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L'affirmation de l'État dans le royaume de France

Monarchie absolue, François Ier, édit de Nantes, Louis XIV et Versailles, société de cour, administration, Colbert (programme d'histoire de 2nde)

À propos de cette page
Ce cours d' en seconde sur « L'affirmation de l'État dans le royaume de France » suit le programme officiel d' de seconde. Il présente les définitions, les propriétés et les méthodes essentielles, accompagnées d'exemples résolus pour bien comprendre. Au programme : François Ier et l'affirmation du pouvoir royal (1515-1547), Des guerres de religion à l'édit de Nantes (1562-1610), Richelieu et Mazarin : l'État forgé par la guerre (1610-1661), 1661 : Louis XIV gouverne seul, la monarchie absolue de droit divin. Chaque notion est expliquée pas à pas, puis mise en pratique grâce à des exercices interactifs, un QCM et une évaluation corrigée. Idéal pour réviser à son rythme, combler ses lacunes et progresser, en autonomie ou avec un professeur. Cours rédigé par un professeur particulier à Marseille pour aider les élèves de seconde à réussir en .

4 analyses de document, de nature différente, avec la réponse entièrement rédigée. C’est l’exercice le plus fréquent de l’épreuve : le document est donné en entier, tu travailles dessus sans rien ouvrir d’autre.

Document 1 — L'ordonnance de Villers-Cotterêts : la justice et la langue du roi

Facile

Texte juridique : ordonnance royale (extraits) · François Ier, ordonnance « sur le fait de la justice » dite de Villers-Cotterêts, août 1539, préambule et articles 51, 110 et 111 (orthographe modernisée).

En août 1539, François Ier, installé dans son château de Villers-Cotterêts, promulgue une vaste ordonnance de 192 articles qui réforme la justice du royaume. Elle s'adresse aux juges, notaires, greffiers et curés, et à travers eux à tous les sujets.

« François, par la grâce de Dieu, roi de France, savoir faisons, à tous présents et à venir, que pour aucunement pourvoir au bien de notre justice, abréviation des procès, et soulagement de nos sujets, avons, par édit perpétuel et irrévocable, statué et ordonné, statuons et ordonnons les choses qui s'ensuivent. […]

Art. 51. Aussi sera fait registre, en forme de preuve, des baptêmes, qui contiendra le temps et l'heure de la nativité, et par l'extrait dudit registre se pourra prouver le temps de majorité ou minorité, et fera pleine foi à cette fin. […]

Art. 110. Et afin qu'il n'y ait cause de douter sur l'intelligence desdits arrêts, nous voulons et ordonnons qu'ils soient faits et écrits si clairement qu'il n'y ait ni puisse avoir aucune ambiguïté ou incertitude, ni lieu à demander interprétation.

Art. 111. Et pour ce que telles choses sont souvent advenues sur l'intelligence des mots latins contenus èsdits arrêts, nous voulons dorénavant que tous arrêts, ensemble toutes autres procédures, soit de nos cours souveraines et autres subalternes et inférieures, soit de registres, enquêtes, contrats, commissions, sentences, testaments et autres quelconques actes et exploits de justice, ou qui en dépendent, soient prononcés, enregistrés et délivrés aux parties en langage maternel français et non autrement. »

Vocabulaire : arrêt = décision d'une cour souveraine ; intelligence = compréhension ; exploit = acte d'huissier.

Présentez le document puis montrez en quoi cette ordonnance participe à l'affirmation de l'État royal.

  1. Présentez le document : nature, auteur, date, destinataires.
  2. Relevez les formules qui montrent que le roi légifère seul et de façon durable.
  3. Quelle décision l'article 111 prend-il sur la langue ? Expliquez ses motifs à l'aide des articles 110 et 111.
  4. Quelle est l'utilité de l'article 51 pour l'État ?
  5. Montrez que ce texte renforce l'autorité royale, puis nuancez sa portée.
Voir la réponse rédigée

1. Ce document est un extrait d'une ordonnance royale, c'est-à-dire un texte législatif pris par le roi seul, promulgué par François Ier en août 1539 à Villers-Cotterêts. Ses 192 articles réforment la justice. Il s'adresse aux gens de justice (cours souveraines, tribunaux inférieurs, notaires), aux curés (article 51) et, à travers eux, à tous les sujets du royaume.

2. Le roi parle à la première personne du pluriel, le « nous » de majesté : « savoir faisons », « nous voulons et ordonnons », « statuons et ordonnons ». Il se présente comme roi « par la grâce de Dieu », ce qui fonde son pouvoir sur le droit divin. Il légifère « par édit perpétuel et irrévocable » : la loi vaut pour toujours et ne dépend du consentement d'aucune assemblée.

3. L'article 111 impose que tous les actes de justice, des arrêts des cours souveraines aux contrats et testaments, soient rédigés « en langage maternel français et non autrement ». Il écarte le latin, dont les « mots » provoquaient des erreurs d'« intelligence ». L'article 110 donne le motif : des décisions écrites « si clairement » qu'il n'y ait « aucune ambiguïté ». Il s'agit de rendre la justice plus rapide (« abréviation des procès ») et compréhensible pour les justiciables (« soulagement de nos sujets »). En pratique, le français devient la langue du droit et de l'administration royale.

4. L'article 51 oblige les curés à tenir un registre des baptêmes indiquant la date et l'heure de la naissance, qui « fera pleine foi » pour prouver l'âge, donc la majorité ou la minorité. L'État utilise le réseau des paroisses pour mieux connaître ses sujets et sécuriser le droit (héritages, mariages, procès) : c'est l'ancêtre de l'état civil, qui ne deviendra laïque qu'en 1792.

5. L'ordonnance renforce l'État de trois façons : le roi légifère seul pour tout le royaume, il unifie la langue de la justice, et il met l'Église au service de l'administration. Mais sa portée doit être nuancée. Elle ne concerne que les actes juridiques : elle n'oblige pas les sujets à parler français, et la plupart continuent de parler occitan, breton ou flamand jusqu'au XIXe siècle. Son application est progressive, car elle dépend des parlements et des officiers locaux. Elle marque donc une étape de l'affirmation de l'État plus qu'une unification achevée.

Ce que cette analyse apprend — Repérer dans un texte juridique les formules du pouvoir royal, puis relier chaque article à une fonction de l'État (justice, langue, connaissance des sujets).

Document 2 — Le portrait de Louis XIV par Rigaud : l'image du roi absolu

Moyen

Tableau : portrait d'apparat (huile sur toile) · Hyacinthe Rigaud, Portrait de Louis XIV en grand costume royal, 1701, huile sur toile, 277 × 194 cm, Paris, musée du Louvre (une réplique est conservée au château de Versailles).

Hyacinthe Rigaud (1659-1743) est le portraitiste le plus recherché de la cour. Le tableau est peint en 1701, au moment où commence la guerre de Succession d'Espagne, dernière et plus longue guerre du règne.

Description du tableau. Portrait en pied, de très grand format. Louis XIV, âgé de plus de soixante ans, se tient debout sur une estrade, le corps de trois quarts, le visage tourné vers le spectateur. Il porte une grande perruque bouclée et le manteau du sacre en velours bleu semé de fleurs de lys d'or, doublé d'hermine, relevé pour dégager des jambes gainées de bas de soie blancs et des souliers à talons rouges. À son cou pend le collier de l'ordre du Saint-Esprit ; à son côté, l'épée du sacre, dite « de Charlemagne ». De la main droite, il tient le sceptre retourné, pointe vers le bas ; la main gauche est posée sur la hanche. Près de lui, sur un tabouret couvert de velours fleurdelisé, reposent la couronne et la main de justice. Un trône, une haute colonne et une lourde draperie encadrent la scène. Le visage est peint avec réalisme (rides, traits vieillis), alors que la pose et les jambes sont celles d'un danseur.

Histoire du tableau. Commandé pour être envoyé au petit-fils du roi, Philippe V, devenu roi d'Espagne en 1700, le portrait plut tant à Louis XIV qu'il le garda ; des copies en furent diffusées.

Analysez ce document afin de montrer quelle image du pouvoir royal il cherche à imposer.

  1. Présentez le document (nature, auteur, date, commanditaire, destinataires).
  2. Identifiez les insignes du pouvoir représentés et expliquez ce que chacun signifie.
  3. Quelles fonctions du roi ce portrait met-il en scène ? Reliez-les à la monarchie absolue de droit divin.
  4. En quoi ce tableau est-il un instrument de propagande ? Montrez les limites de cette image.
Voir la réponse rédigée

1. Ce document est un portrait d'apparat, une huile sur toile de très grand format (277 × 194 cm) peinte en 1701 par Hyacinthe Rigaud, portraitiste officiel de la cour. Il représente Louis XIV, roi depuis 1643 et gouvernant seul depuis 1661. Commandé pour Philippe V d'Espagne, il fut finalement conservé par le roi. Il s'adresse aux courtisans, aux ambassadeurs, aux cours étrangères et à la postérité : c'est une image officielle destinée à être vue et copiée.

2. Le roi porte ou montre les regalia, les objets du sacre de Reims. Le manteau fleurdelisé doublé d'hermine rappelle la dynastie capétienne et la cérémonie du sacre. La couronne symbolise la royauté elle-même. Le sceptre exprime le commandement. La main de justice fait du roi la source de toute justice. L'épée dite de Charlemagne fait de lui le chef de guerre et le rattache à un grand empereur. Le collier du Saint-Esprit le montre à la tête du principal ordre de chevalerie, qui unit le roi à la haute noblesse.

3. Le portrait réunit les fonctions du roi : roi sacré, qui tient son pouvoir de Dieu (objets du sacre) ; roi justicier (main de justice) ; roi de guerre (épée) ; roi législateur et souverain (sceptre, couronne). Le trône, la colonne, symbole de force et de stabilité, et l'estrade qui l'élève au-dessus du spectateur traduisent la majesté. Toutes ces fonctions sont concentrées dans une seule personne : c'est l'image de la monarchie absolue de droit divin que Bossuet théorise au même moment.

4. Le tableau est un instrument de propagande : il est fait pour être exposé et reproduit, et un portrait du roi représente sa personne là où il n'est pas. Le contraste entre le visage vieilli et le corps glorieux peut se lire comme l'opposition entre l'homme mortel et la dignité royale, qui ne meurt pas ; l'historien Ernst Kantorowicz a étudié cette idée des « deux corps du roi » (1957). Mais cette image idéalise la réalité : en 1701 commence une guerre de treize ans qui épuise le royaume, marqué ensuite par le grand hiver de 1709 et une dette considérable. L'image dit la puissance voulue, non la puissance réelle.

Ce que cette analyse apprend — Décrire un tableau objet par objet, donner à chaque symbole sa signification politique, puis confronter l'image au contexte de sa réalisation.

Document 3 — La guerre et l'extension du territoire royal (1532-1714)

Moyen

Tableaux statistiques et chronologiques · Tableaux établis pour l'exercice d'après les actes d'union et les traités de Lyon (1601), de Westphalie (1648), des Pyrénées (1659), d'Aix-la-Chapelle (1668), de Nimègue (1678), de Ryswick (1697) et de Rastatt (1714).

Entre le XVIe et le début du XVIIIe siècle, le royaume de France s'étend surtout vers le nord et l'est, face aux Habsbourg d'Espagne et d'Autriche. Ces tableaux rassemblent les principales étapes de cette extension et les guerres du règne personnel de Louis XIV.

Tableau 1. Principaux rattachements au royaume

TerritoireDateMode de rattachementRoi
Bretagne1532Édit d'union, après les mariages d'Anne de Bretagne avec Charles VIII puis Louis XIIFrançois Ier
Metz, Toul, Verdun1552 (reconnu en 1648)Conquête, confirmée aux traités de WestphalieHenri II
Calais1558Reprise aux AnglaisHenri II
Bresse, Bugey, pays de Gex1601Traité de Lyon, après une guerre contre la SavoieHenri IV
Béarn et Basse-Navarre1620Édit d'union au domaine royalLouis XIII
Alsace (une grande partie)1648Traités de WestphalieLouis XIV (régence)
Roussillon, Artois1659Traité des PyrénéesLouis XIV
Lille, Douai1668Traité d'Aix-la-ChapelleLouis XIV
Franche-Comté1678Traité de NimègueLouis XIV
Strasbourg1681 (reconnu en 1697)Annexion en temps de paix, confirmée à RyswickLouis XIV

Tableau 2. Les guerres du règne personnel de Louis XIV (1661-1715)

GuerreDatesDurée approximative
Guerre de Dévolution1667-16681 an
Guerre de Hollande1672-16786 ans
Guerre des Réunions1683-16841 an
Guerre de la Ligue d'Augsbourg1688-16979 ans
Guerre de Succession d'Espagne1701-171413 ans
Totalsur 54 ans de règne personnelenviron 30 ans

À l'aide des deux tableaux, montrez le rôle de la guerre dans l'extension du territoire et l'affirmation de l'État, ainsi que ses limites.

  1. Classez les rattachements du tableau 1 selon leur mode (union ou héritage, conquête confirmée par un traité, annexion en temps de paix).
  2. Combien de rattachements datent du règne de Louis XIV ? Quelle part de son règne personnel a été consacrée à la guerre (tableau 2) ?
  3. Expliquez pourquoi la guerre contribue à l'affirmation de l'État.
  4. Quelles limites de cette politique les documents et vos connaissances permettent-ils de montrer ?
Voir la réponse rédigée

1. Deux rattachements se font par union, sans guerre, à la suite d'héritages : la Bretagne (1532) et le Béarn avec la Basse-Navarre (1620), patrimoine personnel d'Henri IV. Sept résultent d'une conquête confirmée par un traité : les Trois-Évêchés (1552, reconnus en 1648), Calais (1558), la Bresse (traité de Lyon, 1601), l'Alsace (1648), le Roussillon et l'Artois (1659), Lille et Douai (1668), la Franche-Comté (1678). Strasbourg (1681) est une annexion en temps de paix, reconnue en 1697. La guerre est donc le principal moyen d'agrandir le royaume.

2. Cinq rattachements sur dix datent du règne de Louis XIV (1648, 1659, 1668, 1678, 1681), dont trois pendant son règne personnel. D'après le tableau 2, le roi a fait la guerre environ 30 ans sur 54 (1 + 6 + 1 + 9 + 13), soit un peu plus de la moitié (environ 56 %) de son règne personnel.

3. La guerre renforce l'État car elle exige des moyens que seul le roi peut rassembler. Il faut une armée nombreuse, réorganisée par Le Tellier et Louvois ; des impôts croissants, comme la capitation (1695) et le dixième (1710) ; des agents pour les lever, en particulier les intendants. Les conquêtes étendent la souveraineté du roi, que Vauban protège par une ceinture de places fortes, le « pré carré ». Chaque province nouvelle reçoit un intendant : le territoire et l'administration progressent ensemble. Enfin, la victoire nourrit la gloire du roi, que Le Brun peint au plafond de la galerie des Glaces.

4. Les limites sont nombreuses. La guerre coûte cher : en 1715, la dette dépasse deux milliards de livres, et le royaume subit les famines de 1693-1694 et de 1709. Les gains s'arrêtent après 1681 : les deux dernières guerres, les plus longues (22 ans à elles deux), ne rapportent presque rien, et aux traités d'Utrecht (1713) la France cède même à la Grande-Bretagne l'Acadie, Terre-Neuve et la baie d'Hudson. Enfin, le territoire reste hétérogène : les provinces rattachées gardent leurs privilèges (états de Bretagne, culte luthérien en Alsace), et le royaume de 1715 n'est pas encore la France actuelle (Lorraine en 1766, Savoie et Nice en 1860).

Ce que cette analyse apprend — Exploiter un tableau en classant et en calculant, puis transformer les chiffres en argument historique (causes, effets, limites).

Document 4 — De l'édit de Nantes à sa révocation : le roi et les protestants

Difficile

Deux textes juridiques royaux (extraits) · Document A : Henri IV, édit de Nantes, avril 1598, préambule et articles 3, 6 et 27. Document B : Louis XIV, édit de Fontainebleau, octobre 1685, préambule et articles 1, 4 et 10 (extraits, orthographe modernisée).

En 1598, Henri IV, protestant converti au catholicisme, met fin à trente-six ans de guerres de religion. En 1685, Louis XIV, après quatre ans de dragonnades qui ont provoqué des conversions massives et forcées, révoque l'édit de son grand-père.

Document A — Édit de Nantes (1598)

« […] à présent qu'il plaît à Dieu commencer à nous faire jouir de quelque meilleur repos, nous avons estimé ne le pouvoir mieux employer qu'à vaquer à ce qui peut concerner la gloire de son saint nom et service, et à pourvoir qu'il puisse être adoré et prié par tous nos sujets ; et, s'il ne lui a plu permettre que ce soit pour encore en une même forme et religion, que ce soit au moins d'une même intention, et avec telle règle qu'il n'y ait point pour cela de trouble ou de tumulte entre eux. […] Avons, par cet édit perpétuel et irrévocable, dit, déclaré et ordonné […] :

Art. 3. Ordonnons que la religion catholique, apostolique et romaine sera remise et rétablie en tous les lieux et endroits de cettui notre royaume […] où l'exercice d'icelle a été intermis, pour y être paisiblement et librement exercée sans aucun trouble ou empêchement. […]

Art. 6. Et pour ne laisser aucune occasion de troubles et différends entre nos sujets, avons permis et permettons à ceux de ladite religion prétendue réformée vivre et demeurer par toutes les villes et lieux de cettui notre royaume […] sans être enquis, vexés, molestés ni astreints à faire chose pour le fait de la religion contre leur conscience […].

Art. 27. Afin de réunir d'autant mieux les volontés de nos sujets […], déclarons tous ceux qui font ou feront profession de ladite religion prétendue réformée capables de tenir et exercer tous états, dignités, offices et charges publiques quelconques […]. »

Document B — Édit de Fontainebleau (1685)

« […] Nous voyons présentement, avec la juste reconnaissance que nous devons à Dieu, que nos soins ont eu la fin que nous nous sommes proposée, puisque la meilleure et la plus grande partie de nos sujets de ladite R.P.R. ont embrassé la catholique. Et d'autant qu'au moyen de ce l'exécution de l'édit de Nantes […] demeure inutile, nous avons jugé que nous ne pouvions rien faire de mieux […] que de révoquer entièrement ledit édit de Nantes […].

Art. 1. […] avons, par ce présent édit perpétuel et irrévocable, supprimé et révoqué, supprimons et révoquons l'édit du roi notre aïeul, donné à Nantes au mois d'avril 1598, en toute son étendue […].

Art. 4. Enjoignons à tous ministres de ladite R.P.R. qui ne voudront pas se convertir et embrasser la religion catholique, apostolique et romaine, de sortir de notre royaume […] quinze jours après la publication de notre présent édit […].

Art. 10. Faisons très expresses et itératives défenses à tous nos sujets de ladite R.P.R. de sortir, eux, leurs femmes et enfants, de notre dit royaume […], ni d'y transporter leurs biens et effets, sous peine, pour les hommes, des galères, et de confiscation de corps et de biens pour les femmes. »

Vocabulaire : R.P.R. = religion prétendue réformée (le protestantisme) ; intermis = interrompu ; ministres = pasteurs.

Confrontez les deux documents afin de montrer comment la politique religieuse des rois de France participe à l'affirmation de l'État.

  1. Présentez les deux documents et le contexte de chacun.
  2. Quels droits l'édit de Nantes accorde-t-il aux protestants ? Montrez qu'il ne s'agit pas d'une égalité entre les deux religions.
  3. Comment Louis XIV justifie-t-il la révocation ? Confrontez cette justification à la réalité des années 1681-1685.
  4. Montrez que ces deux édits opposés relèvent d'une même logique d'affirmation du pouvoir royal.
  5. Quelles sont les conséquences de la révocation, et que révèlent-elles des limites de l'absolutisme ?
Voir la réponse rédigée

1. Les deux documents sont des édits royaux, textes législatifs que le roi prend seul et que les parlements enregistrent. Le document A est signé par Henri IV en avril 1598, au terme de huit guerres de religion ouvertes par le massacre de Wassy (1562) ; le roi, lui-même converti en 1593, veut pacifier le royaume. Le document B est signé par Louis XIV à Fontainebleau en octobre 1685, au sommet de son pouvoir, après les dragonnades commencées en 1681 dans le Poitou. Tous deux s'adressent à tous les sujets, et d'abord aux protestants.

2. L'édit de Nantes accorde aux protestants la liberté de conscience : ils peuvent vivre partout « sans être enquis, vexés, molestés » pour leur foi (art. 6). Il leur ouvre « tous états, dignités, offices et charges publiques » (art. 27). Par d'autres articles, il leur permet un culte dans des lieux définis et, par brevets, des places de sûreté. Mais ce n'est pas une égalité : la religion catholique est « rétablie en tous les lieux » (art. 3), tandis que le protestantisme reste la « religion prétendue réformée », une religion jugée fausse que le roi tolère. Le préambule espère même une réunion future : la division n'existe que « pour encore ». C'est une tolérance civile provisoire, dictée par la paix.

3. Louis XIV affirme que « la meilleure et la plus grande partie » des protestants « ont embrassé la catholique » : l'édit de Nantes serait donc devenu « inutile ». La révocation se présente comme un simple constat. En réalité, ces conversions sont obtenues par la contrainte : caisse des conversions (1676), exclusion des protestants de nombreuses professions et surtout dragonnades à partir de 1681, qui logent des soldats chez les fidèles jusqu'à leur abjuration. Les « nouveaux convertis » le sont souvent de façade. Les articles 4 et 10 le prouvent : s'il ne restait plus de protestants, il serait inutile de bannir les pasteurs et d'interdire l'émigration sous peine des galères.

4. Les deux édits s'opposent sur le fond, mais relèvent de la même logique. Dans les deux cas, le roi décide seul de la place de la religion dans le royaume, par un édit dit « perpétuel et irrévocable » ; Louis XIV révoque d'ailleurs un texte présenté en 1598 comme irrévocable, preuve que la volonté royale fait la loi. Dans les deux cas, le but est l'ordre et l'unité du royaume : Henri IV recherche la paix en tolérant une minorité qu'il ne peut vaincre ; Louis XIV, plus puissant, impose l'unité de foi, conformément à l'idéal « un roi, une foi, une loi ». La tolérance de 1598 était un compromis provisoire ; la révocation en est l'aboutissement autoritaire.

5. Malgré l'interdiction, entre 150 000 et 200 000 protestants (selon les estimations) s'exilent vers les Provinces-Unies, l'Angleterre, la Suisse ou le Brandebourg, emportant savoir-faire et capitaux. D'autres restent et pratiquent en secret, au « Désert » ; dans les Cévennes, les Camisards se révoltent (1702-1704). À l'étranger, la révocation renforce l'hostilité de l'Europe protestante. Ces conséquences révèlent la limite de l'absolutisme : le roi peut interdire un culte, mais non contraindre les consciences. La tolérance ne sera partiellement rétablie qu'en 1787 par l'édit de tolérance de Louis XVI.

Ce que cette analyse apprend — Confronter deux documents opposés : dégager ce qui les distingue, puis ce qui les rapproche, et critiquer la justification officielle par les faits.

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