Collège · 3ᵉ · SVT
Biodiversité et activités humaines
Érosion de la biodiversité et stratégies de préservation
À propos de cette page
La biodiversité, trois niveaux imbriqués
Environ 2 millions d'espèces sont décrites, pour un total estimé entre 8 et 10 millions : la plupart des espèces vivantes sont encore inconnues, surtout parmi les insectes, les champignons et les micro-organismes. Beaucoup disparaissent avant d'avoir été nommées.
Mesurer la biodiversité et son état
Mesurer, c'est d'abord inventorier : relevés sur des parcelles, pièges photographiques, captures-marquages, écoute des chants, et aujourd'hui ADN environnemental (traces d'ADN filtrées dans l'eau ou le sol). Deux grandeurs sont toujours distinguées :
- La richesse spécifique : le nombre d'espèces présentes.
- L'abondance : le nombre d'individus de chaque espèce. Un milieu peut garder toutes ses espèces tout en perdant 80 % de ses individus.
Pour suivre l'évolution dans le temps, on répète le même protocole chaque année au même endroit : c'est le principe du suivi des oiseaux communs (STOC, depuis 1989 en France) ou de l'Indice Planète Vivante, qui suit des milliers de populations de vertébrés dans le monde et a reculé en moyenne de 73 % entre 1970 et 2020.
| Liste rouge de l'UICN | Classement mondial des espèces évaluées selon leur risque d'extinction : Préoccupation mineure (LC) → Quasi menacée (NT) → Vulnérable (VU) → En danger (EN) → En danger critique (CR) → Éteinte à l'état sauvage (EW) → Éteinte (EX). Les trois catégories en gras = « espèces menacées ». |
| Critères | Taille de la population, vitesse de déclin, surface de l'aire de répartition, fragmentation. |
Une sixième crise d'extinction ?
L'extinction fait partie de l'histoire de la vie : une espèce dure en moyenne quelques millions d'années, et le taux naturel (« de fond ») est de l'ordre d'une extinction par million d'espèces et par an. Les fossiles enregistrent en plus cinq crises majeures, où plus de 70 % des espèces ont disparu en un temps géologiquement court.
Depuis 1500, plusieurs centaines d'extinctions de vertébrés sont documentées : dodo de l'île Maurice (fin du XVIIe siècle), grand pingouin (1844), pigeon migrateur, jadis l'oiseau le plus abondant d'Amérique (1914), thylacine (1936). Le rythme actuel est estimé 100 à 1 000 fois supérieur au taux de fond, et le rapport de l'IPBES (2019) juge qu'environ un million d'espèces sont menacées à moyen terme. C'est pourquoi on parle de sixième extinction et d'érosion de la biodiversité.
Les cinq pressions exercées par l'être humain
L'IPBES classe les causes directes par ordre d'importance actuelle.
| 1. Changement d'usage des terres et des mers | Déforestation (Amazonie, Bornéo pour l'huile de palme), drainage des zones humides, artificialisation (en France, l'équivalent d'un département tous les 10 à 15 ans est bétonné), chalutage de fond. Destruction et fragmentation des habitats. |
| 2. Exploitation directe | Surpêche (thon rouge, morue de Terre-Neuve effondrée en 1992), chasse et braconnage (ivoire, pangolin), cueillette, commerce d'animaux de compagnie. |
| 3. Changement climatique | Blanchissement des coraux, décalage des saisons, remontée des espèces en altitude et en latitude ; les espèces de montagne « n'ont plus où monter ». |
| 4. Pollutions | Pesticides (néonicotinoïdes et pollinisateurs), engrais et marées vertes, plastiques, lumière artificielle la nuit, bruit sous-marin. |
| 5. Espèces exotiques envahissantes | Rat et chat sur les îles (première cause d'extinction d'oiseaux insulaires), frelon asiatique, écrevisse de Louisiane, caulerpe en Méditerranée. |
Pourquoi cela nous concerne : les services écosystémiques
| Approvisionnement | nourriture, eau douce, bois, fibres, molécules de médicaments (aspirine issue du saule, taxol de l'if, pénicilline d'une moisissure) |
| Régulation | pollinisation (les trois quarts des cultures vivrières en dépendent au moins en partie), épuration de l'eau par les zones humides, protection contre les crues et l'érosion, stockage du carbone, contrôle des ravageurs par leurs prédateurs |
| Culturels | loisirs, tourisme, paysages, valeur symbolique et spirituelle, inspiration scientifique |
Chaque espèce a une fonction ; certaines, les espèces clés de voûte, en soutiennent beaucoup d'autres : la loutre de mer, en mangeant les oursins, sauve les forêts d'algues et tous les poissons qui y vivent ; les vers de terre aèrent et fertilisent les sols. Retirer une pièce peut faire tomber l'édifice.
Préserver : protéger, réglementer, restaurer
| Protéger des espaces | Parcs nationaux (11 en France : Port-Cros 1963, Calanques 2012…) avec un cœur strictement protégé ; réserves naturelles ; sites Natura 2000 (réseau européen) ; parcs naturels régionaux (usage durable). Objectif mondial de la COP15 (Kunming-Montréal, 2022) : 30 % des terres et des mers protégées d'ici 2030. |
| Protéger des espèces | Listes d'espèces protégées (interdiction de détruire, capturer, déranger) ; convention CITES (1973) qui encadre le commerce international des espèces menacées ; quotas de pêche et de chasse. |
| Reconnecter | Trames vertes et bleues, corridors, passages à faune, haies replantées, effacement de barrages pour les poissons migrateurs. |
| Restaurer et réintroduire | Vautour fauve dans les Grands Causses (1981), bouquetin, castor ; remise en eau de marais ; élevage conservatoire et banques de graines (réserve mondiale du Svalbard, 2008). |
| Changer les pratiques | Agroécologie (haies, rotations, moins de pesticides), pêche durable, consommation locale et de saison, sciences participatives (comptage des oiseaux des jardins). |
Des choix collectifs et des conflits d'usage
Préserver la biodiversité, c'est arbitrer entre des intérêts : le loup, protégé depuis son retour naturel en 1992, et les éleveurs ; les herbiers de posidonie et les ancres des bateaux de plaisance ; une zone humide et un projet de zone commerciale ; les filets dérivants et les emplois de la pêche. La science mesure et prévoit ; la décision est politique et se discute.
Le cadre de ces arbitrages est le développement durable (rapport Brundtland, 1987) : répondre aux besoins d'aujourd'hui sans compromettre ceux des générations futures, en tenant ensemble l'environnement, l'économie et le social.
- Biodiversité = diversité des écosystèmes, des espèces et des gènes ; 2 millions d'espèces décrites sur 8 à 10 millions.
- On la mesure par la richesse spécifique et l'abondance ; la Liste rouge UICN classe le risque d'extinction (VU, EN, CR = menacées).
- Taux d'extinction actuel 100 à 1 000 fois le taux naturel : sixième crise, la première causée par une espèce.
- Cinq pressions : changement d'usage des terres, exploitation directe, climat, pollutions, espèces exotiques envahissantes.
- Les écosystèmes rendent des services (approvisionnement, régulation, culturels) ; les espèces clés de voûte en soutiennent d'autres.
- Préserver = aires protégées (30 % en 2030), espèces protégées, corridors, restauration, pratiques durables ; des choix qui se discutent.
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