Exercice 1 — Maîtrise du vocabulaire
Bioéthique (1 pt) : La bioéthique est l'ensemble des réflexions, débats et règles visant à encadrer les pratiques médicales et scientifiques qui touchent à la vie humaine, animale ou végétale, en tenant compte des valeurs morales d'une société. Le terme vient du grec bios (vie) et êthos (morale).
Clonage thérapeutique (1 pt) : Le clonage thérapeutique consiste à créer des cellules souches à partir d'un embryon cloné afin de soigner des maladies, sans chercher à créer un être humain vivant. Il se distingue du clonage reproductif (interdit) : il vise uniquement une application médicale et est très encadré en France.
Directives anticipées (1 pt) : Les directives anticipées sont un document écrit par lequel toute personne majeure indique, à l'avance, ses souhaits concernant sa fin de vie (refus ou arrêt de traitements, sédation, etc.). Depuis la loi Claeys-Leonetti de 2016, elles s'imposent aux médecins.
Principe de précaution (1 pt) : Le principe de précaution impose de prendre des mesures préventives face à un risque potentiel grave, même en l'absence de preuves scientifiques définitives. Il est inscrit dans la Charte de l'environnement adossée à la Constitution française depuis 2005.
Exercice 2 — Les institutions de la bioéthique
a) Le CCNE (1 pt) :
Le CCNE (Comité Consultatif National d'Éthique) est une instance créée en 1983. Son rôle est de rendre des avis consultatifs sur les questions éthiques posées par les progrès des sciences de la vie et de la santé. Il réunit des experts (médecins, biologistes, philosophes, juristes) et des représentants des grandes traditions religieuses. Il n'a pas de pouvoir législatif mais ses avis influencent les lois de bioéthique.
b) La Convention d'Oviedo (2 pts) :
La Convention d'Oviedo (1997) est un traité adopté par le Conseil de l'Europe. Sa particularité est d'être juridiquement contraignante pour les États qui l'ont ratifiée (contrairement à la Déclaration de l'UNESCO, qui est une déclaration de principe). Elle protège la dignité humaine, l'intégrité physique et l'autonomie des personnes dans le cadre des applications de la biologie et de la médecine. C'est le premier traité international de bioéthique ayant valeur juridique obligatoire.
c) Institution protégeant les données génétiques (1 pt) :
En France, c'est la CNIL (Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés) qui protège les données personnelles, y compris les données de santé et les données génétiques. Au niveau européen, le RGPD (Règlement général sur la protection des données) classe les données génétiques comme « données sensibles » nécessitant une protection renforcée.
Exercice 3 — Analyse d'une situation
a) Deux principes bioéthiques violés (2 pts) :
- Le consentement libre et éclairé : les parents n'ont pas reçu une information complète sur les risques exacts de la manipulation génétique. Un consentement valable suppose que la personne comprenne pleinement ce à quoi elle consent. Or, les risques à long terme de la modification du génome humain par CRISPR-Cas9 sont encore inconnus.
- La dignité humaine (et l'interdiction de l'eugénisme) : modifier le génome d'embryons humains destinés à naître équivaut à traiter ces individus comme des objets d'expérimentation. Cette pratique transgresse le principe fondamental selon lequel l'être humain ne peut pas être instrumentalisé au profit d'un objectif scientifique, même présenté comme bienveillant.
b) Limites de la gouvernance internationale (2 pts) :Cette situation illustre les lacunes du contrôle éthique mondial :
aucune institution internationale n'a de pouvoir coercitif direct sur les chercheurs dans tous les pays. La Déclaration de l'UNESCO (1997) interdit le clonage reproductif et l'altération du génome de la lignée germinale, mais ce texte n'est pas juridiquement contraignant. He Jiankui a agi dans un contexte de contrôle éthique interne insuffisant en Chine, sans supervision internationale. L'affaire révèle qu'il existe des « zones grises » où les avancées techniques dépassent les mécanismes de régulation collective.
c) Mesures internationales existantes et leur suffisance (2 pts) :Mesures existantes :- La Déclaration de l'UNESCO sur le génome humain (1997) interdit le clonage reproductif et proclame le génome « patrimoine de l'humanité ».
- La Convention d'Oviedo (Conseil de l'Europe, 1997) est contraignante pour ses signataires.
- Les comités d'éthique nationaux (comme le CCNE en France) exercent un contrôle à l'échelle des États.
Suffisance : Ces mesures restent insuffisantes car elles ne couvrent pas tous les pays (les États-Unis n'ont pas ratifié la Convention d'Oviedo, et la Chine n'est pas liée par elle). L'affaire He Jiankui appelle à un renforcement de la
gouvernance mondiale de la recherche, avec des mécanismes de contrôle contraignants à l'échelle internationale.
Exercice 4 — Rédaction argumentée
« La liberté de la recherche scientifique doit-elle avoir des limites ? »
Critères d'évaluation :
- Introduction posant clairement la problématique (tension liberté de la recherche / protection de la personne)
- Arguments pour des limites (au moins 2)
- Arguments pour la liberté de la recherche (au moins 1)
- Conclusion avec prise de position personnelle justifiée
- Références au cours (CCNE, lois de bioéthique, exemples concrets)
- Rédaction en paragraphe continu, syntaxe correcte
Exemple de réponse attendue :La liberté de la recherche scientifique est une valeur fondamentale des sociétés démocratiques : elle permet le progrès médical, l'amélioration de la qualité de vie et la lutte contre les maladies. Cependant, elle ne saurait être absolue, car certaines avancées touchent à la dignité même de l'être humain.
Des limites sont nécessaires pour plusieurs raisons. D'abord, la recherche peut porter atteinte à la
dignité humaine : le clonage reproductif, interdit en France et dans la quasi-totalité des pays, vise à reproduire un être humain à l'identique, ce qui instrumentalise la vie humaine. Ensuite, certaines expériences comportent des
risques inconnus pour les individus et pour les générations futures : la modification du génome humain via CRISPR-Cas9, illustrée par le scandale He Jiankui (2018), montre qu'une science sans contrôle peut causer des dommages irréversibles. Enfin, des dérives comme l'
eugénisme — sélectionner les embryons selon des critères non médicaux — rappellent les pratiques totalitaires du XXe siècle.
Cependant, des restrictions trop sévères risquent de freiner des recherches bénéfiques : la PMA, les thérapies géniques contre des maladies graves, ou encore les traitements issus de la recherche sur les cellules souches sauvent des vies. Il faut donc trouver un équilibre.
En conclusion, la liberté de la recherche doit être encadrée, non supprimée. Des institutions comme le CCNE, des lois régulièrement révisées (1994, 2004, 2011, 2021) et des textes internationaux comme la Convention d'Oviedo permettent de fixer collectivement des limites démocratiques, fondées sur le respect de la dignité humaine et le principe de précaution. C'est cet équilibre entre progrès et protection qui caractérise une société éthiquement responsable.