion progressive, du Sud de l'Europe vers les Amériques, puis vers l'Asie et l'Est européen.
2. En Europe du Sud, les dictatures sont affaiblies par des échecs extérieurs ou par la disparition de leur fondateur. Au Portugal, les officiers du Mouvement des forces armées, lassés des guerres coloniales, renversent l'Estado Novo le 25 avril 1974. En Grèce, les colonels tombent en juillet 1974 après leur échec à Chypre. En Espagne, la mort de Franco, en novembre 1975, ouvre une transition négociée par le roi Juan Carlos et Adolfo Suárez. La flèche vers Bruxelles montre le rôle de la CEE : seules des démocraties peuvent y adhérer, et l'adhésion (1981, 1986) promet la prospérité, ce qui consolide les nouveaux régimes, comme l'a montré l'échec du coup d'État espagnol du 23 février 1981.
3. Le losange « crise de la dette, 1982 » suggère le premier facteur : l'effondrement économique discrédite les régimes militaires, qui avaient promis l'ordre et la croissance. En Argentine, s'y ajoute la défaite des Malouines face au Royaume-Uni (juin 1982), qui précipite la chute de la junte et l'élection de Raúl Alfonsín en octobre 1983. La date tardive du Chili (1990) rappelle que Pinochet, dont l'économie libéralisée avait retrouvé la croissance, n'a cédé qu'après avoir perdu le référendum du 5 octobre 1988. On peut ajouter, hors carte, les pressions de l'Église catholique et la politique des droits de l'homme lancée par l'administration Carter (1977-1981).
4. La carte montre elle-même les limites du mouvement. Les cercles rouges signalent des blocages majeurs : la Chine, qui s'ouvre au marché mais écrase le mouvement de la place Tian'anmen le 4 juin 1989 ; la Birmanie, où la junte refuse de reconnaître les élections de 1990 ; l'Iran, où la révolution de 1979 a fondé une République islamique, et non une démocratie libérale. De vastes espaces n'apparaissent dans aucune couleur : la plus grande partie de l'Afrique, du Moyen-Orient et de l'Asie reste sous des régimes autoritaires en 1991, et le pictogramme sud-africain ne marque que le début d'une transition. Enfin, une carte montre des dates de scrutin, pas la solidité des démocraties : beaucoup restent fragiles.
Ce que cette analyse apprend — Lire une carte à partir de sa légende pour en tirer une chronologie, puis utiliser ses silences et ses figurés d'exception pour nuancer.
Document 4 — L'accord de Minsk et la fin de l'URSS (8 décembre 1991)
Difficile
Accord international (extraits) · Accord portant création de la Communauté d'États indépendants, signé à Viskouli, dans la forêt de Belovej, près de Minsk, le 8 décembre 1991, par Stanislaw Chouchkevitch (Biélorussie), Boris Eltsine (Russie) et Leonid Kravtchouk (Ukraine) ; préambule et articles 1, 5, 6, 11, 12 et 14 ; traduction française.
Le 8 décembre 1991, une semaine après le référendum par lequel plus de 90 % des votants ukrainiens ont approuvé l'indépendance, les dirigeants des trois républiques slaves de l'URSS se réunissent sans Mikhaïl Gorbatchev. Leur accord, élargi à onze républiques à Alma-Ata le 21 décembre, précède de peu la démission de Gorbatchev (25 décembre 1991).
Nous, République du Bélarus, Fédération de Russie (RSFSR) et Ukraine, en tant qu'États fondateurs de l'Union des RSS, signataires du traité d'Union de 1922, ci-après dénommés les Hautes Parties contractantes, constatons que l'Union des RSS, en tant que sujet de droit international et réalité géopolitique, cesse d'exister. [...] Aspirant à construire des États de droit démocratiques [...], nous sommes convenus de ce qui suit :
Article 1. Les Hautes Parties contractantes forment la Communauté d'États indépendants. [...]
Article 5. Les Hautes Parties contractantes reconnaissent et respectent l'intégrité territoriale les unes des autres et l'inviolabilité des frontières existantes dans le cadre de la Communauté. [...]
Article 6. [...] Les États membres de la Communauté conserveront et maintiendront, sous un commandement unifié, un espace militaire et stratégique commun, y compris un contrôle unifié des armements nucléaires [...].
Article 11. À compter de la signature du présent accord, l'application sur le territoire des États signataires des normes d'États tiers, y compris de l'ex-Union des RSS, n'est pas admise.
Article 12. Les Hautes Parties contractantes garantissent l'exécution des obligations internationales qui découlent pour elles des traités et accords de l'ex-Union des RSS.
Article 14. [...] Le siège des organes de coordination de la Communauté est la ville de Minsk. L'activité des organes de l'ex-Union des RSS sur le territoire des membres de la Communauté est interrompue.
Montrez que ce document acte la disparition de l'URSS tout en cherchant à organiser une sortie ordonnée, puis expliquez comment on en est arrivé là.
Présentez le document : nature, signataires, date, contexte immédiat.
Sur quel argument juridique les signataires fondent-ils la fin de l'URSS, et que révèle-t-il du rapport de force avec le pouvoir central ?
Relevez ce que l'accord cherche à conserver et expliquez pourquoi.
Relevez les ruptures que l'accord organise.
Expliquez comment, de 1985 à 1991, l'URSS en est arrivée à cette dissolution.
Voir la réponse rédigée
1. Il s'agit d'un accord international signé le 8 décembre 1991 à Viskouli, près de Minsk, par les dirigeants de trois républiques de l'URSS : Boris Eltsine, président de la Russie élu au suffrage universel en juin 1991 ; Leonid Kravtchouk, président de l'Ukraine ; Stanislaw Chouchkevitch, président du Soviet suprême de Biélorussie. Le contexte est celui d'une URSS en décomposition : le putsch des conservateurs a échoué en août 1991, les pays baltes ont vu leur indépendance reconnue en septembre, et l'Ukraine a voté son indépendance le 1er décembre. Gorbatchev, président de l'URSS, n'est ni présent ni consulté.
2. Les signataires se présentent comme les « États fondateurs de l'Union des RSS, signataires du traité d'Union de 1922 » : puisqu'ils ont créé l'URSS, ils s'estiment fondés à constater sa fin. Ils écrivent qu'elle « cesse d'exister » « en tant que sujet de droit international et réalité géopolitique ». L'argument contourne complètement les institutions centrales : ce ne sont ni le président de l'URSS ni son Soviet suprême qui décident, mais les républiques. Cela révèle que le pouvoir réel est passé de Moscou-Union, incarné par Gorbatchev, aux républiques, et d'abord à la Russie d'Eltsine, sortie grandie de l'échec du putsch.
3. L'accord veut éviter le chaos. L'article 5 garantit « l'inviolabilité des frontières existantes » : les anciennes limites administratives entre républiques deviennent des frontières internationales, pour éviter des conflits territoriaux, alors que plus de vingt millions de Russes vivent hors de Russie. L'article 6 maintient un « espace militaire et stratégique commun » et un « contrôle unifié des armements nucléaires », répartis entre la Russie, l'Ukraine, la Biélorussie et le Kazakhstan : c'est la principale inquiétude des Occidentaux. L'article 12 garantit les « obligations internationales » de l'URSS, notamment les traités de désarmement comme le traité FNI de 1987. Il s'agit de rassurer le monde et de préserver ce qui peut l'être d'un espace commun.
4. Les ruptures sont nettes. L'article 11 interdit dès la signature l'application des normes de « l'ex-Union des RSS » : le droit soviétique cesse de s'appliquer. L'article 14 fixe le siège des organes communs à Minsk, et non à Moscou, et interrompt l'activité des organes de l'ex-URSS. Le mot même de « Communauté d'États indépendants » dit l'essentiel : ce n'est plus un État fédéral, mais une association lâche d'États souverains. Le 21 décembre, à Alma-Ata, onze républiques rejoignent la CEI ; les pays baltes et la Géorgie restent à l'écart.
5. Arrivé au pouvoir le 11 mars 1985, Gorbatchev a voulu réformer le système : la perestroïka a désorganisé l'économie planifiée, déjà frappée par le contre-choc pétrolier de 1986, et la glasnost a libéré la parole, notamment celle des nationalités. En renonçant à la force dans les démocraties populaires, il a laissé tomber le bloc en 1989, ce qui a encouragé les républiques : la Lituanie proclame son indépendance le 11 mars 1990. En mars 1991, un référendum approuve pourtant le maintien d'une Union rénovée, mais le putsch des conservateurs (19-21 août 1991), qui veut empêcher la signature d'un nouveau traité d'Union, échoue et discrédite définitivement le centre. L'accord de Minsk tire les conséquences de cet effondrement : Gorbatchev démissionne le 25 décembre 1991, et l'URSS disparaît le lendemain.
Ce que cette analyse apprend — Analyser un accord en distinguant ce qu'il rompt et ce qu'il conserve, et identifier qui a le pouvoir de signer : c'est souvent là que se lit le vrai rapport de force.
Bloqué sur ce chapitre ?
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