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Collège · 5ᵉ · EMC

Préjugés et stéréotypes

D'où viennent les idées toutes faites, ce que la science a mesuré de leurs effets, et ce que le droit permet ou interdit

À propos de cette page
Ce cours de emc en cinquième sur « Préjugés et stéréotypes » suit le programme officiel de emc de cinquième. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : Trois mots à ne pas confondre, D'où vient le mot « stéréotype » ?, Pourquoi notre cerveau fabrique des stéréotypes, Ce que les stéréotypes font aux gens : trois expériences. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de cinquième à réussir en emc.
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Trois mots à ne pas confondre

NotionDéfinitionNatureExemple
StéréotypeImage simplifiée et figée attribuée à tous les membres d'un groupeUne croyance (ce que l'on pense)« Les Marseillais exagèrent tout le temps. »
PréjugéJugement, souvent négatif, porté avant de connaître la personne, à partir d'un stéréotypeUne attitude (ce que l'on ressent envers quelqu'un)« Ce nouveau est marseillais, il va sûrement mentir. »
DiscriminationTraitement défavorable fondé sur un critère interdit par la loiUn acte (ce que l'on fait)Ne pas le prendre dans l'équipe à cause de son origine.
Retenir la chaîne. Stéréotype (on pense) → préjugé (on juge) → discrimination (on agit). La loi ne punit que le troisième maillon et les paroles publiques qui incitent au deuxième ; les deux premiers relèvent de l'éducation et de l'esprit critique.
Attention ! Un stéréotype « positif » (« les Asiatiques sont forts en maths ») reste un stéréotype : il enferme chaque personne dans une case et pèse sur celles qui n'y correspondent pas.
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D'où vient le mot « stéréotype » ?

Le mot vient de l'imprimerie. À la fin du XVIIIe siècle, l'imprimeur Firmin Didot met au point la stéréotypie : une plaque de métal fixe (du grec stereos, « solide », et tupos, « empreinte ») qui permet de réimprimer la même page à l'infini, sans rien changer. Un stéréotype, c'est donc une image reproduite à l'identique, sans regarder la réalité.

DateRepère
1913Publication du Dictionnaire des idées reçues de Gustave Flaubert (écrit vers 1870) : catalogue moqueur des phrases toutes faites de son époque (« BLONDES : plus chaudes que les brunes »).
1922Le journaliste américain Walter Lippmann (Public Opinion) emploie le mot au sens actuel : les stéréotypes sont « les images dans nos têtes » qui nous évitent de regarder chaque situation en détail.
1954Le psychologue Gordon Allport (The Nature of Prejudice) définit le préjugé comme « une antipathie fondée sur une généralisation erronée et rigide ».
Exemple. « Fort comme un Turc », « têtu comme un Breton », « radin comme un Écossais » : ces expressions figées fonctionnent comme des plaques d'imprimerie. Elles réimpriment la même image quel que soit le Turc, le Breton ou l'Écossais que l'on a en face de soi.
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Pourquoi notre cerveau fabrique des stéréotypes

Les stéréotypes ne sont pas seulement une question de méchanceté : ils viennent de la façon dont notre cerveau range le monde en catégories pour aller vite. Trois mécanismes, mesurés par la psychologie :

MécanismeCe qui se passeExpérience de référence
CatégorisationDès qu'on répartit des gens en groupes, même au hasard, on favorise « les siens »Henri Tajfel, 1971 : des adolescents répartis en deux groupes par tirage au sort donnent plus de points aux membres de leur propre groupe, qu'ils ne connaissent pourtant pas
Biais de confirmationOn remarque et on retient ce qui confirme ce que l'on croit déjà, on oublie le resteDécrit par le psychologue Peter Wason (1960)
TransmissionFamille, publicité, films, réseaux sociaux et langage répètent les mêmes imagesExemple : rayons de jouets « filles » (rose, poupées) et « garçons » (bleu, construction)
Généralisation abusive. Passer d'un cas (« mon voisin belge est lent ») à un groupe entier (« les Belges sont lents ») : c'est le raisonnement de base du stéréotype. Un seul contre-exemple suffit logiquement à le réfuter, mais le biais de confirmation nous empêche de le voir.
Astuce. Face à une phrase qui commence par « Les … sont … », demande-toi : tous ? d'après quelles données ? qui l'a mesuré ? Si personne ne peut répondre, c'est un stéréotype.
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Ce que les stéréotypes font aux gens : trois expériences

ExpérienceProtocoleRésultat
Effet Pygmalion
Rosenthal et Jacobson, 1968, école primaire de San Francisco
On fait croire aux enseignants que 20 % des élèves, tirés au sort, vont « faire des progrès spectaculaires »Huit mois plus tard, ces élèves ont progressé nettement plus que les autres : les attentes du maître ont changé son comportement, puis les résultats
Menace du stéréotype
Steele et Aronson, 1995, université de Stanford
Même test difficile donné à des étudiants noirs et blancs ; à la moitié d'entre eux on dit qu'il « mesure l'intelligence »Quand le test est présenté comme mesurant l'intelligence, les étudiants noirs réussissent moins bien ; sans cette consigne, les résultats sont équivalents
Filles et maths
Spencer, Steele et Quinn, 1999
Test de maths ; à un groupe on annonce qu'il « montre des différences entre les sexes »Les femmes réussissent moins bien uniquement dans ce groupe ; quand on annonce l'absence de différence, l'écart disparaît
Menace du stéréotype. Baisse de performance d'une personne qui craint de confirmer un stéréotype négatif sur son groupe. La peur occupe une partie de l'attention, et le résultat baisse : le stéréotype se réalise parce qu'il existe.
Exemple. En France, les filles ont en moyenne de meilleurs résultats scolaires que les garçons à tous les niveaux, mais elles restent minoritaires dans les écoles d'ingénieurs (moins d'un tiers des élèves) : les choix d'orientation, pas les capacités, expliquent l'écart. C'est pourquoi le Code de l'éducation (article L. 121-1) demande à l'école de « favoriser la mixité et l'égalité entre les hommes et les femmes, notamment en matière d'orientation ».
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Stéréotype ou statistique ? La différence

Dire « en moyenne, les hommes adultes sont plus grands que les femmes » n'est pas un stéréotype : c'est une statistique, mesurable et vraie en moyenne. Le stéréotype commence quand on applique la moyenne à chaque individu (« cette femme est forcément plus petite que cet homme ») ou quand on invente une moyenne que personne n'a mesurée.

StatistiqueStéréotype
SourceUne mesure, une enquête, un chiffre vérifiableL'habitude, le « on dit », l'exemple isolé
PortéeDécrit une tendance moyenne d'un groupeDécrit chaque membre du groupe
Face à un contre-exempleLa moyenne reste vraie, l'individu est différent : pas de contradictionOn dit « c'est l'exception qui confirme la règle » : le biais de confirmation protège le stéréotype
ExplicationOn cherche les causes (histoire, éducation, conditions sociales)On invoque une « nature » du groupe
Attention ! Même une statistique vraie ne justifie jamais de traiter une personne selon la moyenne de son groupe : c'est précisément ce que la loi appelle une discrimination (voir le chapitre précédent). Un assureur qui ferait payer plus cher les jeunes conducteurs se fonde sur une statistique d'accidents, mais depuis 2012 il n'a plus le droit de faire payer plus cher les hommes que les femmes.
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Ce que dit la loi

En France, il n'y a pas de délit d'opinion : penser ou croire un stéréotype n'est pas puni. Ce qui est puni, c'est de l'exprimer publiquement sous certaines formes ou de le transformer en acte.

ComportementQualificationTexte et peine maximale
Croire que « les jeunes de banlieue sont des délinquants »Stéréotype : aucune infraction
Traiter publiquement quelqu'un de « sale [origine] »Injure publique racialeLoi du 29 juillet 1881, art. 33 : 1 an et 45 000 €
Appeler publiquement à chasser ou à frapper les membres d'un groupeProvocation à la haine ou à la violenceLoi de 1881, art. 24 : 1 an et 45 000 €
Affirmer publiquement qu'un groupe est composé de voleursDiffamation racialeLoi de 1881, art. 32 : 1 an et 45 000 €
Refuser un logement à cause de l'origineDiscriminationCode pénal, art. 225-2 : 3 ans et 45 000 €

La loi combat aussi les stéréotypes en amont :

  • Loi du 4 août 2014 pour l'égalité réelle entre les femmes et les hommes : l'État mène des « actions destinées à prévenir et à lutter contre les stéréotypes sexistes » (article 1er).
  • Code de l'éducation, article L. 121-1 : les écoles, collèges et lycées « contribuent à favoriser la mixité et l'égalité entre les hommes et les femmes, notamment en matière d'orientation ».
  • L'ARCOM (autorité de régulation de l'audiovisuel, ex-CSA) veille à « une juste représentation des femmes et des hommes » dans les programmes et contre les stéréotypes sexistes (loi du 30 septembre 1986, modifiée en 2014).
Repère. « Public » signifie : en classe devant tous, dans la rue, sur un réseau social ouvert. Un message dans un groupe privé restreint relève de l'injure non publique, punie d'une amende (1 500 € si elle est raciste).
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Les outils pour s'en défaire

OutilComment ?
Chercher la sourceQui a mesuré ? Sur combien de personnes ? Un chiffre sans source n'est qu'une idée reçue.
Chercher le contre-exempleUn seul cas contraire réfute un « tous ». Marie Curie (deux prix Nobel) réfute « les femmes ne sont pas faites pour les sciences ».
Distinguer moyenne et individuMême si une tendance existe, la personne en face n'est pas une moyenne.
RencontrerAllport (1954) a montré que le contact direct entre groupes, à égalité et autour d'un but commun, réduit les préjugés : c'est l'« hypothèse du contact ».
Nommer le mécanismeSavoir qu'il existe une menace du stéréotype réduit son effet : les expériences montrent que des élèves informés y résistent mieux.
Deux dates. 21 mars : Journée internationale pour l'élimination de la discrimination raciale (ONU, 1966, en mémoire du massacre de Sharpeville en Afrique du Sud, 21 mars 1960) ; en France, « Semaine d'éducation et d'actions contre le racisme et l'antisémitisme » dans les écoles. 8 mars : Journée internationale des droits des femmes (ONU, 1977).
Exemple. Un élève affirme : « Les gauchers sont maladroits. » Source ? Aucune. Contre-exemple ? Rafael Nadal, gaucher, 22 titres du Grand Chelem. Origine du stéréotype ? Le mot « gauche » a pris le sens de « maladroit » en français (« être gauche »), et pendant longtemps l'école forçait les gauchers à écrire de la main droite, ce qui les rendait effectivement moins habiles… de la main droite.
En bref
  • Stéréotype = croyance figée sur un groupe (on pense) ; préjugé = jugement porté d'avance sur une personne (on juge) ; discrimination = acte défavorable sur un critère interdit (on agit). Seul le dernier est un délit.
  • Le mot vient de l'imprimerie (plaque fixe, Didot) ; sens actuel : Lippmann, 1922 ; préjugé défini par Allport, 1954.
  • Mécanismes : catégorisation (Tajfel, 1971), biais de confirmation, transmission par la famille, les médias, le langage.
  • Effets mesurés : effet Pygmalion (Rosenthal et Jacobson, 1968), menace du stéréotype (Steele et Aronson, 1995 ; filles et maths, 1999) : la prophétie se réalise parce qu'on y croit.
  • Une statistique décrit une moyenne mesurée ; un stéréotype l'applique à chaque individu ou l'invente.
  • Pas de délit d'opinion, mais injure, diffamation et provocation à la haine publiques sont punies (loi de 1881 : 1 an et 45 000 €). Loi du 4 août 2014 et Code de l'éducation (L. 121-1) contre les stéréotypes sexistes.
  • Outils : source, contre-exemple, moyenne ≠ individu, contact (Allport), nommer le mécanisme. 21 mars, 8 mars.
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