Collège · 6ᵉ · Histoire
Rome et la Chine des Han : l'ancienne route de la soie
Les relations de l'empire romain avec les autres mondes anciens : la Chine des Han, les routes de la soie, les intermédiaires et les produits échangés (Ier-IIe siècle)
À propos de cette page
Deux empires aux deux bouts du monde
Aux Ier et IIe siècles après J.-C., deux empires immenses dominent l'Eurasie : à l'ouest, l'empire romain, autour de la Méditerranée ; à l'est, l'empire chinois des Han. Chacun compte plus de 50 millions d'habitants, soit à eux deux près de la moitié de l'humanité de l'époque. Entre les deux, plus de 7 000 km de déserts, de montagnes et de steppes.
| Empire romain | Empire des Han | |
|---|---|---|
| Capitale | Rome | Chang'an, puis Luoyang (à partir de 25 ap. J.-C.) |
| Chef | l'empereur (Auguste et ses successeurs) | l'empereur, « Fils du Ciel » |
| Population | 50 à 60 millions | environ 57 millions (recensement de l'an 2) |
| Écriture | alphabet latin | caractères chinois |
| Frontière menacée | le limes face aux Germains | la Grande Muraille face aux nomades Xiongnu |
La Chine des Han (206 av. J.-C. - 220 ap. J.-C.)
La dynastie des Han règne sur la Chine pendant plus de quatre siècles, de 206 av. J.-C. à 220 ap. J.-C. — à peu près la période qui va de la République romaine à la fin de la Paix romaine. Les Chinois d'aujourd'hui s'appellent encore « les Han ».
L'empereur est le Fils du Ciel : il gouverne au nom du Ciel, avec l'aide de milliers de fonctionnaires lettrés, recrutés pour leur connaissance des textes du philosophe Confucius. L'empereur le plus puissant, Wudi (141-87 av. J.-C.), agrandit l'empire vers le sud et l'ouest et prolonge la Grande Muraille pour se protéger des nomades Xiongnu.
| Invention ou savoir des Han | Ce que c'est |
|---|---|
| Le papier | fabriqué à partir d'écorces et de chiffons ; sa fabrication est perfectionnée par Cai Lun en 105 ap. J.-C. |
| La soie | fil produit par le cocon du ver à soie, élevé sur des mûriers ; le secret de sa fabrication est jalousement gardé |
| La fonte du fer, la brouette, le sismographe | des techniques que l'Occident ne connaîtra que bien plus tard |
| L'histoire écrite | Sima Qian rédige vers 100 av. J.-C. les Mémoires historiques, première grande histoire de la Chine |
Les routes de la soie : par la terre et par la mer
La route terrestre part de Chang'an, passe par Dunhuang et la porte de Jade, contourne le désert du Taklamakan par le nord ou par le sud d'oasis en oasis, franchit les montagnes du Pamir à Kashgar, atteint Samarcande et la Bactriane, traverse la Perse des Parthes jusqu'à Ctésiphon, puis rejoint Palmyre et Antioche, en Syrie romaine.
La route maritime est découverte par les Grecs et les Romains d'Égypte au Ier siècle av. J.-C. : grâce aux vents de mousson, des navires partent des ports de la mer Rouge (Bérénice, Myos Hormos) et atteignent l'Inde en deux mois ; de là, d'autres bateaux continuent vers l'Asie du Sud-Est et la Chine du Sud.
Les intermédiaires : Parthes, Kouchans, Sogdiens
Entre Rome et la Chine, plusieurs peuples vivent du commerce de transit et n'ont aucun intérêt à ce que les deux empires se parlent directement.
| Intermédiaire | Où ? | Son rôle |
|---|---|---|
| Les Parthes | Perse et Mésopotamie (capitale Ctésiphon) | grand rival de Rome ; ils contrôlent le passage obligé et revendent la soie chinoise très cher |
| Les Kouchans | Afghanistan et nord de l'Inde (Ier-IIIe siècle) | empire carrefour entre l'Inde, la Chine et la Perse ; ils frappent des monnaies d'or à l'image des monnaies romaines |
| Les Sogdiens | autour de Samarcande | marchands caravaniers présents sur toute la route, jusqu'en Chine |
| Les Palmyréniens | Palmyre, oasis de Syrie romaine | ils organisent les caravanes entre l'Euphrate et la Méditerranée et s'enrichissent énormément |
Ce qu'on échange : la soie contre l'or
| Venant de Chine | Venant d'Inde et d'Arabie | Venant de l'empire romain |
|---|---|---|
| soie (tissus et fil), laque, fer, fourrures, cannelle | poivre et épices, ivoire, perles, pierres précieuses, coton, encens | verre (très admiré en Chine), corail, ambre, tissus de laine et de lin, vin, et surtout monnaies d'or et d'argent |
La soie est le produit-roi. Légère, brillante, elle fait fureur chez les riches Romaines dès le Ier siècle. Les moralistes s'indignent : le philosophe Sénèque dénonce des robes « qui ne cachent rien », et en 16 ap. J.-C. le Sénat interdit aux hommes de porter de la soie, jugée indigne d'un Romain.
Les routes ne transportent pas que des marchandises. Elles font circuler des techniques (le verre vers l'est, le papier vers l'ouest, bien plus tard), des religions (le bouddhisme passe de l'Inde en Chine par l'Asie centrale au Ier siècle) et aussi des maladies : la peste antonine, qui frappe l'empire romain à partir de 165, est peut-être arrivée par ces routes.
Ce que Rome et la Chine savent l'une de l'autre
Malgré des siècles d'échanges, les deux empires se connaissent très mal. Chacun n'a de l'autre que des rumeurs rapportées par les intermédiaires.
| Ce que les Romains disent des Chinois | Ce que les Chinois disent des Romains |
|---|---|
| Ils les appellent les Sères, « le peuple de la soie ». Pline croit que la soie est un duvet peigné sur les feuilles des arbres. Le géographe Ptolémée place leur capitale « Sera » très loin à l'est, sans savoir où. | Ils appellent Rome Da Qin, « la Grande Chine » de l'Ouest, car ses habitants « ressemblent aux Chinois ». Les textes décrivent un pays riche en or et en verre, aux rois « choisis parmi les plus sages », où l'on connaît la soie… ce qui est faux. |
- Aux Ier-IIe siècles, deux empires de plus de 50 millions d'habitants : Rome à l'ouest, la Chine des Han (206 av. J.-C. - 220 ap. J.-C.) à l'est, capitales Chang'an puis Luoyang.
- L'empereur Han est le Fils du Ciel, aidé de fonctionnaires lettrés (Confucius). Inventions : papier (Cai Lun, 105), soie (secret gardé), fonte du fer. Zhang Qian ouvre la voie vers l'ouest (138 av. J.-C.).
- Les routes de la soie (nom inventé en 1877) : route terrestre Chang'an → Dunhuang → Samarcande → Ctésiphon → Palmyre/Antioche ; route maritime par la mer Rouge, l'Inde et la mousson.
- Intermédiaires : Parthes (Perse, rivaux de Rome), Kouchans (Inde du Nord), Sogdiens (Samarcande), Palmyréniens. Ils bloquent les contacts directs (Gan Ying, 97).
- Échanges : soie, laque, fer contre verre, corail, laine, et surtout or et argent romains (Pline : 100 millions de sesterces par an). Circulent aussi le bouddhisme et des maladies.
- Connaissance réciproque très limitée : les « Sères » pour Rome, « Da Qin » pour la Chine ; une seule « ambassade » connue, en 166 (Andun = Marc Aurèle Antonin).
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