Exercice 1 — Questions de connaissances
1. Définition de « révolution industrielle » (1 pt)
La révolution industrielle désigne l'ensemble des transformations économiques, techniques et sociales qui ont permis le passage, à partir de la seconde moitié du XVIIIe siècle, d'une société rurale et artisanale à une société dominée par l'industrie et les machines. Elle repose sur la mécanisation de la production, l'utilisation de la vapeur (charbon) et le développement des usines.
2. Deux innovations techniques majeures (2 pts — 1 pt par innovation correctement identifiée)
- La machine à vapeur améliorée par James Watt en 1769 : transforme l'énergie thermique du charbon en énergie mécanique applicable à toutes les machines industrielles.
- La locomotive à vapeur de George Stephenson en 1825 (ligne Stockton–Darlington) : révolutionne les transports terrestres et favorise la diffusion de l'industrialisation.
Autres réponses acceptables : Spinning Jenny (Hargreaves, 1764), métier à tisser mécanique (Cartwright, 1784), hauts fourneaux au coke, bateau à vapeur.3. Le prolétariat et la classe opposée (1 pt)Le
prolétariat désigne l'ensemble des ouvriers qui ne possèdent pas de moyens de production (usines, machines) et vivent uniquement de la vente de leur force de travail contre un salaire. Dans la pensée de
Karl Marx, la classe qui lui est opposée est la
bourgeoisie industrielle (ou classe capitaliste), qui possède les moyens de production et tire profit du travail ouvrier.
4. Légalisation de la grève en France (1 pt)Le droit de grève est légalisé en France en
1864 sous le régime du
Second Empire (Napoléon III). Cette loi supprime le délit de coalition qui jusqu'alors exposait les grévistes à des poursuites pénales.
Exercice 2 — Analyse d'un témoignage
Rappel du document : extrait inspiré du rapport Villermé (1840) sur les conditions de travail dans les manufactures de coton.
Question 1 — Nature du document (1 pt)
Il s'agit d'un texte documentaire à caractère sociologique, extrait du Tableau de l'état physique et moral des ouvriers du docteur Louis René Villermé, publié en 1840. C'est un rapport d'enquête commandé par l'Académie des sciences morales et politiques, fondé sur des observations directes dans les manufactures françaises. Il constitue une source primaire de première importance sur les conditions ouvrières au XIXe siècle.
Question 2 — Deux grandes difficultés décrites (2 pts — 1 pt par difficulté)
- La durée excessive du travail : les ouvriers travaillent 13 à 15 heures par jour, ce qui est épuisant physiquement et ne laisse aucun temps pour la famille ou le repos.
- Le travail des enfants dans des conditions dangereuses : des enfants de 6 à 7 ans sont employés à des tâches pénibles (station debout prolongée), ce qui entraîne des problèmes de santé graves (pâleur, maigreur, maladies).
Question 3 — La loi inspirée par ce rapport (2 pts)Ce type de témoignage a contribué à l'adoption de la
loi du 22 mars 1841 sur le travail des enfants dans les manufactures, première loi sociale française en ce domaine. Elle prévoit :
- L'interdiction du travail des enfants de moins de 8 ans dans les usines.
- La limitation à 8 heures par jour pour les enfants de 8 à 12 ans et à 12 heures pour les 12-16 ans.
- L'interdiction du travail de nuit pour les moins de 13 ans.
Remarque : cette loi était peu appliquée faute d'inspection du travail efficace.Question 4 — Suffisance du document (1 pt)Ce document
n'est pas suffisant à lui seul pour connaître l'ensemble des conditions ouvrières, car il s'agit d'un témoignage partiel, centré sur les manufactures textiles françaises, qui ne rend pas compte de la diversité des situations (mines, métallurgie, autres pays) ni des évolutions dans le temps.
(Toute réponse nuancée indiquant les limites du document — secteur unique, auteur extérieur à la classe ouvrière, visée réformatrice — est acceptée.)
Exercice 3 — Compléter un tableau
Voici le tableau complété :
| Critère | Bourgeoisie industrielle | Prolétariat ouvrier |
|---|
| Rapport aux moyens de production | Propriétaire des usines, machines et capitaux. Investit et tire profit de leur exploitation. | Ne possède aucun moyen de production. Vend uniquement sa force de travail contre un salaire. |
| Revenu | Revenu élevé issu des bénéfices (profit industriel, dividendes, intérêts bancaires). Mode de vie aisé. | Salaire faible, souvent insuffisant pour subvenir aux besoins de la famille. Absence de protection en cas de maladie ou de chômage. |
| Conditions de logement | Résidences bourgeoises confortables dans les beaux quartiers des villes, villas et maisons de maître. | Entassement dans des corons ou des taudis insalubres, une pièce pour plusieurs personnes, sans eau courante ni égouts. |
| Rôle politique | Classe dominante politiquement : accède au suffrage censitaire, occupe les fonctions législatives et gouvernementales, influence les lois en sa faveur. | Exclu de la vie politique (suffrage censitaire jusqu'en 1848). Se défend par les syndicats (légaux en France en 1884) et les partis ouvriers socialistes. |
Barème indicatif : 0,5 pt par case correctement remplie avec les deux colonnes, soit 4 pts au total pour 4 lignes × 2 colonnes.
Exercice 4 — Situer dans l'espace
1. Deux pays ou régions industrialisés au XIXe siècle hors Grande-Bretagne (2 pts — 1 pt par exemple complet)
- La Belgique (région de Liège et du Hainaut) : première nation du continent à s'industrialiser dès les années 1820. Branches concernées : extraction houillère (mines de charbon), sidérurgie (fer et acier) et industrie textile (laine, lin).
- L'Allemagne (région de la Ruhr) : industrialisation rapide après 1850. Branches concernées : extraction du charbon, sidérurgie (acier Krupp à Essen), construction mécanique et industrie chimique. L'Allemagne devient la première puissance industrielle européenne à la fin du XIXe siècle.
Autres réponses acceptables : la France (Nord, Alsace, Loire), les États-Unis (côte Est, après la guerre de Sécession).2. Une ville française et son activité (1 pt)- Lille / Roubaix / Tourcoing (région Nord) : grand centre de l'industrie textile (coton, laine).
- Mulhouse (Alsace) : capitale de l'industrie cotonnière française.
- Saint-Étienne (Loire) : industrie minière (charbon), sidérurgie et armement.
- Le Creusot (Saône-et-Loire) : usines Schneider, sidérurgie et construction de machines.
Toute ville française industrielle du XIXe siècle correctement associée à son activité est acceptée.
Exercice 5 — Paragraphe argumenté
Éléments attendus et critères d'évaluation (2 pts)
- Les quatre mots-clés sont utilisés et correctement définis ou contextualisés : luddisme, syndicat, grève, socialisme. (0,5 pt par mot-clé bien employé)
- La progression chronologique est respectée (du plus primitif au plus organisé).
- La réponse est rédigée en phrases complètes, logiquement enchaînées.
Réponse modèle attendue :Au début du XIX
e siècle, les ouvriers réagirent d'abord de façon spontanée et violente contre la mécanisation : le
luddisme, mouvement né en Angleterre dans les années 1810-1820, consistait à briser les machines jugées responsables du chômage et de la misère ouvrière. Ces révoltes furent sévèrement réprimées et ne permirent pas d'améliorer durablement les conditions de travail.
Les ouvriers s'organisèrent ensuite collectivement en formant des associations secrètes, puis des
syndicats (appelés
trade-unions en Grande-Bretagne, légaux dès 1824 ; légalisés en France seulement en 1884 par la loi Waldeck-Rousseau). Ces organisations défendaient les intérêts professionnels des travailleurs face aux patrons.
La
grève, c'est-à-dire l'arrêt collectif du travail pour faire pression sur l'employeur, devint le principal outil de lutte. Elle est légalisée en France en 1864 sous Napoléon III.
Enfin, des théoriciens comme Karl Marx et Friedrich Engels développèrent le
socialisme scientifique, qui appelait les ouvriers à s'unir pour renverser le capitalisme (
Manifeste du Parti communiste, 1848), donnant naissance à des partis politiques ouvriers et à l'Internationale ouvrière (AIT, 1864).