Document 1 — L'ordonnance de Villers-Cotterêts : la justice et la langue du roi
FacileTexte juridique : ordonnance royale (extraits) · François Ier, ordonnance « sur le fait de la justice » dite de Villers-Cotterêts, août 1539, préambule et articles 51, 110 et 111 (orthographe modernisée).
En août 1539, François Ier, installé dans son château de Villers-Cotterêts, promulgue une vaste ordonnance de 192 articles qui réforme la justice du royaume. Elle s'adresse aux juges, notaires, greffiers et curés, et à travers eux à tous les sujets.
« François, par la grâce de Dieu, roi de France, savoir faisons, à tous présents et à venir, que pour aucunement pourvoir au bien de notre justice, abréviation des procès, et soulagement de nos sujets, avons, par édit perpétuel et irrévocable, statué et ordonné, statuons et ordonnons les choses qui s'ensuivent. […]
Art. 51. Aussi sera fait registre, en forme de preuve, des baptêmes, qui contiendra le temps et l'heure de la nativité, et par l'extrait dudit registre se pourra prouver le temps de majorité ou minorité, et fera pleine foi à cette fin. […]
Art. 110. Et afin qu'il n'y ait cause de douter sur l'intelligence desdits arrêts, nous voulons et ordonnons qu'ils soient faits et écrits si clairement qu'il n'y ait ni puisse avoir aucune ambiguïté ou incertitude, ni lieu à demander interprétation.
Art. 111. Et pour ce que telles choses sont souvent advenues sur l'intelligence des mots latins contenus èsdits arrêts, nous voulons dorénavant que tous arrêts, ensemble toutes autres procédures, soit de nos cours souveraines et autres subalternes et inférieures, soit de registres, enquêtes, contrats, commissions, sentences, testaments et autres quelconques actes et exploits de justice, ou qui en dépendent, soient prononcés, enregistrés et délivrés aux parties en langage maternel français et non autrement. »
Vocabulaire : arrêt = décision d'une cour souveraine ; intelligence = compréhension ; exploit = acte d'huissier.
Présentez le document puis montrez en quoi cette ordonnance participe à l'affirmation de l'État royal.
- Présentez le document : nature, auteur, date, destinataires.
- Relevez les formules qui montrent que le roi légifère seul et de façon durable.
- Quelle décision l'article 111 prend-il sur la langue ? Expliquez ses motifs à l'aide des articles 110 et 111.
- Quelle est l'utilité de l'article 51 pour l'État ?
- Montrez que ce texte renforce l'autorité royale, puis nuancez sa portée.
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1. Ce document est un extrait d'une ordonnance royale, c'est-à-dire un texte législatif pris par le roi seul, promulgué par François Ier en août 1539 à Villers-Cotterêts. Ses 192 articles réforment la justice. Il s'adresse aux gens de justice (cours souveraines, tribunaux inférieurs, notaires), aux curés (article 51) et, à travers eux, à tous les sujets du royaume.
2. Le roi parle à la première personne du pluriel, le « nous » de majesté : « savoir faisons », « nous voulons et ordonnons », « statuons et ordonnons ». Il se présente comme roi « par la grâce de Dieu », ce qui fonde son pouvoir sur le droit divin. Il légifère « par édit perpétuel et irrévocable » : la loi vaut pour toujours et ne dépend du consentement d'aucune assemblée.
3. L'article 111 impose que tous les actes de justice, des arrêts des cours souveraines aux contrats et testaments, soient rédigés « en langage maternel français et non autrement ». Il écarte le latin, dont les « mots » provoquaient des erreurs d'« intelligence ». L'article 110 donne le motif : des décisions écrites « si clairement » qu'il n'y ait « aucune ambiguïté ». Il s'agit de rendre la justice plus rapide (« abréviation des procès ») et compréhensible pour les justiciables (« soulagement de nos sujets »). En pratique, le français devient la langue du droit et de l'administration royale.
4. L'article 51 oblige les curés à tenir un registre des baptêmes indiquant la date et l'heure de la naissance, qui « fera pleine foi » pour prouver l'âge, donc la majorité ou la minorité. L'État utilise le réseau des paroisses pour mieux connaître ses sujets et sécuriser le droit (héritages, mariages, procès) : c'est l'ancêtre de l'état civil, qui ne deviendra laïque qu'en 1792.
5. L'ordonnance renforce l'État de trois façons : le roi légifère seul pour tout le royaume, il unifie la langue de la justice, et il met l'Église au service de l'administration. Mais sa portée doit être nuancée. Elle ne concerne que les actes juridiques : elle n'oblige pas les sujets à parler français, et la plupart continuent de parler occitan, breton ou flamand jusqu'au XIXe siècle. Son application est progressive, car elle dépend des parlements et des officiers locaux. Elle marque donc une étape de l'affirmation de l'État plus qu'une unification achevée.
Ce que cette analyse apprend — Repérer dans un texte juridique les formules du pouvoir royal, puis relier chaque article à une fonction de l'État (justice, langue, connaissance des sujets).