Lycée · Terminale · Histoire-Géographie
La fin de la Guerre froide et le « nouvel ordre mondial »
Histoire — Thème 2 : La multipolarisation du monde. De l'effondrement du bloc soviétique (1989-1991) à l'émergence d'un monde unipolaire puis multipolaire.
À propos de cette page
Les causes de la fin de la Guerre froide
La fin de la Guerre froide résulte d'une combinaison de facteurs internes à l'URSS et d'une pression externe exercée par les États-Unis et les sociétés civiles des démocraties populaires.
• Glasnost (« transparence ») : politique de liberté d'expression et de presse lancée par Mikhaïl Gorbatchev à partir de 1986.
• Perestroïka (« restructuration ») : réforme économique et administrative visant à moderniser l'URSS.
• Doctrine Sinatra (1989) : Gorbatchev laisse les pays du bloc de l'Est choisir leur propre voie (rupture avec la doctrine Brejnev).
Les causes structurelles de l'effondrement soviétique :
- Crise économique : l'économie planifiée est en stagnation depuis les années 1970 (« zastoi », l'ère de stagnation sous Brejnev). La course aux armements épuise les finances soviétiques.
- Crise idéologique : le modèle communiste perd toute légitimité. La corruption, les pénuries et l'écart entre propagande et réalité provoquent une désillusion profonde.
- Tensions nationalistes : les peuples des républiques soviétiques (Pays baltes, Ukraine, Caucase) revendiquent leur indépendance.
- La guerre d'Afghanistan (1979-1989) : un « bourbier » militaire et financier qui révèle les limites de la puissance soviétique.
La pression américaine : Ronald Reagan intensifie la compétition militaire avec l'initiative de Défense Stratégique (IDS, dite « Guerre des étoiles », 1983), forçant l'URSS à des dépenses militaires insoutenables. En 1987, le traité INF (élimination des missiles nucléaires à portée intermédiaire) marque un premier geste de désarmement.
L'effondrement du bloc soviétique (1989)
L'année 1989 constitue un tournant historique majeur : en quelques mois, les régimes communistes d'Europe de l'Est s'effondrent les uns après les autres, dans un effet domino sans précédent.
| Pays | Événement | Date |
|---|---|---|
| Pologne | Victoire de Solidarność aux élections (premier Premier ministre non communiste) | Juin 1989 |
| Hongrie | Ouverture de la frontière austro-hongroise ; dissolution du parti communiste | Août-oct. 1989 |
| RDA | Chute du mur de Berlin | 9 nov. 1989 |
| Tchécoslovaquie | Révolution de Velours (transition pacifique) | Nov. 1989 |
| Roumanie | Chute et exécution de Ceaușescu | Déc. 1989 |
| Bulgarie | Chute du régime communiste | Nov. 1989 |
Ces révolutions sont généralement pacifiques (sauf en Roumanie). Gorbatchev n'intervient pas militairement, rompant avec la doctrine Brejnev qui autorisait l'URSS à intervenir dans les pays frères. C'est la doctrine Sinatra — chaque pays fait « à sa façon ».
La dissolution de l'URSS (1991)
La désintégration de l'URSS est un processus qui s'accélère entre 1990 et 1991, sous l'effet conjugué des revendications nationalistes et de la crise économique.
Les étapes de la dissolution :
- 1990 : Les républiques baltes (Estonie, Lettonie, Lituanie) proclament leur indépendance ; Gorbatchev tente de les maintenir dans l'URSS, sans succès durable.
- Août 1991 : Tentative de coup d'État conservateur (putsch de Moscou) contre Gorbatchev. Échec du putsch grâce à la résistance de Boris Eltsine, président de la Russie, et de la population moscovite.
- Décembre 1991 : Les dirigeants de Russie, Ukraine et Biélorussie signent les accords de Minsk (8 décembre), acte de décès de l'URSS. La CEI (Communauté des États Indépendants) est créée.
- 25 décembre 1991 : Gorbatchev démissionne. L'URSS est officiellement dissoute. Le drapeau rouge est abaissé du Kremlin.
Le « nouvel ordre mondial » selon Bush
Face à l'effondrement soviétique, le président américain George H. W. Bush articule sa vision d'un nouveau système international lors de son discours devant le Congrès en septembre 1990, à l'occasion de la crise du Golfe.
Les piliers du nouvel ordre mondial :
- Hyperpuissance américaine : les États-Unis, seule superpuissance, dominent militairement, économiquement et culturellement (hard power + soft power).
- Multilatéralisme : action collective via l'ONU, réactivation du Conseil de sécurité (bloqué pendant la Guerre froide).
- Universalisme démocratique : Francis Fukuyama théorise la « fin de l'Histoire » (1989) — la démocratie libérale serait le stade final de l'évolution politique des sociétés.
- Mondialisation économique : libre-échange, création de l'OMC (1995), expansion du capitalisme à l'échelle mondiale.
La guerre du Golfe (1990-1991) : première guerre du « nouvel ordre »
La guerre du Golfe constitue le premier test du nouvel ordre mondial : une coalition internationale, mandatée par l'ONU, intervient pour rétablir l'ordre international violé par l'Irak de Saddam Hussein.
Chronologie :
- 2 août 1990 : L'Irak envahit et annexe le Koweït.
- Août 1990 – janvier 1991 : Mise en place d'une coalition de 34 pays sous commandement américain. L'ONU adopte plusieurs résolutions (dont la résolution 678 autorisant le recours à la force).
- 17 janvier – 28 février 1991 : Opération « Tempête du désert » — la coalition libère le Koweït en 100 heures de combat terrestre après 6 semaines de bombardements.
Portée symbolique : Pour Bush, la victoire rapide confirme la puissance américaine et la capacité de l'ONU à agir. Mais Saddam Hussein reste au pouvoir, ce qui constitue une limite de l'intervention (objectif limité à la libération du Koweït, pas au changement de régime).
Les limites et crises du nouvel ordre mondial
Dès le début des années 1990, le « nouvel ordre mondial » révèle ses failles : les États-Unis ne peuvent pas maîtriser tous les conflits, et de nouveaux types de violences émergent.
Les principales crises :
- Somalie (1993) : L'opération « Restore Hope » tourne au fiasco. La mort de soldats américains à Mogadiscio oblige Clinton à retirer ses troupes. L'hyperpuissance n'est pas invincible.
- Yougoslavie (1991-1999) : Les guerres de décomposition de la Yougoslavie (Bosnie, Kosovo) montrent la difficulté à agir en Europe même. Le génocide de Srebrenica (1995) révèle l'impuissance de l'ONU.
- Rwanda (1994) : Le génocide des Tutsis (800 000 morts en 3 mois) se déroule sans intervention internationale efficace — échec patent du « droit d'ingérence ».
- Irak (1998-2003) : Saddam Hussein défie les inspecteurs de l'ONU, signe d'une résistance aux normes du nouvel ordre.
Bilan : vers un monde unipolaire ?
La décennie 1990 voit les États-Unis exercer une hégémonie sans précédent dans l'histoire moderne : militaire, économique, culturelle et normative.
Les caractéristiques de l'unipolarité américaine :
- Hard power : budget militaire américain = 36 % des dépenses militaires mondiales dans les années 1990. L'OTAN s'étend à l'Est (Pologne, Hongrie, République tchèque en 1999).
- Soft power : domination culturelle (Hollywood, Internet, fast-food), économique (dollar, FMI, Banque mondiale) et normative (droits de l'homme, démocratie).
- Universalisme libéral : l'Occident promeut un modèle politique et économique universel.
Cependant, des contre-pouvoirs émergent : la Chine amorce sa montée en puissance économique, la Russie de Poutine (à partir de 1999) affirme ses intérêts, et le monde arabo-musulman manifeste une hostilité croissante à l'hégémonie américaine, qui culminera avec les attentats du 11 septembre 2001, mettant fin à la décennie du « nouvel ordre mondial ».
- 1989 : chute du mur de Berlin → effondrement des démocraties populaires d'Europe de l'Est.
- 25 décembre 1991 : dissolution officielle de l'URSS ; fin de la bipolarité.
- Gorbatchev (glasnost/perestroïka) et Reagan (IDS, traité INF) : acteurs-clés de la fin de la Guerre froide.
- Nouvel ordre mondial (Bush, 1990) : hégémonie américaine, multilatéralisme, démocratie libérale.
- Guerre du Golfe (1990-91) : premier test du nouvel ordre → victoire de la coalition mais limites visibles.
- Crises (Somalie, Bosnie, Rwanda) révèlent les failles du système.
- « Hyperpuissance » (Védrine) : domination américaine jusqu'au 11-Septembre 2001.
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