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Les modèles démographiques

Modèle de Malthus (suite géométrique), modèle logistique de Verhulst, ressources, prévisions de population mondiale et limites des modèles

À propos de cette page
Ce cours d' en terminale sur « Les modèles démographiques » suit le programme officiel d' de terminale. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : L'essentiel, Le modèle de Malthus : une croissance exponentielle, Population et ressources : la « catastrophe malthusienne », Le modèle logistique de Verhulst. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de terminale à réussir en .
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L'essentiel

Population, modèle démographique. Une population est un ensemble d'individus d'une même espèce vivant sur un même territoire. Son effectif varie sous l'effet des naissances, des décès et des migrations. Un modèle démographique décrit mathématiquement cette évolution (par une suite ou une fonction) à partir d'hypothèses simples, afin d'en comprendre les mécanismes et de faire des prévisions.
Taux de natalité, de mortalité, d'accroissement naturel. Le taux de natalité (resp. de mortalité) est le nombre de naissances (resp. de décès) de l'année rapporté à l'effectif de la population ; il s'exprime souvent en ‰. En l'absence de migrations, le taux d'accroissement naturel vaut t=natalité−mortalité.
Croissance linéaire ou exponentielle.
• Linéaire : on ajoute chaque année la même quantité a : vn+1=vn+a (suite arithmétique), donc vn=v0+na.
• Exponentielle : on multiplie chaque année par le même coefficient q : un+1=qun (suite géométrique), donc un=u0qn.
ModèleHypothèseÉvolution prévue
Malthus (1798)accroissement proportionnel à l'effectifexponentielle, sans limite
Verhulst (1838)croissance freinée par les limites du milieulogistique : tend vers une capacité K
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Le modèle de Malthus : une croissance exponentielle

Hypothèse de Malthus. Chaque année, la variation de la population est proportionnelle à son effectif : un+1−un=tun, avec t constant. Donc un+1=(1+t)un : la suite (un) est géométrique de raison q=1+t et un=u0(1+t)n.
Propriété. Si t>0 (donc q>1), la population croît sans limite, et l'augmentation annuelle en nombre, tun, grandit elle aussi : c'est une croissance exponentielle. Si $t < 0$ (donc $0 < q < 1$), la population décroît vers 0.
Exemple. Une ville de 50 000 habitants a un taux de natalité de 18 ‰ et un taux de mortalité de 6 ‰. Le taux d'accroissement vaut 18 − 6 = 12 ‰, soit t=0,012 et q=1,012. Dix ans plus tard : u10=50000×1,01210≈56335 habitants.
Temps de doublement. C'est le plus petit entier n tel que qn≥2 ; il ne dépend pas de u0. Ordre de grandeur : environ 70 divisé par le taux exprimé en %. Ici 70/1,2≈58 ; le calcul exact donne 59 ans (méthode 3).
Repère historique. Dans son Essai sur le principe de population (1798), le pasteur et économiste anglais Thomas Malthus affirme qu'une population que rien ne freine double environ tous les 25 ans, c'est-à-dire croît selon une progression géométrique.
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Population et ressources : la « catastrophe malthusienne »

Hypothèse sur les ressources. Malthus suppose que les subsistances (production agricole) n'augmentent que d'une quantité fixe chaque année : croissance linéaire, modélisée par une suite arithmétique vn=v0+na.
Propriété. Une suite géométrique de raison q>1 et de premier terme positif finit toujours par dépasser une suite arithmétique, quels que soient les termes initiaux : l'augmentation annuelle de la population, (q−1)un, grandit sans cesse, alors que celle des ressources reste égale à a. Dans le modèle, la pénurie est donc inévitable : c'est la « catastrophe malthusienne ». Malthus préconisait de limiter les naissances par la « contrainte morale » (mariage tardif).
Exemple. Population : 2 millions, +2 % par an, un=2×1,02n. Ressources : de quoi nourrir 3 millions de personnes, +0,1 million par an, vn=3+0,1n (en millions).
n0459091
un24,8811,8912,12
vn37,51212,1
La population dépasse les ressources à partir de n=91, malgré l'avantage initial des ressources.
Ce que l'histoire a montré. Au XXe siècle, la production agricole mondiale a augmenté plus vite que la population (engrais, irrigation, sélection de variétés, mécanisation : la « révolution verte ») : l'hypothèse linéaire de Malthus s'est révélée fausse à l'échelle mondiale. Les ressources restent pourtant limitées : sols, eau douce, énergie, biodiversité, climat.
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Le modèle logistique de Verhulst

Hypothèse de Verhulst (1838). Le mathématicien belge Pierre-François Verhulst suppose que la croissance ralentit quand l'effectif approche une valeur maximale K, la capacité d'accueil (ou capacité limite) du milieu. Modèle discret : un+1=un+run(1−unK),r>0.
Propriétés.
• Si un est petit devant K, alors 1−un/K≈1 : on retrouve le modèle de Malthus, avec q=1+r.
• L'accroissement run(1−un/K) est nul pour un=K, maximal pour un=K/2, négatif si un>K.
• Pour $0 < r \leq 1$ et $0 < u_0 < K$, la suite est croissante et tend vers $K$ sans la dépasser.
Fonction logistique. En temps continu, l'effectif s'écrit P(t)=K1+Ae−rt avec A=K−P0P0. Sa courbe en forme de S (sigmoïde) a pour asymptote horizontale la droite d'équation y=K.
Exemple. K=1200, r=0,5, u0=150 : u1=150+0,5×150×(1−0,125)=215,625, puis u2≈304,1. L'accroissement augmente (65,6 puis 88,4) tant que l'effectif reste inférieur à K/2=600 ; il diminuera ensuite.
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Les modèles démographiques face à la population mondiale

Année≈ 18001927196019741987199920112022
Population mondiale (milliards)12345678
Un ralentissement observé. Le taux de croissance mondial a dépassé 2 % par an dans les années 1960 ; il est aujourd'hui inférieur à 1 %. C'est l'effet de la transition démographique : la mortalité baisse d'abord (hygiène, vaccins, alimentation), puis la natalité baisse à son tour. Entre les deux, la croissance est très forte ; ensuite, elle ralentit : l'allure devient logistique plutôt qu'exponentielle.
Prévisions. Selon le scénario médian des projections de l'ONU publiées en 2024, la population mondiale atteindrait un maximum d'environ 10,3 milliards au milieu des années 2080, puis diminuerait légèrement d'ici 2100. Ces projections sont données avec une fourchette (variantes haute et basse) qui dépend surtout de l'évolution de la fécondité.
Limites des modèles. Malthus et Verhulst résument une population par un seul nombre : ils ignorent la structure par âge, les migrations, les épidémies, les guerres, les politiques familiales. Leurs paramètres (t, r, K) sont estimés sur le passé et peuvent changer ; K dépend des techniques et des modes de consommation. Un modèle est d'autant moins fiable qu'on l'utilise loin des données qui ont servi à le construire.
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Méthodes

Méthode 1 — Construire un modèle de Malthus et faire une prévision
  1. Calculer le taux d'accroissement t = natalité − mortalité et l'écrire sous forme décimale (1 ‰ = 0,001).
  2. En déduire la raison q=1+t.
  3. Écrire un=u0qn, où n = année visée − année de départ.
  4. Calculer, arrondir de façon réaliste (à l'unité pour des personnes) et conclure par une phrase.
Exemple rédigé. Une commune compte 12 000 habitants en 2020 ; natalité 15,5 ‰, mortalité 9,5 ‰. On a t=15,5−9,5=6 ‰ =0,006, donc q=1,006 et un=12000×1,006n. L'année 2035 correspond à n=15 : u15=12000×1,00615≈13127. Le modèle prévoit environ 13 127 habitants en 2035.
Méthode 2 — Reconnaître une croissance linéaire ou exponentielle
  1. Calculer les différences successives un+1−un : si elles sont constantes, la croissance est linéaire.
  2. Sinon, calculer les quotients un+1/un : s'ils sont constants (ou presque), la croissance est exponentielle de raison q.
  3. Traduire q en pourcentage : taux =(q−1)×100 %.
Exemple rédigé. Effectifs : 400 ; 440 ; 484 ; 532,4. Les différences (40 ; 44 ; 48,4) ne sont pas constantes. Les quotients valent 440/400=484/440=532,4/484=1,1 : croissance exponentielle, de +10 % par étape.
Méthode 3 — Déterminer un seuil avec un algorithme
  1. Initialiser l'effectif et un compteur d'années.
  2. Tant que le seuil n'est pas atteint, appliquer la relation de récurrence et ajouter 1 au compteur.
  3. Afficher le compteur, puis le traduire en année.
Exemple rédigé. Temps de doublement de la ville de la partie 2 :
u = 50000
n = 0
while u < 100000:
    u = u * 1.012
    n = n + 1
print(n)
Le programme affiche 59, car $1{,}012^{58} \approx 1{,}997 < 2$ et $1{,}012^{59} \approx 2{,}021 \geq 2$ : la population double en 59 ans. Au tableur : B3 = B2*1,012, recopiée vers le bas.
Méthode 4 — Confronter un modèle aux données
  1. Calculer l'écart relatif valeur du modèle−valeur observéevaleur observée.
  2. Dire si le modèle surestime (écart positif) ou sous-estime (écart négatif).
  3. Relier l'écart à une hypothèse du modèle qui n'est plus vérifiée.
Exemple rédigé. Un modèle prévoit 8,6 millions d'habitants ; on en observe 8,1 millions. Écart relatif : 8,6−8,18,1≈0,062. Le modèle surestime de 6,2 % : le taux de croissance a baissé, l'hypothèse d'un taux constant n'est plus valable.
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Pièges et erreurs classiques

Confondre t et q. Pour +1,2 % par an, on multiplie par 1,012, pas par 0,012 ni par 1,2.
Mélanger ‰ et %. 12 ‰ = 1,2 % = 0,012. Une erreur d'un facteur 10 fausse toute la prévision.
Additionner les taux. +1 % par an pendant 10 ans ne fait pas +10 % : 1,0110≈1,1046, soit +10,46 %. Inversement, un taux annuel moyen s'obtient par une racine : q=(coefficient global)1/n, et non en divisant le taux global par n.
Décalage d'indice. Si u0 correspond à 2025, l'année 2040 correspond à n=15, ni à n=16 ni à n=2040.
Confondre r et le taux observé. Dans le modèle logistique, le taux de croissance effectif vaut r(1−un/K) : il n'est proche de r que pour une population petite devant K.
Prendre une prévision pour une certitude. Un modèle ajusté sur quelques décennies ne « prouve » rien sur l'an 2100 : il faut toujours discuter ses hypothèses et ses paramètres.
En bref
  • Malthus (1798) : taux constant, un=u0(1+t)n, croissance exponentielle ; avec des ressources linéaires, la pénurie est inévitable dans le modèle.
  • t = natalité − mortalité ; q=1+t ; temps de doublement : plus petit n tel que qn≥2.
  • Verhulst (1838) : un+1=un+run(1−un/K) ; croissance freinée, courbe en S, limite K (capacité d'accueil) ; accroissement maximal pour un=K/2.
  • Population mondiale : 8 milliards en 2022, croissance inférieure à 1 % par an, pic projeté vers 10,3 milliards dans les années 2080 (ONU, 2024).
  • Tout modèle repose sur des hypothèses : le confronter aux données (écart relatif) et discuter ses limites.
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