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Histoire 3ᵉ

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Indépendances et construction de nouveaux États

Le monde colonial en 1945 et la fin des empires ; l’Asie (Inde, Indonésie, Indochine) ; l’Afrique, entre négociations et guerres ; la guerre d’Algérie ; Bandung et les non-alignés ; les défis des nouveaux États

À propos de cette page
Ce cours d’histoire de 3e présente la décolonisation en six parties : le monde colonial ébranlé par la Seconde Guerre mondiale, l’Asie (Inde, Indonésie, Indochine), l’Afrique entre négociations et guerres, la guerre d’Algérie, Bandung et le tiers-monde, puis les défis des nouveaux États. Une frise des indépendances et une carte par période accompagnent le cours.
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Un monde colonial ébranlé par la guerre

Ce qu’il faut savoirUne colonie est un territoire dominé, administré et exploité par un État étranger, la métropole. Les colonisés n’y ont ni les mêmes droits ni les mêmes ressources que les colons, les Européens installés sur place. Selon l’ONU, en 1945, environ 750 millions de personnes, près d’un tiers de l’humanité, vivent dans des territoires dépendants. Le Royaume-Uni possède le premier empire du monde, avec l’Inde ; la France le deuxième (en 1939, environ 12 millions de km² et près de 69 millions d’habitants) ; les Pays-Bas dominent l’Indonésie, la Belgique le Congo, le Portugal l’Angola et le Mozambique. En trente ans, presque toutes ces colonies deviennent des États indépendants : c’est la décolonisation.

Rappel. Les conquêtes coloniales du XIXᵉ siècle sont étudiées en 4ᵉ : Conquêtes et sociétés coloniales.

Pourquoi les empires s’effondrent-ils ?

  • Des métropoles affaiblies par la guerre. La France est vaincue et occupée en 1940, les Pays-Bas aussi. En 1942, le Japon s’empare des colonies européennes d’Asie du Sud-Est : Singapour britannique capitule le 15 février, l’Indonésie néerlandaise en mars. Les Européens ont perdu leur prestige : ils ne paraissent plus invincibles.
  • Des colonisés qui réclament leur liberté. Tirailleurs africains, soldats indiens ont combattu pour libérer l’Europe ; ils demandent à leur tour la liberté. Des nationalismes, mouvements qui réclament un État pour leur peuple, sont nés dans l’entre-deux-guerres : Gandhi en Inde, Hô Chi Minh au Vietnam, Bourguiba en Tunisie, Messali Hadj en Algérie. Leurs chefs ont souvent étudié dans les écoles de la métropole.
  • Un contexte international hostile aux empires. La charte de l’ONU (26 juin 1945) fait du « respect du principe de l’égalité de droits des peuples et de leur droit à disposer d’eux-mêmes » l’un des buts de l’Organisation. Les États-Unis, ancienne colonie britannique, et l’URSS, qui se dit anti-impérialiste, condamnent la colonisation ; pendant la guerre froide, chacun cherche à gagner les nouveaux États à son camp.

Les métropoles veulent pourtant garder leurs empires. À la conférence de Brazzaville (30 janvier-8 février 1944), ouverte par de Gaulle, la France libre recommande des réformes, comme la fin du travail forcé, mais écarte « toute idée d’autonomie, toute possibilité d’évolution hors du bloc français de l’Empire ».

Exemples

Un soldat sénégalais a combattu en Provence en 1944 ; rentré chez lui, il reste un « sujet » sans les droits d’un citoyen français : la guerre a rendu la domination coloniale plus difficile à accepter.

Deux voies mènent à l’indépendance : la négociation, quand la métropole accepte de partir (Inde, Maroc, Tunisie, Afrique noire française), et la guerre, quand elle refuse, surtout là où des colons nombreux sont installés (Indochine, Algérie, Kenya, colonies portugaises).

Réflexe — pour expliquer une décolonisation, je cherche trois causes : la métropole affaiblie, le nationalisme des colonisés, le contexte international (ONU, deux Grands).

Attention — la conférence de Brazzaville n’annonce pas l’indépendance des colonies françaises : elle la refuse. Et « décolonisation » désigne la fin des empires, pas leur conquête.

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L’Asie, première décolonisée (1945-1954)

Ce qu’il faut savoirL’Asie est décolonisée la première, de 1945 à 1954, par la négociation en Inde, par la guerre en Indonésie et en Indochine.

L’Inde : une indépendance négociée (1947)

Depuis les années 1920, Gandhi mène la lutte par la non-violence : désobéissance civile, boycott des produits britanniques. En 1930, il conduit la marche du sel : parti le 12 mars, il atteint la mer à Dandi et y ramasse du sel le 6 avril, pour défier le monopole britannique sur le sel. Épuisé par la guerre, le Royaume-Uni négocie. En août 1947 naissent deux États : l’Inde, à majorité hindoue, dirigée par Nehru, indépendante le 15 août 1947, et le Pakistan, musulman, dirigé par Jinnah. Cette partition jette sur les routes entre 12 et 20 millions de personnes ; les massacres entre communautés font de 200 000 à 2 millions de morts selon les estimations. Le 30 janvier 1948, Gandhi est assassiné à New Delhi par un nationaliste hindou qui lui reproche de défendre les musulmans.

L’Indonésie et l’Indochine : des guerres

  • Sukarno proclame l’indépendance de l’Indonésie le 17 août 1945. Après plus de quatre ans de combats et de négociations, les Pays-Bas, pressés par l’ONU et les États-Unis, lui transfèrent la souveraineté le 27 décembre 1949.
  • Le 2 septembre 1945, à Hanoï, Hô Chi Minh, chef du Viêt-minh communiste, proclame l’indépendance de la République démocratique du Viêt Nam. La France refuse : la guerre d’Indochine commence fin 1946. Elle s’achève par la défaite française de Diên Biên Phu : ce camp retranché, assiégé à partir du 13 mars 1954, tombe le 7 mai 1954 ; plus de 10 000 soldats sont faits prisonniers.
  • Les accords de Genève (juillet 1954) mettent fin à la guerre. Le Laos et le Cambodge sont indépendants ; le Vietnam est coupé par une ligne de démarcation provisoire au 17ᵉ parallèle : au nord, le régime communiste d’Hô Chi Minh ; au sud, un État soutenu par les États-Unis. Les élections prévues pour 1956 n’ont jamais lieu : la guerre froide prend le relais.
Exemples

Un village du Pendjab, région coupée en deux par la nouvelle frontière en 1947 : ses habitants musulmans partent vers le Pakistan, tandis que des familles hindoues et sikhes arrivent en sens inverse, souvent après des massacres. L’indépendance est négociée, mais elle n’est pas paisible.

Diên Biên Phu met fin à la guerre d’Indochine, contre la France. La guerre du Vietnam, contre les États-Unis, est une autre guerre, qui commence plus tard et appartient à la guerre froide.

Réflexe — pour chaque pays d’Asie, je donne le chef, la métropole, la voie et la date : Gandhi et Nehru, Royaume-Uni, négociation, 1947 ; Sukarno, Pays-Bas, guerre, 1949 ; Hô Chi Minh, France, guerre, 1954.

Attention — négociée ne veut pas dire pacifique : la partition de l’Inde est très meurtrière. Et en 1947 naissent deux États, l’Inde et le Pakistan, pas un seul.

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L’Afrique : négociations et guerres (1956-1980)

Ce qu’il faut savoirL’Afrique se décolonise surtout de 1956 à 1975, jusqu’en 1980 pour la Rhodésie. La France, qui se bat déjà en Algérie, négocie ailleurs ; le Royaume-Uni négocie presque partout ; le Portugal refuse tout jusqu’en 1974.

Le Maghreb et l’Afrique noire : des indépendances négociées

  • Le Maroc et la Tunisie sont des protectorats : ils ont gardé leur souverain et leur État, sous contrôle français. Après des années de troubles, la France négocie : le Maroc du sultan Mohammed V est indépendant le 2 mars 1956, la Tunisie de Bourguiba le 20 mars 1956.
  • La Côte-de-l’Or britannique devient le Ghana le 6 mars 1957 : c’est la première colonie d’Afrique subsaharienne à devenir indépendante. Son chef, Kwame Nkrumah, déclare : « Notre indépendance n’a pas de sens si elle n’est pas liée à la libération totale du continent africain. »
  • En Afrique noire française, la loi-cadre Defferre (23 juin 1956) instaure le suffrage universel et donne des pouvoirs à des assemblées élues dans chaque territoire. En 1958, de Gaulle propose une Communauté : au référendum du 28 septembre 1958, seule la Guinée vote non. Son chef, Sékou Touré, avait lancé le 25 août devant de Gaulle : « Nous préférons la pauvreté dans la liberté à la richesse dans l’esclavage. » La Guinée est indépendante le 2 octobre 1958.
  • 1960 est « l’année de l’Afrique » : 17 États africains deviennent indépendants, dont 14 territoires sous administration française (Sénégal, Côte d’Ivoire, Madagascar, Cameroun…), le Nigeria britannique, la Somalie et le Congo belge.

Des indépendances violentes

  • Au Congo, indépendant le 30 juin 1960 sans cadres préparés par la Belgique, la riche province du Katanga fait sécession dès juillet. Le Premier ministre Patrice Lumumba, renversé en septembre 1960, est assassiné au Katanga le 17 janvier 1961 ; en 2001, une commission du Parlement belge reconnaît la « responsabilité morale » de la Belgique.
  • Au Kenya, où des colons britanniques possèdent les meilleures terres, la révolte des Mau-Mau éclate en 1952 ; elle est écrasée (environ 11 000 rebelles tués selon les chiffres officiels). Le Kenya n’est indépendant qu’en 1963.
  • Le Portugal, une dictature, refuse toute décolonisation : à partir de 1961, il mène des guerres en Angola, en Guinée et au Mozambique, qui absorbent une grande partie de son budget. Le 25 avril 1974, de jeunes officiers qui veulent finir ces guerres renversent la dictature : c’est la révolution des Œillets. Le Mozambique est indépendant le 25 juin 1975, l’Angola en novembre 1975.
  • En Rhodésie, la minorité blanche proclame seule l’indépendance en 1965 pour garder le pouvoir ; après une guerre de guérilla, le pays devient le Zimbabwe le 18 avril 1980.
Exemples

Un instituteur de Dakar vote en 1957 pour élire l’assemblée de son territoire, puis voit le Sénégal devenir indépendant en 1960 sans guerre : la France a préparé une indépendance qui lui garde des liens étroits avec ses anciennes colonies.

Le Ghana est une colonie britannique, pas française : la France ne décolonise son Afrique noire qu’après lui, en 1958 (Guinée) et en 1960.

Réflexe — je cherche qui décide : là où la métropole accepte de partir, l’indépendance est négociée ; là où elle refuse (Kenya, colonies portugaises), elle passe par la guerre.

Attention — en 1960, toutes les colonies françaises ne deviennent pas indépendantes : l’Algérie est en guerre jusqu’en 1962, et la Guinée l’est déjà depuis 1958. Et un protectorat (Maroc, Tunisie) n’est pas une colonie comme les autres : il a gardé son souverain.

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La guerre d’Algérie (1954-1962)

Ce qu’il faut savoirConquise à partir de 1830, l’Algérie est découpée en trois départements : pour la France, ce n’est pas une colonie mais une partie du territoire national. En 1954, elle compte environ 1 million de non-musulmans, surtout des Européens, et 8,5 millions de musulmans, qui n’ont pas les mêmes droits. La France refuse donc toute indépendance : l’Algérie l’obtient au terme d’une guerre de près de huit ans (1954-1962).

De Sétif à la Toussaint rouge

Le 8 mai 1945, à Sétif, une manifestation nationaliste tourne à l’émeute : 102 Européens sont tués. La répression fait des milliers de morts algériens (de 5 000 à 20 000 selon les historiens). Le nationalisme algérien se radicalise. Dans la nuit du 31 octobre au 1ᵉʳ novembre 1954, le FLN (Front de libération nationale) commet une série d’attentats : c’est la « Toussaint rouge », début de la guerre. Le ministre de l’Intérieur, François Mitterrand, déclare en novembre 1954 : « L’Algérie, c’est la France. »

Une guerre sans front

  • En mars 1956, l’Assemblée vote des « pouvoirs spéciaux » au gouvernement : le service est allongé, des réservistes sont rappelés et l’armée envoie massivement les appelés du contingent, les jeunes du service militaire. Les effectifs passent de 300 000 hommes en janvier 1956 à 460 000 en août ; de 1954 à 1962, plus d’un million et demi de jeunes Français font leur service en Algérie.
  • Le FLN mène une guérilla dans les campagnes et des attentats dans les villes ; l’armée répond par des « ratissages » et des déplacements de population. Pendant la bataille d’Alger (1957), les parachutistes du général Massu démantèlent le FLN de la ville en pratiquant la torture, dénoncée en France par des intellectuels.
  • Le 13 mai 1958, à Alger, des partisans de l’Algérie française prennent d’assaut le bâtiment du gouvernement général ; un comité de salut public, présidé par le général Massu, exige à Paris un pouvoir qui garde l’Algérie française. La IVᵉ République s’effondre : de Gaulle revient au pouvoir (voir La Vᵉ République).

De l’autodétermination à l’indépendance

  • Le 16 septembre 1959, de Gaulle propose l’autodétermination : les Algériens choisiront entre sécession, « francisation » et association. Le référendum du 8 janvier 1961 approuve cette politique.
  • Les partisans de l’Algérie française se révoltent : l’OAS (Organisation armée secrète), créée en février 1961, multiplie les attentats ; dans la nuit du 21 au 22 avril 1961, quatre généraux tentent un putsch à Alger, qui échoue.
  • Le 17 octobre 1961, à Paris, une manifestation d’Algériens organisée par le FLN est réprimée par la police : les historiens comptent des dizaines de morts, jusqu’à 200. En 2012, le président de la République reconnaît une « sanglante répression ».
  • Les accords d’Évian sont signés le 18 mars 1962 entre la France et le gouvernement provisoire algérien : cessez-le-feu le lendemain, référendum en France le 8 avril, puis en Algérie le 1ᵉʳ juillet. La France reconnaît l’indépendance le 3 juillet ; l’Algérie la proclame et la fête le 5 juillet 1962.

Le bilan

La plupart des sources s’accordent sur environ 500 000 morts, dont probablement 400 000 Algériens, civils et combattants, environ 30 000 soldats français, 4 000 civils français et entre 15 000 et 30 000 harkis, des Algériens qui avaient combattu dans l’armée française comme supplétifs. Au cours de la seule année 1962, environ 650 000 pieds-noirs, les Français d’Algérie, quittent le pays. Longtemps appelée « événements » ou « opérations », la guerre n’est nommée « guerre d’Algérie » par une loi qu’en 1999 (voir Immigration et mémoires).

Exemples

Un appelé de 20 ans, né à Lyon, part en Algérie faire son service militaire en 1957 : il participe à une guerre que l’État refuse d’appeler « guerre », parce qu’elle se déroule dans des départements français.

Une famille de pieds-noirs installée à Oran depuis trois générations quitte l’Algérie à l’été 1962 avec deux valises : elle n’a jamais vécu en métropole.

Réflexe — je raconte la guerre en quatre dates : 1ᵉʳ novembre 1954 (début), 13 mai 1958 (retour de de Gaulle), 16 septembre 1959 (autodétermination), 18 mars 1962 (accords d’Évian).

Attention — les accords d’Évian (18 mars 1962) ne sont pas l’indépendance : ils prévoient un cessez-le-feu et des référendums ; l’indépendance arrive en juillet 1962. Et l’Algérie n’est pas une colonie ordinaire : ses trois départements font juridiquement partie de la France.

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Bandung, le tiers-monde et les non-alignés

Ce qu’il faut savoirLes nouveaux États d’Asie et d’Afrique veulent peser ensemble dans un monde dominé par les deux Grands. Ils se réunissent à Bandung en 1955, prennent le nom de tiers-monde et refusent de s’aligner sur l’un des deux blocs.

Bandung (1955)

Du 18 au 24 avril 1955, à Bandung, en Indonésie, la conférence afro-asiatique réunit 29 pays, invités par la Birmanie, Ceylan, l’Inde, l’Indonésie et le Pakistan. On y voit Nehru (Inde), Sukarno (Indonésie), Nasser (Égypte) et Zhou Enlai (Chine). Leur communiqué final condamne le colonialisme « dans toutes ses manifestations », demande l’indépendance des peuples dépendants et soutient les droits des peuples d’Algérie, du Maroc et de Tunisie.

Le tiers-monde

L’expression est inventée par le démographe Alfred Sauvy dans un article de L’Observateur du 14 août 1952. Elle fait référence au tiers état de 1789 : « ce Tiers Monde ignoré, exploité, méprisé comme le Tiers État, veut, lui aussi, être quelque chose ». Le mot désigne les pays pauvres, le plus souvent anciennement colonisés, qui n’appartiennent ni au monde occidental ni au monde communiste.

Suez, Belgrade et l’ONU

  • Le 26 juillet 1956, Nasser nationalise la compagnie du canal de Suez, exploitée par des actionnaires surtout français et britanniques. Israël, la France et le Royaume-Uni attaquent l’Égypte fin octobre et début novembre 1956 ; sous la pression des États-Unis et de l’URSS, ils doivent accepter un cessez-le-feu le 6 novembre, puis se retirer. Nasser devient un héros du tiers-monde.
  • Du 1ᵉʳ au 6 septembre 1961, la conférence de Belgrade (Yougoslavie) réunit 25 pays autour de Tito, Nehru et Nasser : elle fonde le mouvement des non-alignés, qui refuse de rejoindre l’un des deux blocs.
  • À l’ONU, les nouveaux États deviennent majoritaires à l’Assemblée générale, où chaque État dispose d’une voix. Le 14 décembre 1960, celle-ci adopte la résolution 1514, « Déclaration sur l’octroi de l’indépendance aux pays et aux peuples coloniaux », sans aucune voix contre. En 1964, la première CNUCED (conférence des Nations unies sur le commerce et le développement) se réunit à Genève ; 77 pays en développement y fondent le « groupe des 77 » pour réclamer un commerce plus juste.
Exemples

Un pays qui achète des armes à l’URSS et reçoit l’aide américaine, sans signer d’alliance militaire avec aucun des deux : il pratique le non-alignement.

L’Égypte de Nasser n’a jamais été une colonie française : ce qui la rend célèbre en 1956, c’est d’avoir tenu tête à deux anciennes puissances coloniales.

Réflexe — je distingue trois mots : tiers-monde (des pays pauvres, Sauvy, 1952), Bandung (la condamnation du colonialisme, 1955), non-alignement (le refus des blocs, Belgrade, 1961).

Attention — Bandung (1955) prépare le non-alignement, mais c’est Belgrade (1961) qui fonde le mouvement des non-alignés. Et le tiers-monde n’est pas un troisième bloc militaire : c’est un ensemble de pays pauvres, très divers.

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Les défis des nouveaux États

Ce qu’il faut savoirL’indépendance n’est qu’un début : les nouveaux États doivent construire un État, développer leur économie et trouver leur place dans la guerre froide.
  • Des frontières héritées de la colonisation. Tracées par les Européens, elles réunissent dans un même État des peuples différents, ou en séparent d’autres. Au Nigeria, le Biafra, dans le sud-est, fait sécession le 30 mai 1967 ; la guerre et le blocus imposé par le gouvernement fédéral provoquent une famine : de 500 000 à 2 millions de morts selon les estimations, jusqu’en janvier 1970. Au Congo, le Katanga a fait sécession dès 1960.
  • Des économies dépendantes. Beaucoup de pays vivent de l’exportation d’une ou deux matières premières (cacao, arachide, cuivre…), dont les prix varient. Ils manquent de capitaux, d’écoles et de cadres ; leur population croît très vite. Le fossé entre pays riches du Nord et pays pauvres du Sud se creuse.
  • Le néocolonialisme. L’ancienne métropole garde souvent une influence économique, monétaire, militaire : c’est le néocolonialisme. Après les indépendances, la plupart des anciennes colonies françaises d’Afrique noire gardent le franc CFA, créé par la France le 26 décembre 1945 (« franc des colonies françaises d’Afrique ») ; on parle de « Françafrique » pour désigner les liens étroits, parfois secrets, entre Paris et les dirigeants africains.
  • La guerre froide. Les deux Grands courtisent ou déstabilisent les jeunes États. En Angola, dès l’indépendance, une guerre civile oppose le MPLA, soutenu par l’URSS et Cuba, à l’UNITA, soutenue par les États-Unis et l’Afrique du Sud ; elle dure, avec des interruptions, jusqu’en 2002.
Exemples

Un pays africain qui exporte surtout du cacao voit le cours mondial s’effondrer : ses recettes baissent alors qu’il doit rembourser ses emprunts. Indépendant politiquement, il reste dépendant des marchés et des capitaux étrangers.

Au Nigeria, État aux frontières tracées par les Britanniques, la sécession du Biafra (1967-1970) montre qu’une frontière héritée peut déclencher une guerre civile.

Réflexe — pour présenter les défis des nouveaux États, je donne un défi et un exemple précis : frontières (Biafra), économie (matières premières), néocolonialisme (franc CFA), guerre froide (Angola).

Attention — l’indépendance politique n’apporte pas l’indépendance économique : un État peut être souverain et dépendre encore de son ancienne métropole ou des marchés mondiaux.

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Pour aller plus loin

Pour aller plus loin

Du Vietnam à l’Angola : la guerre froide dans le tiers-monde. Après 1954, le Vietnam devient l’un des grands affrontements de la guerre froide : les États-Unis s’y engagent jusqu’en 1973. Voir Un monde bipolaire au temps de la guerre froide.

La naissance de la Vᵉ République. La crise du 13 mai 1958, la Constitution de 1958 et l’élection du président au suffrage universel (1962) sont étudiées dans La Vᵉ République.

Les mémoires de la guerre d’Algérie. Appelés, pieds-noirs, harkis, immigrés algériens : leurs mémoires et leur reconnaissance par l’État sont étudiées dans Immigration et mémoires.

À retenir
  • Affaiblies par la Seconde Guerre mondiale et contestées par les nationalismes, condamnées par l’ONU et les deux Grands, les métropoles perdent leurs empires en trente ans : l’Asie d’abord, l’Afrique ensuite.
  • L’Inde obtient par la négociation son indépendance le 15 août 1947, mais la partition avec le Pakistan est meurtrière ; en Indochine, la défaite de Diên Biên Phu (7 mai 1954) conduit aux accords de Genève, qui mettent fin à près de huit ans de guerre.
  • En Afrique, la France négocie au Maroc et en Tunisie (1956) et en Afrique noire (1960, « année de l’Afrique ») ; le Kenya et les colonies portugaises (indépendantes en 1975) passent par la guerre.
  • La guerre d’Algérie (1954-1962) fait tomber la IVᵉ République ; les accords d’Évian (18 mars 1962) ouvrent la voie à l’indépendance de juillet 1962.
  • À Bandung (1955), le tiers-monde condamne le colonialisme ; à Belgrade (1961), il fonde le non-alignement. Les nouveaux États restent souvent dépendants : frontières héritées, économies fragiles, néocolonialisme.

Questions fréquentes

Pourquoi les empires coloniaux s’effondrent-ils après 1945 ?

Les métropoles sont affaiblies par la Seconde Guerre mondiale, les nationalismes des colonisés sont organisés, et l’ONU comme les deux Grands condamnent la colonisation.

Comment l’Inde devient-elle indépendante ?

Par la négociation : après des années de lutte non violente menée par Gandhi, le Royaume-Uni accepte de partir. L’Inde est indépendante le 15 août 1947, mais la partition avec le Pakistan provoque des massacres et des millions de déplacés.

Pourquoi 1960 est-elle appelée « l’année de l’Afrique » ?

Parce que 17 États africains deviennent indépendants cette année-là, dont 14 territoires sous administration française, le Nigeria, la Somalie et le Congo belge.

Comment se déroule la guerre d’Algérie ?

Elle commence le 1ᵉʳ novembre 1954 par les attentats du FLN, fait tomber la IVᵉ République en mai 1958, et s’achève par les accords d’Évian du 18 mars 1962 ; l’Algérie est indépendante en juillet 1962.

Qu’est-ce que la conférence de Bandung ?

Une conférence de 29 pays d’Asie et d’Afrique, réunie en Indonésie en avril 1955, qui condamne le colonialisme : c’est l’entrée du tiers-monde sur la scène internationale.

Quels défis les nouveaux États doivent-ils relever ?

Des frontières héritées de la colonisation, des économies qui dépendent de quelques matières premières, l’influence de l’ancienne métropole (néocolonialisme) et les pressions des deux Grands pendant la guerre froide.

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