Exercice 1 — Questions de cours — Le roman du XXe siècle
Question 1 — Le Nouveau Roman (2 pts)
Le Nouveau Roman est un mouvement littéraire français apparu dans les années 1950-1960, regroupé autour des Éditions de Minuit. Il se caractérise par le rejet du personnage psychologique traditionnel (plus de nom, plus d'identité claire), le refus de l'intrigue linéaire et cohérente, et la remise en cause du narrateur omniscient au profit d'une description objective ou d'une exploration de la conscience. Deux auteurs représentatifs : Alain Robbe-Grillet (La Jalousie, 1957 ; théoricien du mouvement avec Pour un nouveau roman, 1963) et Nathalie Sarraute (Tropismes, 1939 ; Le Planétarium, 1959), qui explore les micro-mouvements intérieurs.
On accepte aussi : Michel Butor (La Modification), Marguerite Duras, Samuel Beckett.
Question 2 — Autobiographie vs roman autobiographique (2 pts)
- L'autobiographie : récit dans lequel auteur = narrateur = personnage principal (pacte autobiographique de Philippe Lejeune). L'auteur s'engage à raconter la vérité sur sa propre vie. Exemple : Les Mots de Jean-Paul Sartre (1963).
- Le roman autobiographique : l'auteur s'inspire de sa propre vie, mais garde la fiction ; le narrateur peut être à la 3e personne et les faits sont transformés ou inventés. Exemple : La Nausée de Sartre, qui s'inspire de ses propres angoisses mais reste une œuvre de fiction.
Critère essentiel : dans l'autobiographie, l'auteur affirme que c'est vrai (pacte de vérité) ; dans le roman autobiographique, il n'assume pas ce pacte.
Exercice 2 — Identification du point de vue narratif
Extrait A : « La vieille horloge sonna sept heures. Elle posa sa tasse et sortit sans se retourner. »
→ Point de vue externe. Justification : le narrateur observe les gestes du personnage de l'extérieur (« posa sa tasse », « sortit ») comme une caméra, sans accéder à ses pensées ni à ses émotions.
Extrait B : « Je savais, au fond de moi, que cette décision allait tout changer. Je ne voulais pas y penser davantage. »
→ Point de vue interne. Justification : le narrateur-personnage (« je ») donne accès à ses pensées intérieures et à ses états d'âme (« au fond de moi », « je ne voulais pas »).
Extrait C : « Personne dans la salle ne savait encore que leur vie allait basculer dans une heure. »
→ Point de vue omniscient. Justification : le narrateur sait ce que les personnages ignorent (« ne savait encore ») et anticipe sur l'avenir (« dans une heure ») : il est au-dessus de l'histoire et connaît tout.
Extrait D : « Il s'arrêta au coin de la rue, alluma une cigarette, attendit trois minutes et repartit. »
→ Point de vue externe. Justification : le narrateur se limite à décrire les actions du personnage (verbes d'action : « s'arrêta », « alluma », « attendit ») sans accéder à ses pensées : description froide et objective, comme un témoin neutre.
Exercice 3 — Analyse de texte — Extrait d'un roman du XXe siècle
Rappel de l'extrait : « Le soleil brillait sur la mer sans laisser de reflets. C'était la même chose que partout. Tout était pareil. Elle regardait ses mains posées sur la table et pensait qu'elle aurait pu disparaître sans que personne s'en aperçoive vraiment. Elle prit son café. Il était froid. Elle le but quand même. »
1. Point de vue narratif (2 pts)
Le point de vue est interne. Justification : le narrateur entre dans les pensées du personnage — « pensait qu'elle aurait pu disparaître » — ce qui donne accès à son intériorité et à ses émotions. L'accès à la conscience du personnage caractérise la focalisation interne.
2. Personnage moderne — deux éléments (2 pts)
- Rapport au monde indifférent / sentiment d'insignifiance : le personnage perçoit le monde sans relief (« sans laisser de reflets », « tout était pareil ») ; le monde extérieur ne lui procure aucune émotion ni sensation particulière.
- Crise identitaire et désir d'effacement : elle « pensait qu'elle aurait pu disparaître sans que personne s'en aperçoive » : le personnage n'a pas conscience de sa propre valeur ou de son existence pour les autres, ce qui est caractéristique du personnage moderne en rupture avec lui-même et la société.
On accepte aussi : rapport apathique aux actes du quotidien (elle boit un café froid « quand même », sans réaction) ; absence de lien affectif avec les autres.3. Style de l'extrait (2 pts)- Phrases courtes et juxtaposées : « Il était froid. Elle le but quand même. » L'auteur enchaîne de courtes propositions indépendantes, sans subordination complexe, ce qui crée un rythme haché, neutre et dépouillé.
- Vocabulaire simple et peu d'images : pas de métaphores ni d'adjectifs expressifs ; le lexique reste banal (mer, soleil, café, mains). L'absence de figures de style renforce l'effet de banalité et d'absence d'émotion.
- Effet produit : ce style minimaliste traduit le détachement et l'indifférence du personnage ; il plonge le lecteur dans une atmosphère d'ennui existentiel et de vide intérieur.
4. Courant littéraire (2 pts)Cet extrait peut être rattaché à l'
existentialisme (Camus, Sartre) ou au
Nouveau Roman (Duras, Robbe-Grillet). Deux caractéristiques justifiant ce rattachement :
- Le sentiment d'absurdité : le personnage accomplit des actes du quotidien sans raison ni émotion apparente (boire un café froid « quand même ») — proche du personnage camusien (Meursault dans L'Étranger).
- Le style dépouillé et objectif : les phrases courtes, le vocabulaire neutre, l'absence de commentaires psychologiques du narrateur rappellent l'écriture blanche de Camus ou la description froide du Nouveau Roman (Robbe-Grillet, Duras).
On accepte existentialisme seul, ou Nouveau Roman seul, à condition que les deux caractéristiques citées soient présentes dans le texte et correctement justifiées.
Exercice 4 — Rédaction — Écriture d'imitation
Critères d'évaluation détaillés :
- 1. Respect du point de vue interne (1 pt) : le texte est à la première personne (« je ») et donne accès aux pensées, perceptions et sensations intérieures du narrateur-personnage (ex. : « je pensais que… », « je sentais… », « je ne savais pas pourquoi »).
- 2. Cohérence du personnage et de l'atmosphère (1 pt) : le personnage doit se sentir étranger au monde qui l'entoure : indifférence aux bruits, aux gens, au lieu ; sentiment d'être à l'écart ou invisible ; aucune réaction émotionnelle marquée aux stimuli extérieurs. L'atmosphère doit être cohérente avec la scène (rue, café) et avec le registre distancié.
- 3. Qualité du style — phrases courtes, vocabulaire juste (1 pt) : le style doit être dépouillé et minimaliste, inspiré des romans existentialistes (Camus, Sartre) : phrases courtes ou juxtaposées, peu d'adjectifs, absence de métaphores complexes, ton neutre et sobre. Les descriptions doivent rester concrètes et objectives (couleurs, gestes, sons), sans lyrisme excessif.
- 4. Correction de la langue (1 pt) : orthographe, grammaire, conjugaison et ponctuation correctes ; cohérence des temps verbaux (passé composé ou présent, cohérent avec le registre existentialiste).
Exemple de production attendue :« Je suis entré dans le café sans raison précise. Il y avait du bruit, des voix, des tasses qui s'entrechoquaient. Je me suis assis au fond, près de la vitre. Dehors, les gens marchaient vite. Ils avaient l'air d'aller quelque part. Moi, je regardais la rue sans la voir vraiment. Le garçon m'a apporté un café. Je l'ai remercié. Ma voix m'a semblé étrange, comme si ce n'était pas moi qui parlais. J'ai bu lentement. Le café était chaud. C'était bien. Je ne savais pas pourquoi j'étais là ni ce que j'attendais. J'ai posé la tasse et je suis ressorti dans la lumière grise du matin. »Ce corrigé-type illustre : le « je » narrateur, l'accès aux pensées (« Je ne savais pas pourquoi »), le style sobre (phrases courtes, passé composé), l'indifférence au monde extérieur, la correction linguistique.