Exercice 1 — Questions de connaissances
1. Définition de la Shoah et nombre de victimes (1 pt)
La Shoah est le mot hébreu signifiant « catastrophe ». Il désigne l'extermination systématique et industrielle des Juifs d'Europe par le régime nazi entre 1941 et 1945. Environ 6 millions de Juifs ont été assassinés.
Justification : La Shoah se distingue par son caractère planifié, bureaucratique et industriel (chambres à gaz, centres d'extermination), ce qui en fait l'un des génocides les mieux documentés de l'histoire.
2. Mesures imposées par les lois de Nuremberg (1935) (1 pt)
Les lois de Nuremberg (septembre 1935) :
- Privent les Juifs de la citoyenneté allemande (ils deviennent de simples « sujets »).
- Interdisent les mariages mixtes entre Juifs et Allemands « de sang aryen ».
- Définissent légalement qui est « Juif » selon ses ascendants (critère racial, non religieux).
Justification : Ces lois mettent en place un apartheid légal : les Juifs sont officiellement exclus de la communauté nationale allemande.
3. Les Einsatzgruppen (1,5 pt)Les
Einsatzgruppen sont des
unités mobiles d'extermination SS créées par Himmler. Elles opèrent à partir de juin 1941, lors de l'invasion de l'URSS (Opération Barbarossa). Elles suivent l'armée régulière et massacrent les populations juives derrière les lignes de front, procédant à des
fusillades de masse au bord de fosses communes. C'est la phase dite « Shoah par balles ». Exemple : à
Babi Yar (Ukraine), 33 771 Juifs sont fusillés en deux jours (29-30 septembre 1941).
Justification : Les Einsatzgruppen représentent la première phase de l'extermination systématique, antérieure à la construction des centres d'extermination.
4. Définition du crime contre l'humanité (Nuremberg, 1945) (1,5 pt)Le
crime contre l'humanité est défini par le statut du Tribunal militaire international de Nuremberg (1945) comme des actes inhumains commis
de manière systématique contre une population civile pour des motifs politiques, raciaux ou religieux : meurtre, déportation, réduction en esclavage, torture, persécution. C'est un crime
imprescriptible (aucun délai ne peut éteindre les poursuites).
Justification : Cette notion est une innovation juridique majeure : pour la première fois, des dirigeants d'État sont jugés pour des crimes commis contre leur propre population. Elle forme la base du droit international humanitaire moderne.
Exercice 2 — Chronologie
1. Ordre chronologique des événements (2 pts)
- 1935 — Lois de Nuremberg : exclusion des Juifs de la citoyenneté allemande.
- 9-10 novembre 1938 — Nuit de Cristal (Kristallnacht) : pogroms organisés, synagogues incendiées, 30 000 Juifs arrêtés.
- 20 janvier 1942 — Conférence de Wannsee : planification de la « Solution finale ».
- Novembre 1945 – octobre 1946 — Procès de Nuremberg : jugement des grands criminels nazis.
Justification : La chronologie montre une escalade progressive : exclusion légale (1935), violence physique organisée (1938), décision d'extermination totale (1942), puis jugement (1945-1946).
2. Wannsee, tournant de la politique nazie (2 pts)La conférence de Wannsee (20 janvier 1942) marque un tournant car elle transforme une politique de persécution (expulsion, ghettoïsation, massacres locaux) en un plan d'
extermination totale et coordonnée de tous les Juifs d'Europe. Pour la première fois, tous les ministères et services de l'État nazi coopèrent pour mettre en œuvre la « Solution finale » à l'échelle du continent, ce qui entraîne la construction des centres d'extermination et la déportation organisée depuis tous les pays occupés.
Exercice 3 — Analyse de document
a) Identification de l'événement (1 pt)
Ce document se réfère à la rafle du Vél d'Hiv, qui s'est déroulée les 16 et 17 juillet 1942 à Paris. Des policiers français ont arrêté 13 152 Juifs (dont 4 115 enfants), regroupés au Vélodrome d'Hiver avant d'être déportés vers les camps d'extermination.
Justification : Les chiffres du rapport (12 884 personnes dont 4 051 enfants) correspondent aux données historiques de la rafle.
b) Auteur, destinataire et rôle de l'État français (2 pts)
Le rapport est rédigé par le Préfet de Police de Paris et adressé à son supérieur hiérarchique (le Préfet ou un responsable du gouvernement de Vichy). Cela révèle que l'arrestation de milliers de Juifs, y compris des enfants, est une opération officielle de l'État français, organisée et rapportée par des fonctionnaires de la République. Le gouvernement de Vichy ne s'est pas contenté d'obéir aux Allemands : il a mobilisé son administration pour collaborer activement à la persécution des Juifs.
Justification : En 1995, le président Chirac a officiellement reconnu la responsabilité de l'État français dans ces crimes. Les procès Touvier (1994) et Papon (1997) ont confirmé cette complicité.
c) Valeur de preuve pour crime contre l'humanité (2 pts)
Ce document constitue une preuve d'un crime contre l'humanité car :
- Il est un acte officiel et écrit émanant de l'État, prouvant que les arrestations sont organisées de manière systématique (non spontanée).
- Il montre que des enfants sont délibérément inclus dans les arrestations, révélant l'intention d'exterminer un groupe entier (y compris ceux qui ne représentent aucune menace).
- Il établit la complicité de fonctionnaires français dans la déportation vers les centres d'extermination, ce qui répond à la définition du crime contre l'humanité : acte systématique contre une population civile pour motif racial.
Justification : Un crime contre l'humanité requiert la preuve d'une action systématique et planifiée : ce rapport administratif en est une démonstration directe.
Exercice 4 — Paragraphe argumenté
Sujet : Pourquoi le procès de Nuremberg représente-t-il une révolution dans l'histoire du droit international ?
Éléments attendus dans le paragraphe :
- Contexte : Le Tribunal militaire international de Nuremberg se tient de novembre 1945 à octobre 1946 pour juger 24 grands responsables nazis après la fin de la Seconde Guerre mondiale.
- 1re révolution — la notion de crime contre l'humanité : Nuremberg crée une nouvelle catégorie juridique, le crime contre l'humanité, désignant des actes inhumains et systématiques commis contre des populations civiles pour des motifs raciaux, politiques ou religieux. Ce crime est imprescriptible, ce qui a permis des procès des décennies plus tard (Barbie 1987, Touvier 1994, Papon 1997).
- 2e révolution — la responsabilité individuelle : Nuremberg rejette l'argument « j'obéissais aux ordres ». Chaque individu est déclaré responsable de ses actes, même s'ils ont été ordonnés par une autorité supérieure. Ce principe protège contre l'impunité derrière la hiérarchie.
- 3e révolution — la portée universelle et les héritages : Nuremberg pose les bases du droit international humanitaire. Il conduit à la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide (ONU, 1948) et, plus tard, à la création de la Cour pénale internationale (CPI, 1998), juridiction permanente chargée de juger ces crimes à l'échelle mondiale.
Exemple de rédaction attendue :« Le procès de Nuremberg (1945-1946) constitue une véritable révolution dans l'histoire du droit international. Pour la première fois, des dirigeants d'État sont jugés pour des crimes commis contre leur propre population, grâce à une nouvelle notion : le
crime contre l'humanité. Ce crime, défini comme des actes inhumains et systématiques commis pour des motifs raciaux ou politiques, est déclaré imprescriptible, permettant ainsi des poursuites judiciaires des décennies après les faits — comme les procès Klaus Barbie (1987) ou Maurice Papon (1997) en France. Nuremberg établit également le principe de
responsabilité individuelle : l'obéissance aux ordres ne constitue plus une défense valable, ce qui responsabilise chaque exécutant quel que soit son rang hiérarchique. Enfin, ce procès fonde le droit international humanitaire moderne : il inspire la Convention pour la prévention du génocide (ONU, 1948) et la Cour pénale internationale (CPI, 1998), héritière directe de l'esprit de Nuremberg. »
Grille de notation :- Introduction avec contexte clair : 0,5 pt
- Au moins 3 éléments précis développés : 2,5 pts (≈ 0,75 pt chacun)
- Conclusion ou phrase de bilan : 0,5 pt
- Qualité de la rédaction et cohérence : 0,5 pt
Exercice 5 — Question de réflexion
Éléments attendus (réponse personnelle mais argumentée) :
- Enseigner la Shoah permet de transmettre la mémoire des victimes et d'éviter que les crimes tombent dans l'oubli, conformément au devoir de mémoire reconnu par la loi.
- Cela permet de comprendre comment un régime démocratique peut dériver vers un système totalitaire et génocidaire, et de reconnaître les signes avant-coureurs (déshumanisation, lois discriminatoires, propagande).
- La notion de crime contre l'humanité — imprescriptible — rappelle que chaque individu porte une responsabilité dans ses actes et que l'obéissance aux ordres ne justifie pas tout.
- Enseigner ces événements contribue à former des citoyens vigilants, capables de reconnaître les discours de haine, l'antisémitisme ou toute autre forme de racisme pour les combattre.
- Référence possible aux procès de mémoire en France (Barbie, Touvier, Papon), aux Justes parmi les nations, à l'importance de la convention ONU de 1948.
Exemple de réponse attendue :« Il est essentiel d'enseigner la Shoah et les crimes contre l'humanité car ces événements nous rappellent jusqu'où peut mener une idéologie fondée sur la haine et la discrimination. En étudiant la persécution progressive des Juifs — des lois de Nuremberg (1935) à la « Solution finale » (1942) — on comprend que les génocides ne surviennent pas brutalement : ils sont précédés de discours de haine, de lois discriminatoires et d'une déshumanisation progressive. Connaître ces mécanismes aide à les repérer et à les refuser. Par ailleurs, la notion de crime contre l'humanité, créée à Nuremberg, nous enseigne que chaque individu est responsable de ses actes : « j'obéissais aux ordres » n'est pas une excuse. Enfin, honorer la mémoire des six millions de victimes juives, des Tziganes, des handicapés et des autres groupes persécutés, c'est aussi reconnaître que la dignité humaine est universelle et que nous avons tous le devoir de la défendre. »
Grille de notation :- Au moins 2 arguments développés avec notions du cours : 1,5 pt
- Rédaction claire et personnelle : 0,5 pt