Exercice 1 — Maîtrise du vocabulaire
Item 1 — Définitions (2 pts, 0,5 pt par terme) :
- Colonisation : Occupation d'un territoire étranger par une puissance qui l'administre et l'exploite à son profit ; ce territoire devient une colonie dépendante de la métropole.
- Protectorat : Forme de domination coloniale dans laquelle le territoire conserve un gouvernement local, mais est placé sous le contrôle politique et militaire d'une puissance européenne.
- Impérialisme : Politique par laquelle une grande puissance cherche à étendre sa domination politique, économique et culturelle sur d'autres peuples, que ce soit par la conquête directe, un protectorat ou une sphère d'influence.
- Mission civilisatrice : Idéologie raciste qui prétend que les Européens ont le devoir d'apporter le « progrès », le christianisme et leur culture aux peuples colonisés, justifiant ainsi la domination coloniale.
Item 2 — Exemples (2 pts, 0,5 pt par exemple pertinent) :- Colonisation : L'Algérie est une colonie française depuis 1830 ; les Français y administrent le territoire et en exploitent les ressources agricoles.
- Protectorat : La Tunisie est placée sous protectorat français en 1881 : le Bey de Tunis garde son titre mais la France contrôle la politique étrangère et les finances.
- Impérialisme : La Chine subit l'impérialisme de plusieurs puissances européennes (concessions à Shanghai, sphères d'influence) sans être totalement colonisée.
- Mission civilisatrice : Jules Ferry déclare en 1885 : « Les races supérieures ont le droit et le devoir de civiliser les races inférieures » — formule qui justifie idéologiquement la conquête coloniale française.
Exercice 2 — La conférence de Berlin
Item 1 — Quand, où, qui (1,5 pt) :
La conférence de Berlin se tient de novembre 1884 à février 1885 à Berlin (Allemagne), à l'initiative du chancelier Bismarck. Elle réunit 14 puissances, principalement européennes : France, Royaume-Uni, Allemagne, Belgique, Portugal, Espagne, Italie, Pays-Bas, Autriche-Hongrie, ainsi que la Russie, l'Empire ottoman, le Danemark, la Suède-Norvège et les États-Unis. Aucun État africain n'y est représenté.
Item 2 — Principe d'occupation effective et conséquences (1,5 pt) :
Le principe d'occupation effective stipule que toute puissance européenne souhaitant revendiquer un territoire africain doit y être effectivement présente et l'administrer réellement (pas de simple déclaration sur une carte).
Conséquences :
- Cela déclenche une course effrénée à l'occupation physique des territoires africains.
- En moins de 20 ans (1885–1914), presque toute l'Afrique est partagée entre les puissances européennes.
- Les frontières sont tracées à la règle sur des cartes, ignorant les réalités ethniques, linguistiques et politiques africaines.
Item 3 — Critique du point de vue africain (1 pt) :La conférence est critiquable car :
- Aucun Africain n'a été invité ni consulté, alors que c'est leur continent qui est partagé.
- Les frontières artificielles résultantes ont divisé des peuples ou au contraire regroupé des ennemis, provoquant des tensions et des conflits qui persistent aujourd'hui.
- C'est un acte de négation de la souveraineté des peuples africains et de leurs structures politiques préexistantes.
Exercice 3 — Les causes de la colonisation
Item 1 — Classement des causes (2 pts) :
| Cause | Catégorie | Justification |
|---|
| a) Accès aux matières premières | Économique | Les industries européennes ont besoin de coton, caoutchouc, minerais pour fonctionner. |
| b) Rivalité entre puissances européennes | Politique | La « course aux colonies » est liée aux rivalités nationales entre France, Royaume-Uni, Allemagne… |
| c) « Mission civilisatrice » | Idéologique | Idéologie raciste qui prétend justifier moralement la domination européenne. |
| d) Recherche de nouveaux marchés | Économique | Les entreprises européennes cherchent des débouchés pour écouler leurs produits manufacturés. |
| e) Restauration du prestige français après 1870 | Politique | Après la défaite contre la Prusse et la perte de l'Alsace-Lorraine, la France cherche à restaurer son rang de grande puissance par l'expansion coloniale. |
Item 2 — Hypocrisie de la « mission civilisatrice » (2 pts) :La « mission civilisatrice » est aujourd'hui considérée comme une justification hypocrite parce que :
- Elle repose sur des théories racistes fausses : il n'existe pas de « races supérieures » et « inférieures ». Toutes les civilisations ont leur valeur propre.
- Dans les faits, la colonisation s'accompagne de violences militaires, de travail forcé, de destructions culturelles et d'exploitation économique — ce qui contredit tout idéal de « civilisation ».
- Les arguments moraux masquent les véritables motivations économiques et politiques : les puissances européennes cherchent des ressources et des marchés, pas à « civiliser » qui que ce soit.
- Exemple : au Congo belge, sous couvert de « mission civilisatrice », Léopold II impose un régime de terreur qui provoque la mort de 5 à 10 millions de personnes.
Exercice 4 — Les résistances à la colonisation
Item 1 — Deux exemples de résistance armée (2 pts, 1 pt par exemple) :
- Samori Touré (Afrique de l'Ouest, 1882-1898) : Chef mandingue qui construit un empire et modernise son armée (fusils à répétition). Il résiste à la conquête française pendant près de 20 ans. Issue : il est finalement capturé en 1898 et déporté au Gabon, où il meurt en 1900. Sa résistance reste l'une des plus longues et des mieux organisées face à la colonisation française.
- La bataille d'Adoua (Éthiopie, 1896) : Le Négus Ménélik II dirige l'armée éthiopienne contre les troupes italiennes. Issue : victoire éclatante de l'Éthiopie — les Italiens subissent l'une de leurs plus grandes défaites coloniales. L'Éthiopie reste indépendante, seul grand État africain à résister avec succès à la conquête européenne.
Autre exemple accepté : la révolte des Cipayes en Inde (1857), soulèvement des soldats indiens contre la domination britannique, sévèrement réprimé.
Item 2 — Facteurs expliquant l'échec des résistances militaires (1 pt) :- Supériorité militaire européenne : les puissances coloniales disposent d'armes modernes (fusils à répétition, mitrailleuses, canonnières) très supérieures aux armements des peuples colonisés.
- Divisions internes : les rivalités entre royaumes et ethnies africains ou asiatiques empêchent souvent une résistance unifiée.
- Isolement : les résistants manquent de soutien extérieur, contrairement aux puissances coloniales qui ont des ressources et des réserves illimitées.
- Répressions massives : les Européens n'hésitent pas à mener des guerres totales (destruction de villages, massacres de populations) pour écraser les résistances.
Item 3 — Autres formes de résistance (1 pt) :- Résistances culturelles et religieuses : préservation des langues, des religions et des coutumes face à l'assimilation forcée ; mobilisation par les confréries islamiques en Afrique de l'Ouest.
- Résistances politiques naissantes : émergence de mouvements nationalistes, comme le Congrès national indien (fondé en 1885), porté par des élites éduquées dans les écoles coloniales qui revendiquent des droits et l'autonomie.
- Résistances passives : refus de travailler, fuite dans les forêts, sabotage des cultures imposées.
Exercice 5 — Bilan : conséquences de la colonisation
Item 1 — Conséquences pour les peuples colonisés (2 pts) :
a) Conséquences économiques :
- Remplacement des cultures vivrières (pour se nourrir) par des cultures d'exportation (coton, caoutchouc, arachide, cacao) imposées au profit de la métropole.
- Introduction d'impôts en argent obligeant les populations à travailler pour les colons.
- Construction d'infrastructures (chemins de fer, ports) uniquement au service de l'exportation des matières premières, non du développement local.
- Économies locales déstructurées et rendues dépendantes de la métropole.
b) Conséquences démographiques :- Multiplication des famines liées à l'abandon des cultures alimentaires.
- Mortalité massive due aux travaux forcés, aux mauvais traitements et aux épidémies de maladies introduites par les Européens.
- Exemple dramatique : au Congo belge, entre 5 et 10 millions de personnes meurent entre 1885 et 1908 à cause de l'exploitation du caoutchouc.
c) Conséquences culturelles :- Marginalisation des langues, religions et cultures locales, remplacées par les langues et cultures européennes.
- Scolarisation des enfants en français, anglais ou portugais, effaçant progressivement les cultures autochtones.
- Paradoxalement, certains colonisés s'emparent de l'éducation européenne pour construire les futurs mouvements d'indépendance.
Item 2 — La colonisation, germe des crises du XXe siècle (2 pts) :Cette affirmation est justifiée par plusieurs éléments :
- Les frontières artificielles : tracées à la règle à Berlin sans tenir compte des réalités africaines, elles regroupent dans un même État des peuples ennemis ou divisent des peuples unis — sources de guerres civiles et conflits ethniques tout au long du XXe siècle (ex. : Rwanda, Nigeria).
- Les économies déstructurées : la dépendance aux cultures d'exportation et l'absence d'industrie locale laissent les jeunes États indépendants du XXe siècle dans une grande vulnérabilité économique.
- Les séquelles culturelles : la marginalisation des langues et cultures locales provoque des crises identitaires dans les pays décolonisés.
- Les rivalités héritées : les puissances coloniales ont souvent favorisé certains groupes ethniques contre d'autres (politique du « diviser pour régner »), semant des haines durables entre communautés.
- La colonisation génère aussi, paradoxalement, les élites nationalistes (Gandhi, Ho Chi Minh, Senghor) qui mèneront les luttes d'indépendance — décolonisations souvent violentes qui marqueront le XXe siècle.